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Projets

383 projets, du plus récent au plus ancien. Page 4 sur 7.

ANR

2021

COVPATH — Coviability Path, a new framework to sustainably link mankind and biosphere

Socio-ecological coviability is defined as human/nature interdependence resulting from interactions between human and non-human systems based on mutual sustainability (Barrière et al., 2019). The CovPath project proposes to implement this concept of socio-ecological coviability with a bottom-up approach, starting from local actors. It defines a paradigm for a new trajectory of sustainability under the concept of One Health. Therefore, the CovPath project will further advance the concept of coviability by involving the local actors (populations, managers, decisionmakers...) and consequently will enable an empirical understanding of the concept. Ultimately, the outcomes will serve as basis to develop a framework for a concrete implementation. Work on coviability has been federated between numerous disciplines in the humanities, ecological and mathematical sciences collectively. Coviability lies at the heart of the interrelationships of the Sustainable Development Goals, particularly those relating to SDG2, SDG3, SDG13, SDG15, SDG17. The network CovPath will rely on a broad representativeness of case studies starting from UNESCO designated biosphere reserves, which are model regions for sustainable development. Of the six reserves located on four continents, the research focus on an endogenous definition (from within for social acceptance) and an empirical approach to the pathway to socio-ecological coviability to prepare a guide on human/non-human interactions defining coviability. From there, the objective is to lay the foundations for extrapolation perspectives of this new trajectory of sustainability: on the one hand, by formalizing a methodology for the co-constructed and participative implementation of this trajectory and, on the other hand, by moving forward coviability modeling elements for the sustainable management and the resilience of social-ecological systems.

ANR

2021

ADDEME — Appropriation Des Discours scientifiques Et Médiation en santé En quartier populaire

Comment les personnes résidant sur le territoire français accèdent-elles aux informations de santé publique depuis le début de la pandémie de Covid-19 ? Comment des personnes aux ressources matérielles, technologiques et culturelles différenciées s’approprient-elles ces informations et adaptent-elles leur mode de vie ? Comment la médiation scientifique en santé est-elle organisée dans les quartiers populaires ? Les réponses à ces questions sont essentielles pour la gestion de la crise. Mais les grandes enquêtes menées par Internet depuis le début de la crise sanitaire y apportent des réponses limitées dans la mesure où elles ne touchent qu’une partie de la population et laissent de côté les personnes les plus démunies, qui sont aussi les plus exposées au risque de contamination. En s’appuyant sur trois enquêtes qualitatives qui mettent en valeur la diversité des modalités de réception des informations de santé dans la population ; les difficultés propres à l’appropriation des recommandations sanitaires dans les squats et les spécificités d’un dispositif de médiation en santé en quartier populaire, nous analysons des formes plurielles de réception de la communication en santé par différents publics en fonction de leurs conditions matérielles, de leurs caractéristiques sociales, de leurs rapports aux normes de santé et à l’autorité publique. Associant les ressources de la philosophie sociale et de la philosophie des sciences avec les analyses menées sur ces terrains par des sociologues et anthropologues, ce projet permet d’évaluer comment circule la parole scientifique dans une société en crise et structurée par des inégalités.

DIM Ile-de-France

2021

GRAAL — Projet d’acquisition d’un granulomètre à diffraction laser destiné aux études (paléo)environnementales, (paléo)climatiques et archéologiques

L’acquisition d’un granulomètre à diffraction laser dernière génération équipé de deux unités de dispersion en voie liquide permettant d’analyser la distribution en taille des particules organiques et inorganiques composant des échantillons de nature variée (sols, sédiments, aérosols…) permettra de répondre de façon précise et adaptée aux exigences et attentes de plusieurs communautés scientifiques du DIM Matériaux anciens et patrimoniaux s’intéressant à la compréhension d’un certains nombres de processus et de mécanismes dans les domaines des géosciences, des sciences de l’environnement et des sciences humaines. Le granulomètre visé permettra de répondre à des problématiques fondamentales telles que la reconstruction de paléo-environnements ou de contextes paléo-climatiques, en s’intéressant plus particulièrement aux relations « Homme-Climat » sur différentes échelles de temps. L’instrument et les unités de dispersion associées permettront de réaliser des analyses optimisées et reproductibles de grandes séries d’échantillons aux quantités de matériel non limitées (quelques grammes) et de micro-quantités (quelques mg). L’acquisition de cet instrument est complémentaire des techniques de caractérisation minéralogique (microscopie électronique et de force atomique, microspectroscopie FTIR, diffractomètre à rayons X…) et d’analyses géochimiques élémentaires ou isotopiques plus spécifiques (XRF, MC-ICP-MS…) dont dispose la plateforme analytique PANOPLY de l’Université Paris-Saclay.

DIM Ile-de-France

2021

MalLab(1) — Laboratoire de Malher(1)

MalLab(1) est un projet d’équipement pour le laboratoire de la composante de recherche Préservation des Biens Culturels de l’HiCSA, installée depuis septembre 2021 dans le centre Malher. Dotée de nouveaux espaces (cinq ateliers de restauration et un laboratoire), la composante souhaite développer des outils méthodologiques à mettre à disposition des professionnels de la conservation-restauration. Publiés en ligne sous forme de fiches thématiques ou de guide pratique, ces documents se proposent d’aider le conservateur-restaurateur dans l’élaboration de son diagnostic et la constitution de sa documentation. Dans un premier temps, s’appuyant sur l’expérience de chantiers de restauration en cours, il s’agit d’établir des protocoles de prises de vue adaptés à l’analyse d’images avec des logiciels spécialisés afin d’évaluer et de quantifier les changements physiques des biens culturels dans le temps ou en cours de traitement ainsi que des protocoles de caractérisation de sels responsables d’altération cohésive à destination des restaurateurs de peinture et de sculpture notamment. Dans ce but, la composante PBC souhaite réunir un ensemble de petits équipements d’observation et de captation d’images nécessaires à l’établissement de ces protocoles. Ces derniers requièrent l’hébergement de logiciel sur des ordinateurs offrant les capacités de stockage et de résolution d’image suffisantes. La sélection de ce matériel repose sur des critères qui prennent en compte la réalité de l’exercice d’un conservateur-restaurateur installé comme indépendant : aisance de manipulation, transportabilité et accessibilité financière.

DIM Ile-de-France

2021

RIOCAS — Rapport isotopique de l’oxygène, du carbone, de l’azote et du soufre dans le bois et autres composés organiques végétaux

L’objectif du projet RIOCAS est d’accroître les capacités et les performances analytiques de la dendro-isotopie en Ile-de-France. Il consiste en l’acquisition d’un spectromètre de masse de rapport isotopique (IRMS) couplé à un analyseur élémentaire Haute température (TC/EA) pour analyser la composition isotopique de l’oxygène, du carbone, de l’azote et du soufre (_18O, _13C, _15N et _34S) dans la cellulose, le bois et d’autres matières organiques végétales. Les partenaires du projet, issus de 7 laboratoires de recherche franciliens et d’un bureau d’études, prévoient d’utiliser le TC/EA – IRMS dans plusieurs chantiers d’envergure. Entre autres projets, ils envisagent de réaliser une reconstitution dendro-isotopique du climat médiéval en Ile-de-France et d’évaluer le potentiel de la dendro- anthracologie en paléoclimatologie, à partir des bois calcinés de Notre-Dame de Paris. Ils mettront également à profit les gains de productivité et de fiabilité offerts par ce nouvel équipement, pour explorer le potentiel de l’approche isotopique en paléobotanique et palynologie. Les bases de données qui en découleront, seront ouvertes à la communauté scientifique pour des applications pluridisciplinaires. Enfin, ce nouvel équipement permettra des développements novateurs ouvrant vers de nouvelles thématiques dans le domaine environnemental.

DIM Ile-de-France

2021

CREMMALAB — CREMMALAB

Soutenu par le DIM Matériaux anciens et patrimoniaux, le projet Consortium Reconnaissance d’Écriture Manuscrite des Matériaux Anciens (CREMMA) entreprend de fonder un service de mise à disposition de ressources serveur et documentaire pour favoriser l’accessibilité à la reconnaissance d’écriture manuscrite (REM). Dans ce contexte, le CREMMA met à disposition des laboratoires et projets partenaires, pour pouvoir à terme l’ouvrir à d’autres projets candidats, un accès à l’outil open-source eScriptorium/kraken sur des serveurs permettant l’entraînement de modèles performants. Pour accompagner l’ouverture et la mise à disposition de ce service, documenter au profit des futurs utilisateurs les questions posées par l’utilisation du serveur, les problèmes rencontrés, les solutions trouvées, et fournir sous forme de manuels, ateliers et formations un retour d’expérience utile aux futurs utilisateurs dans le cadre du DIM, Inria et l’ENC recrutent un chef de projet (post-doc) pour 18 mois. Il s’appuie pour ce faire sur un corpus d’études dont la constitution met en oeuvre un partenariat avec la BnF.

DIM Ile-de-France

2021

CUIVRAMA — Le cuivre et ses alliages dans les ateliers métallurgiques du Moyen Âge : circulation du métal, cycle de vie des objets et gammes de produits

Avec la croissance économique des XIIe-XIIIe s., les objets du quotidien en alliage à base de cuivre se diffusent progressivement dans toute l’Europe sous la forme d’accessoires du vêtement, de vaisselles de table et de cuisine. Ce projet propose de les examiner sous l’angle de leur matérialité, à travers une double lecture : celle de la composition des alliages (en lien avec leur statut, leur diffusion, leur représentation sociale, les modes de consommation et les choix des artisans) et celle des marqueurs que constituent les éléments traces et ultratraces. Son objectif est de comprendre, d’une part, les contraintes guidant le choix des compositions d’alliages dans les ateliers (axe 1) et, d’autre part, d’identifier les différents circuits d’approvisionnements en matières premières, qu’il s’agisse de cuivre neuf ou d’alliages recyclés, ces derniers constituant une part importante des métaux utilisés dans les ateliers (axe 2). Pour la période médiévale, les connaissances actuelles sur l’exploitation des mines de cuivre sont trop partielles pour envisager de relier la matière des objets aux gisements et de dresser une carte de provenance. L’ambition de ce deuxième axe innovant est de contourner ce verrou méthodologique en mettant en évidence des aires de diffusion et de circulation du cuivre plutôt que des provenances situées (les mines), et ce en identifiant des éléments traces et ultratraces discriminants. Une attention particulière sera portée à l’intensité du recyclage, et à la vie des objets d’un point de vue anthropologique, révélant les différents moyens de récupération et de réutilisation du métal dans les ateliers. Ces approches s’accompagnent d’une réflexion méthodologique transversale (axe 3) sur la façon de croiser les données des différents champs disciplinaires (archéologie, archéométrie, histoire). Cette réflexion a pour ambition de pouvoir être appliquée à d’autres contextes chrono-culturels pour lesquels le croisement de sources est possible et pertinent.

DIM Ile-de-France

2021

EDEN — À l'est d'Éden – Diversité et diffusion des premiers blés cultivés

Malgré plus de 60 ans de recherches et de foisonnement de publications, l’émergence de l’agriculture continue à fasciner chercheurs spécialisés et grand public. Au gré de nouvelles découvertes, un processus qu’on croyait initialement relativement simple et linéaire s’avère en réalité infiniment plus riche et complexe, fait d’enchevêtrements de facteurs environnementaux, biologiques et culturels. Grâce à un corpus de restes archéobotaniques unique et à l’accès à d’importantes collections de plantes vivantes et desséchées, le présent projet propose de revisiter les premiers champs cultivés au monde, apparus au Proche-Orient il y a plus de 10 000 ans. Deux problématiques en particulier seront traitées : la diversité taxonomique et morphologique des blés à l’origine de l’agriculture et la diffusion des économies agricoles vers l’est, au-delà des premiers foyers du Croissant fertile. Le projet postdoctoral, dont la thématique est située à cheval entre bio-archéologie, archéologie et Sciences du Vivant, rassemble des acteurs d’établissements publics (MNHN, CNRS, INRAE) et privé de recherche (Arvalis) ainsi que des chargés de collections patrimoniales (Herbier national).

DIM Ile-de-France

2021

MAT-PAR — Des matériaux pour se parer : constructions territoriales et réseaux sociaux chez les Magdaléniens du Bassin parisien

Ce projet de recherche postdoctorale porte sur la géographie culturelle des populations de chasseurs collecteurs nomades de la fin de la période glaciaire. Ce moment est marqué par de profondes modifications environnementales qui ont inexorablement eu pour conséquence le développement de nouveaux enjeux territoriaux et économiques et donc une refonte globale des identités, des interactions sociales et des modalités d’occupation de l’espace. Le projet propose d’étudier les constructions territoriales et les réseaux sociaux des groupes humains ayant occupés le Bassin parisien à la fin du Magdalénien (13 000 BP) au travers d’une analyse fine des matériaux utilisés dans les productions d’objets de parure. La valeur identitaire universelle de ces derniers explique qu’ils aient été particulièrement utilisés dans les relations sociales et les phénomènes d’échange. Coquilles fossiles et roches tendres noires (également appelées « lignites ») sont parmi les matériaux privilégiés dans les productions de parures magdaléniennes. Or, en étant liés à un âge géologique et/ou à un biotope précis, ces matières ont des origines géographiques restreintes que l’on peut reconnaître. Afin de pouvoir relier les supports utilisés pour la parure à leur(s) source(s), cette recherche s’appuiera sur la constitution de référentiels actualistes (malacologiques et pétrographiques) et la réalisation d’analyses physiques permettant une caractérisation fine des matières utilisées. Les résultats obtenus fourniront des informations inédites sur les choix opérés pour acquérir les matériaux destinés à la parure (exploitation des ressources locales vs apports extrarégionaux) et permettront ainsi de mettre en évidence le dynamisme des connexions interrégionales dès cette période ancienne.

DIM Ile-de-France

2021

photIFAN — Des sciences coloniales au patrimoine africain : cartographier et réévaluer la constellation photographique de l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN)

Le projet photIFAN vise à réévaluer l’importance et à enclencher un processus de conservation et de valorisation du patrimoine photographique hérité de l’IFAN, l’Institut Français d’Afrique Noire (1936-1960). Alors que l’IFAN a joué un rôle majeur dans le développement de la recherche scientifique en Afrique de l’Ouest au XXe siècle (sciences naturelles, humaines et sociales), les images produites dans le cadre de l’ambitieuse politique photographique de l’Institut durant la période coloniale, couvrant toute l’ancienne Afrique Occidentale Française, sont aujourd’hui mal identifiées et peu utilisées. Disséminées entre la France et l’Afrique, elles constituent un patrimoine visuel unique et de précieuses sources historiques, à la fois pour les chercheurs (histoire contemporaine, études africaines), mais également pour les sociétés qu’elles représentent. L’objectif du projet est de relever les défis que présente ce patrimoine, à la fois quant à sa matérialité et à sa spatialité, mais également quant aux questions épistémologiques, voire éthiques et politiques, qu’il soulève, en tant que patrimoine colonial. Le projet va d’abord permettre de cartographier les corpus existants en France et en Afrique de l’Ouest. Ensuite, en s’appuyant sur la collaboration des institutions patrimoniales partenaires, il donnera accès à une partie des images via la création d’une plateforme en ligne. Parallèlement, un outil de recherche numérique sera élaboré afin de renouveler la manière d’analyser et de mobiliser les documents photographiques. Enfin, la réflexivité qui sous-tendra la réalisation du projet, contribuera à stimuler une réflexion critique et épistémologique au sein de la communauté scientifique et patrimoniale sur les enjeux postcoloniaux des patrimoines.

DIM Ile-de-France

2021

Journée Recherche et restauration — Journée Recherche et restauration

Le DIM Matériaux anciens et patrimoniaux de la Région Île-de-France en partenariat avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne organisent la journée « Recherche et restauration – histoires, pratiques et perspectives » le 22 septembre de 09h à 17h30. La journée a pour but d’identifier des outils, des instruments pratiques et des processus, qui seraient en mesure de favoriser une meilleure articulation entre recherche scientifique et restauration du patrimoine.

ANR

2020

SESAME — évolution paléocologique sociale et culturelle des premiers peuplement en Amérique du sud

Comprendre la chronologie et les schémas des premiers peuplements des Amériques ne peuvent s’entendre sans étudier les relations entre les populations passées et leur environnement. S’adapter, se déplacer, voire disparaître en réponse aux fluctuations climatiques sont les réactions attendues. Afin de caractériser ces différents scénarios, SESAME propose de se concentrer sur le nord-est du Brésiloù la présence humaine est attestée depuis au moins 40,000 ans. En reconstruisant les variations climatiques et environnementales passées NE Brésil et en révélant l’identité culturelle et technologique des sociétés passées, SESAME ambitionne de lever le voile sur l’évolution des relations entre les hommes et leur environnement, à travers le Pléistocène et l'Holocène. Cette reconstruction paléoécologique humaine permettra, de façon compréhensive, de formuler des hypothèses sur les voies potentielles de diffusion et d'implantation intracontinentales. Elles découleront du modèle du NE Brésil et de la recontextualisation des données archéologiques de la littérature dans un schéma paléoclimatique à l’échelle du continent.

ANR

2020

H2C — Chaleur et Santé en Ville

La prévention des risques liés à la chaleur et la qualité de l’air (QA) est un enjeu de santé publique en ville. Adapter les mesures de prévention repose sur une compréhension des variations infra-urbaines de l'exposition à la chaleur et à la pollution atmosphérique en été, et du lien avec la mortalité et la morbidité. Cela implique de bien prévoir les conditions de température et QA en ville (par un meilleur traitement dans les modèles actuels des interactions complexes entre couvertures urbaines et phénomènes météorologiques locaux et par de nouvelles observations), et d'intégrer l'effet d'îlot de chaleur urbain (ICU) dans les études épidémiologiques. Le projet H2C aborde cette question par une approche interdisciplinaire, la finalité étant d'améliorer les services climatiques urbains pour soutenir les politiques de prévention de la chaleur, avec la région parisienne comme cas d'étude. Cela repose sur plusieurs objectifs scientifiques : 1) Mieux comprendre les impacts des couvertures urbaines sur l'ICU, le confort thermique, la météorologie locale et la QA. 2) Renforcer la synergie entre modélisation et observations multi-sources pour l'étude des phénomènes environnementaux, et pour l'estimation de l'exposition infra-urbaine à la chaleur et à la pollution, et des risques sanitaires associés. 3) Développer des informations utiles à l'action décisionnelle, en termes d'évaluation de l'ICU, de conséquences sur l'exposition extérieure/intérieure, et de prévention des impacts sur la santé. Pour répondre à ces objectifs, le consortium associe huit instituts couvrant des expertises diverses : chercheurs en physique de l'atmosphère, météorologie et climatologie urbaine, et chimie atmosphérique (modélisation numérique et méthodes expérimentales), en sciences et techniques du bâtiment, en épidémiologie, et acteurs institutionnels du monde de l'aménagement urbain, de l'environnement et de la santé. Le premier volet sera dédié à un état des lieux des connaissances actuelles sur le climat urbain de la région parisienne, et les rétroactions sur la météorologie et la QA à l'échelle locale. Il s'appuiera sur les observations disponibles et des configurations de modélisation à des résolutions spatiales et temporelles différentes, de l'étude climatologique sur l'Ile-de-France à l'échelle évènementielle sur Paris. Ce travail alimentera le deuxième volet consacré à l'étude épidémiologique visant à évaluer l'influence des indicateurs météorologiques et de pollution atmosphérique sur la mortalité et la morbidité, en croisant statistiquement de longues séries de paramètres d'exposition et de données sanitaires à l'échelle de la commune et des arrondissements. Un large volet expérimental sera aussi mené tout au long du projet pour renforcer les systèmes d'observation en combinant des mesures long terme et une campagne intensive durant l'été 2022. Une analyse croisée des données de sources multiples permettra des études de processus avancées et une évaluation fine des modèles. Les résultats de ces trois volets contribueront au développement d'un prototype de chaîne de modélisation de la prévision urbaine à l'échelle hectométrique sur la région parisienne pour la météorologie, la QA, le confort thermique intérieur et l'exposition à la chaleur. En particulier, on cherchera à faire le lien entre microclimat extérieur et conditions de confort dans l'espace intérieur, par une modélisation thermo-aéraulique de bâtiments "sensibles aux risques canicules". A l'issue de ces travaux, un dernier volet visera l'implémentation d'un outil d'information et de prise de décision pour la gestion des risques et la promotion de l'adaptation et de la prévention. Il pourra intervenir à court terme (lors de fortes chaleurs) pour accompagner le plan canicule en aidant à l'allocation de ressources ou à la conception de stratégies d'adaptation locales, et à long terme pour fournir des recommandations pour les documents relatifs à l'urbanisme, la santé et l'environnement.

ANR

2020

AFFINITE — Analyse et Formalisation des Interactions Familiales avec les politiques de Transport et Energie

AFFINITE vise à analyser et mesurer les interactions entre individus, familles, parties prenantes et État dans le cadre des politiques environnementales et sanitaires. Les objectifs environnementaux sont considérés au sens large et incluent les enjeux liés au COVID-19 à court terme (télétravail, réduction de la congestion dans les transports publics), mais aussi la pollution atmosphérique locale (particules, oxyde d’azote, ozone) et les émissions de gaz à effet de serre au niveau des ménages et des usagers des transports. Les politiques environnementales, au sens large affectent le choix modal (transports en commun, modes doux ou voiture), le type d'énergie utilisée pour les voitures (électrique ou fossile) et la consommation d'énergie pour le chauffage. Les effets à plus long terme affectent aussi la relocalisation des ménages en lien avec le lieu de travail, l'adaptation des bâtiments en lien avec opportunités d'énergies renouvelables et l'offre de logements durables. Ces mécanismes seront insérés dans notre modèle LUTI. L'accent est mis sur l'environnement urbain (80% des Français vivent en milieu urbain). Ce qui distingue cette proposition de recherche au niveau de l’évaluation des politiques publiques est l'intégration du processus décisionnel intra-ménage. Ce processus s'appuie sur l’appariement, ainsi que sur les processus de négociation entre les conjoints pour déterminer les choix résidentiels, de qualité du logement, d’emplois et de modes de déplacement. Notre approche présente deux avantages. Elle permet une évaluation plus fine des politiques publiques et une étude des effets redistributifs au sein des ménages. Ces derniers sont aussi importants pour évaluer les effets du genre et de la distribution intergénérationnelle. L'objectif final est de construire un outil pour évaluer l'impact des différentes politiques environnementales et sanitaires relatives à la réduction du nombre de déplacements, au choix modal, à l'utilisation de véhicules plus propres ainsi qu'à la localisation des activités économiques ou au choix de logements plus respectueux de l'environnement. Nous procédons en trois étapes. Tout d'abord, nous construisons un cadre intégré pour traiter de manière cohérente les arbres de décision des individus et des ménages (choix du lieu de travail, de la résidence et des mouvements pendulaires). L'hétérogénéité des marchés immobiliers locaux sera aussi modélisée et utilisée dans un modèle d’équilibre simplifié. Ensuite, nous estimons un modèle utilisant pour l'Ile-de-France, de nouvelles données désagrégées / agrégées relatives aux comportements au sein de la famille (choix d'emploi, de résidence, modal) et les comportements du secteur immobilier relatifs à l'offre de logements. Enfin, nous complétons les éléments du modèle validés empiriquement par d’autres contributions de la littérature qui conduiront à une évaluation plus complète des impacts de politiques urbaines sur le bien-être, l'environnement, l'énergie et les transports. Dans cette évaluation, les décideurs ajustent leur comportement à court terme (choix de mode), moyen terme (choix de logements et d'emplois, consommation d'énergie des maisons) et à long terme (investissement immobilier et achat/utilisation d’une automobile). Notre cadre global permettra d'étudier les impacts agrégés de la congestion, de la pollution, des risques pour la santé et de l'énergie et évaluera les impacts des politiques publiques sur l'équité et le bien-être au sein de la famille. Ce projet ambitieux est proposé par un consortium à fort potentiel qui possède un excellent dossier de recherche dans le domaine de la prise de décision intrafamiliales, dans l'analyse empirique des décisions de mobilité et d’utilisation des terrains. Il enrichira un modèle de simulation LUTI pour analyser les interactions entre transport et développement urbain d'utilisation du sol.

ANR

2020

ACTIMOD — Pour une histoire sociale de l’actionnariat en France à l’époque moderne

Le financement des entreprises par les actions marque l’époque moderne, et touche des secteurs entiers de l’économie. Les premières sociétés par actions s’inspirent au début du XVIIe siècle en France des modèles venus d’Angleterre et des Provinces-Unies. Le projet ACTIMOD est un projet d’histoire sociale qui grâce à une base de données sur les actionnaires identifiés participant aux différentes sociétés doit permettre de voir les caractéristiques sociales et culturelles de l’actionnariat en France et son évolution, et de mettre en évidence un groupe d’investisseurs actifs qui pèse sur les choix économiques et politiques de l’Etat et annonce les groupes d’influence de l’époque contemporaine. Ils sont une des clés de la compréhension des mutations économiques qui se produisent à la fin de la période moderne.

ANR

2020

ProVirCap — Professionnel·les de la vertu du capitalisme: la responsabilité sociale des entreprises saisie par ses managers

L’institutionnalisation des dispositifs signalant la vertu des entreprises, ordinairement placés sous le label de la « Responsabilité Sociale des Entreprises », est une dimension centrale des mutations actuelles du capitalisme. Alors que la RSE est le plus souvent étudiée sous l’angle des discours et des instruments, ce projet offre une perspective inédite sur le « capitalisme responsable » en partant de l’étude ses managers, de leurs activités de travail et de leur milieux professionnels. En plaçant le regard sur les professionnel·les de la RSE, le programme de recherche ProVirCap poursuit une triple ambition théorique : 1/ éclairer la recomposition des frontières entre marché, État et société civile ; 2/ comprendre les reconfigurations du professionnalisme dans les entreprises globalisées ; 3/ saisir la manière dont les hiérarchies de genre travaillent la face vertueuse du capitalisme. Porté par un consortium de neuf chercheur·es reconnu·es pour leurs travaux sur différents champs associés à la RSE, le projet se nourrit du croisement de plusieurs perspectives d’analyse : sociologies du travail, des professions, de l’économie et des organisations, sociologie politique, sciences de gestion et études sur le genre. Le protocole d’enquête articule méthodes qualitatives (entretiens, observations) et quantitatives (webscraping de CV, enquête par questionnaire), et repose sur un double regard comparatif : entre sous-champs managériaux associés à la RSE (développement durable, investissement responsable, diversité et qualité de vie au travail, droits humains, mécénat, éthique) et entre cas nationaux (France, États-Unis, Espagne). Le dialogue étroit avec un comité d’expert·es international et interdisciplinaire viendra renforcer l’inscription du projet dans le champ transnational d’analyse du capitalisme responsable. La diffusion des résultats auprès des professionnel·les du secteur, au-delà du monde scientifique, permettra de promouvoir l’apport des sciences sociales dans un champ particulièrement réceptif aux échanges avec le monde académique, contribuant ainsi à alimenter les réflexions autour de la transformation du capitalisme – une question qui, dans le contexte de la crise du Covid-19, apparaît encore plus cruciale pour les sociétés contemporaines.

ANR

2020

ReTourS — Géopolitiques du patrimoine, économies du retour, imaginaires du tourisme

Alors que la question de la restitution des collections africaines fait polémique en France et en Europe, le programme comparatif, diachronique et multiscalaire ReTours vise à déplacer l’enquête 1) de l’Occident aux pays africains concernés, 2) des questions de restitution aux problématiques du retour, 3) de la vision muséo-centrée aux rôles des diasporas et du tourisme, 4) des instances et autorités officielles du patrimoine aux lieux, récits et transmissions considérés comme marginaux, secondaires ou officieux. Inscrit dans la temporalité des restitutions telle que préconisée par le rapport Sarr-Savoy, ReTours est un programme novateur tant dans ses objectifs de recherche critiques que par ses méthodes d’enquêtes et ses coopérations culturelles. Constitué d’un consortium international et pluridisciplinaire de 14 chercheurs, ReTours travaillera à partir du Bénin, du Cameroun, du Mali et du Sénégal et sur leurs diasporas. L’objectif du programme ReTours est de saisir des enjeux politiques, les rôles économiques, les usages sociaux du retour. Il s’organise à partir de trois axes qui sont autant de manières de désigner les objets : 1) Géopolitique du patrimoine, autour des mobilisations pour ou contre la restitution des “oeuvres”, 2) Économies du retour et imaginaires du tourisme, à propos des dispositifs d’accueil notamment touristiques des “pièces muséales” ; 3) Appropriations et resocialisations autour des mémoires sociales, de l’agency des “choses” revenues, des transformations des significations et des créations contemporaines. Le programme ReTours se propose ainsi de travailler selon les méthodes inspirées de l’anthropologie collaborative et de la recherche-action, qui impliquent une réflexivité attentive à la fois aux enjeux de pouvoirs et aux risques d’enclicage. Des ateliers intermédiaires associeront les acteurs du retour et de l’accueil (autorités traditionnelles, institutions culturelles, artistes, associations partenaires associés). En termes de résultats, ReTours croisera enquêtes de terrain, d’archives et numériques pour proposer des cartographies des mobilisations, des réseaux et des objets, des analyses comparées et multisituées, des biographies sociale d’objets, des analyses d’interventions artistiques. ReTours s’engage dans un ambitieux programme de conférences, de publications et de séminaires, propres ou co-conçus avec d’autres programmes de recherche internationaux. L’impact scientifique majeur attendu de ReTours est le changement du paradigme des recherches sur la circulation des collections et leurs appropriations : de nouvelles connaissances, mais aussi de nouvelles manières de faire de la recherche, avec des enquêtes collectives, réflexives et attentives aux effets d'asymétrie liées au statut, au genre et à l’origine. ReTours répond aux objectifs de recherche de l’axe “Culture, créations patrimoine”, en travaillant à de véritables coopérations culturelles avec un grand nombre de partenaires institutionnels, muséaux, culturels et artistiques associés au programme : expositions virtuelles, applications numériques, catalogues, outils pédagogiques, etc. En termes de retombées sociales et économiques, ReTours ambitionne de documenter les bonnes pratiques dans chacun des pays, de fournir aux institutions en charge du retour des outils utiles à la prise de décision, mais aussi de donner à voir et à entendre les mémoires de groupes sociaux souvent ignorés, notamment les femmes, et participer ainsi à la reconnaissance de leurs savoirs propres. ReTours enrichira ainsi les connaissances sur la restitution qui, focalisée sur les questions historiques, juridiques, politiques et muséales, n’a guère pris en compte l’argument touristique des pays africains demandeurs, ni développé le rôle des diasporas dans les mobilisations et les dimensions géopolitiques de la restitution

ANR

2020

GoA — La géométrie des algorithmes

Les algorithmes occupent aujourd'hui une place centrale dans le débat public : ils structurent nos interactions sociales et modifient notre façon de travailler, de nous déplacer, ainsi que nos instruments scientifiques et médicaux. Mais qui peut dire exactement ce qu'est un algorithme ? Parce qu'il n'existe aucun consensus parmi les experts, il importe de chercher à donner un fondement épistémologique solide au débat. C'est en effet en leur donnant une représentation mathématique précise que nous pourrons assigner un statut scientifique aux algorithmes. En particulier, l'utilisation des instruments de la géométrie permettra de distinguer la notion d’algorithme de notions voisines et pourtant différentes, comme celle de calcul ou de programme. Une telle analyse permettra ainsi de développer une ontologie propre à l'informatique et de faire de cette dernière une théorie mathématisée, au même titre que la physique.

ANR

2020

INFRAPATRI — Savoirs et attachements au végétal urbain en Afrique subsaharienne (Bénin, Cameroun, Nigeria, Sénégal) : identification et production d’un infra-patrimoine

Le projet interdisciplinaire INFRAPATRI souhaite étudier les savoirs et les formes d’attachement au végétal des habitants de quatre villes d’Afrique subsaharienne : Yaoundé au Cameroun, Ibadan au Nigeria, Porto-Novo au Bénin et Dakar au Sénégal. Il prend appui sur la notion « d’infra-patrimoine », permettant d’appréhender le rapport mémoriel des citadins au végétal, rarement reconnu par les démarches institutionnelles de patrimonialisation. Le végétal en ville, qui recouvre des figures et des espaces multiples, fait en effet l’objet d’usages variés portés par des savoirs d’ordre pratique ou symbolique. Ensemble, ces savoirs et usages relèvent de collectifs citadins divers fondés sur la famille, l’identité ethnique, le religieux, le quartier, la profession ou la représentation politique. Nous formulons l’hypothèse qu’ils sont préservés et transmis par différents canaux au fondement de formes d’identifications citadines diverses. Il s’agira de repérer ces formes infra-patrimoniales émanant de rapports pluriels au végétal, et de les analyser en regard des tentatives institutionnelles passées et présentes de patrimonialisation des entités et ensembles végétaux urbains. L’approche comparative se situe au centre de ce projet de recherche. Les quatre villes retenues pour l’enquête présentent des histoires et des écosystèmes contrastés mais non dénués de similarités. Tous n’en sont pas moins menacés aujourd'hui par des politiques d’urbanisation déterminées par une certaine conception de la “modernité” valorisant le recours au béton, l’artificialisation des sols et des modes de verdissement très encadrés, auxquelles s'ajoutent spéculations foncière et immobilières. Néanmoins dans chacune de ces villes, le végétal est depuis récemment remis au goût du jour par de nouvelles élites citadines ou par les pouvoirs publics, au prisme du modèle global de « ville durable » mis en avant par la coopération internationale et les grandes agences de développement. Dans le cadre d’INFRAPATRI, des collaborations interdisciplinaires entre sciences humaines et sociales et sciences naturelles seront mises en place afin d’appréhender la nature en ville à la fois comme une construction historique, sociale et culturelle, et comme un ensemble d’éléments vivants possédant des propriétés physiques, biologiques et écologiques tangibles. Le projet fait en outre une place importante à la collaboration entre scientifiques et artistes plasticiens et audiovisuels, non seulement en termes de dissémination des résultats à des publics variés (habitants, acteurs de l’aménagement urbain et du développement durable, acteurs académiques et culturels) mais aussi de méthodologie d’enquête. Ce projet interdisciplinaire regroupe ainsi géographes, anthropologues, historien, botanistes et artistes béninois, camerounais, français, nigerians et sénégalais, tous familiers des villes retenues pour l’enquête et des problématiques du projet. Pour aborder les questions interdisciplinaires d'INFRAPATRI, la méthodologie de recherche associera techniques d’enquête qualitatives et quantitatives, en partant à la fois de sources secondaires (archives, littérature grise contemporaine, cadastres, articles de presse locale, ressources en ligne) et primaires (via un travail de collecte de données directement sur les espèces et les espaces naturels en ville et auprès de différents types de citadins et des autorités en charge de la gestion de l’environnement et de l’aménagement urbain). En mêlant travail d’archives, inventaire botanique, production de données géolocalisées, cartographies, et enfin entretiens et observations ethnographiques de longue durée, le projet emprunte à plusieurs traditions disciplinaires. Notre démarche se veut finalement résolument participative, selon une optique « d’ethnographie multi-espèces » permettant d’envisager ensemble habitants et éléments naturels dans leurs interactions quotidiennes au sein de l’espace urbain.

ANR

2020

E-NDP — Notre-Dame de Paris et son cloître: les lieux, les gens, la vie

Le projet E-NDP propose de renouveler la connaissance de Notre-Dame de Paris par l’édition collaborative numérique des registres du chapitre, communauté de 51 chanoines qui se réunissait trois fois par semaine pour prendre toutes les décisions relatives à la gestion de ses droits, à l’administration de la cathédrale, de son patrimoine et de la société du cloître. Ce corpus de 170 volumes, couvrant les années 1326-1790, n’a jamais fait l’objet d’une étude systématique pour comprendre l’histoire de cette communauté urbaine qui jouissait jusqu’à la Révolution d’une exemption juridique et fiscale totale par rapport à la Ville et au roi. L’édition des 26 registres d’époque médiévale (1326-1503) actuellement conservés aux Archives nationales, coordonnée aux reconstitutions numériques du parcellaire du cloître et du fonds de la Bibliothèque du chapitre, dont 350 volumes sont aujourd’hui conservés dans les bibliothèques parisiennes (Bibliothèque nationale de France, Départements des manuscrits et de l’Arsenal, et Bibliothèque Mazarine), est destinée à valoriser un patrimoine unique en son genre, par des spécialistes de toutes les disciplines du texte, de l’histoire, de l’architecture et du bâti. Cette édition collaborative se fonde sur une procédure de reconnaissance optique de l’écriture manuscrite (handwriting text recognition ou HTR) testée et contrôlée par des chercheurs, enseignants et ingénieurs, alliant des compétences en histoire médiévale, paléographie, philologie et humanités numériques. Elle permettra de mieux connaître l’administration du chapitre Notre-Dame, sa puissance économique et politique dans la ville de Paris, ainsi que les rapports qu’il entretenait avec les autres institutions urbaines. Plus généralement, il s’agit d’exhumer une source majeure pour l’histoire et la vie des hommes, des femmes et des enfants qui ont animé par leurs multiples activités une communauté et un édifice qui était non seulement, depuis le Moyen Age central, un lieu de pouvoirs et un centre de vie économique, mais aussi un modèle pour l’architecture, la liturgie, les arts, la vie intellectuelle et scientifique, sans oublier l’assistance hospitalière par l’Hôtel-Dieu, plus important hôpital du royaume, placé sous la tutelle du chapitre. La reconstitution du parcellaire du cloître, appuyée sur le Système d’information géographique ALPAGE, développera la connaissance matérielle et spatiale du quartier médiéval de la cathédrale, l’évolution de son bâti et donc de toute la partie orientale de l’île de la Cité, depuis le XIVe siècle jusqu’à la Révolution. La reconstitution de la bibliothèque du chapitre, dont Alfred Franklin a pu écrire (1863) qu’elle constituait « la première bibliothèque publique établie en France », permettra de mieux saisir l’autorité intellectuelle qu’incarnait le groupe des chanoines de Notre-Dame, dont le chancelier était aussi le chancelier de l’Université. Enfin, le projet développe une valorisation sur trois niveaux, destinée à le pérenniser au-delà de son financement propre, autant que faire se peut : recherche, enseignement, publics non académiques. Pour la recherche, le projet met en perspective son objet et ses méthodes par une réflexion épistémologique qui pose Notre-Dame de Paris comme un ‘objet intégratif’ selon les termes de la réflexion pluridisciplinaire la plus récente. Pour l’enseignement, les processus et les livrables des différents objectifs sont destinés à irriguer un enseignement de la recherche, par le biais de séminaires et de bourses de Master pris en charge par les différentes institutions partenaires. Pour des publics non académiques, il s’agit non seulement de fournir des accès numériques aux sources documentaires et géographiques de l’histoire renouvelée d’un édifice patrimonial emblématique, mais de les accompagner par des informations et des outils de science participative permettant la découverte des moyens d’une construction critique de la connaissance.

ANR

2020

CHUPICERAM — Réinterpréter les interactions Chupicuaro - Cuicuilco à la lumière des technologies céramiques (période préclassique, Mésoamérique).

Ce projet s’intéresse aux interactions entre deux aires culturelles qui ont joué un rôle prépondérant dans certains processus sociopolitiques des Hautes Terres mésoaméricaines: l’Ouest mexicain et le bassin de Mexico. L’étude des relations sociales inter-régionales est un sujet abondamment exploré par l’archéologie mésoaméricaine qui s'appuie traditionnellement sur les similitudes entre les productions matérielles concernées, en particulier la poterie. Depuis la mise en évidence dans le bassin de Mexico d’un Tertium Quid associé à une tradition céramique originaire de l’Ouest, au cours du Préclassique ancien (1000 - 800 av.J.-C), ce thème fait l’objet de débats récurrents. En effet, pour cette période,la nature des liens entre les deux régions reste mal comprise car les interprétations se fondent sur des correspondances stylistiques. C’est pourquoi le projet CHUPICERAM propose de combler cette lacune en exploitant de façon exhaustive le potentiel informatif du matériau céramique dans une perspective comparative. Le projet s’intéresse à la période préclassique moyenne et récente (600 av.J.-C. - 250 apr. J.-C.) au cours de laquelle se sont développés deux foyers culturels: Chupicuaro dans la vallée du Lerma (Guanajuato) et Cuicuilco dans le bassin de Mexico.Les analogies stylistiques mises en évidence au cours du XXème siècle ont été à l'origine d'hypothèses variées, mettant en scène des mouvements de population, des interactions d’ordre commercial ou des influences de nature politique et idéologique. Ces propositions prêtent souvent à Chupicuaro un rôle moteur, en tant que possible région d’émigration ou comme pôle de manufacture potière qui aurait distribué ses produits sur de longues distances. Pour préciser la nature et l’intensité de ces relations, CHUPICERAM étudiera les processus de fabrication de la céramique, depuis les stratégies d’acquisition des matières premières jusqu’aux produits finis. Le projet propose de caractériser les traditions techniques propres à chaque région, de comprendre les variations dans le temps, d’établir et d’interroger les liens entre les différents assemblages céramiques et, enfin, de discuter la question des relations inter-régionales en termes de proximité économique, sociale et culturelle. L’une des forces de CHUPICERAM est sa volonté d’appliquer une approche comparative méthodique en analysant un échantillon important et représentatif, et en intégrant à la fois des données archéologiques récentes sur Chupicuaro, et des collections muséales constituées à l’issue de fouilles réalisées dans la première moitié du XXème siècle, sur le site éponyme de Chupicuaro et dans le bassin de Mexico. C’est la première fois que ces différentes collections seront étudiées selon un protocole d’analyse commun, qui mobilise une palette d'outils complémentaires et adaptés à la nature des objets étudiés, tessons ou pièces complètes : études techno-stylistiques s’appuyant sur le concept de chaîne opératoire, identifications pétrographiques et minéralogiques, et analyses structurales comprenant des techniques de pointe non-invasives comme l’imagerie hyperspectrale, l’imagerie 3D, la spectrométrie de fluorescence X, ou encore les spectroscopies Raman et infrarouge. Nous considérons que seul le croisement de toutes ces approches permettra de dépasser les limites induites par les analogies stylistiques. Le projet regroupe des archéologues, des conservateurs de musée, des géologues et des spécialistes en physique appliquée et chimie analytique, originaires de différentes institutions mexicaines ou françaises. Ces chercheurs travailleront sur les mêmes échantillons pour répondre aux mêmes questions. En réunissant l’expertise française et mexicaine, CHUPICERAM releve le défi de remettre au premier plan deux cultures encore mal connues mais réputées pour avoir été parmi les plus singulières et créatives des traditions préclassiques mésoaméricaines.

ANR

2020

DESIGNSHS — Design graphique, recherche et patrimoine des sciences sociales. Le Laboratoire de graphique de Jacques Bertin

Ce projet vise à réaliser la première étude d'envergure des relations entre création graphique, design et sciences humaines et sociales, de 1950 à aujourd'hui. L'essor de la visualisation de données et des technologies d’imagerie place désormais le design et la visualité au coeur de tous les domaines de la connaissance, avec des implications fondamentales pour l’épistémologie scientifique. Le Laboratoire de graphique de Jacques Bertin fut un acteur majeur de ce mouvement au croisement de l’innovation graphique et des sciences sociales telles qu'elles se sont réinventées, notamment en France, au XXe siècle. Son étude sera fondée sur l'exploitation, la mise à disposition numérique de deux riches fonds d'archives et une approche interdisciplinaire impliquant et contribuant à nourrir les convergences actuelles entre design, humanités numériques et sciences sociales, y compris dans ses réflexions sur les nouveaux outils de patrimonialisation et valorisation des archives visuelles.

ANR

2020

PIX — Pix Illyrica. Les gisements de bitume de Selenicë en Albanie : matière, territoire et société de l'Antiquité à nos jours

Ce projet porte sur l’exploitation des gisements de bitume du sud de l’Albanie et en propose une approche transhistorique et transdisciplinaire. Il repose sur une double hypothèse et se fixe un double objectif : nous considérons d’une part que cette ressource naturelle a façonné sur la longue durée la région d’où elle est extraite et nous chercherons à expliquer dans quelle mesure son mode d’exploitation, ses usages et sa circulation ont affecté la société environnante (structures foncières, relations intercommunautaires, croyances et pratiques religieuses, paysage et état sanitaire de la population) ; nous considérons d’autre part que l’« objet » bitume se prête à une approche interdisciplinaire et nous proposons d’en faire un observatoire de la mise en œuvre de la collaboration entre disciplines (archéologie, histoire, géologie, anthropologie, géographie) en réfléchissant à la façon dont chaque discipline impliquée contribue à construire cet objet et, en retour, est affectée par lui. Le projet est scientifiquement organisé autour de quatre thèmes : - Dimension matérielle et technologique. La matière bitume étant au centre du projet, il s’agit, par des analyses et études chimiques et physiques, présentes ou passées, d’étudier les différents types de produits extraits, leurs qualités, les possibilités et technique d’extraction ; la localisation, l’étendue et le type de gisements ; les types de transformations (sur place ou au loin – par exemple, Marseille, Bari, etc.) et les usages de ces produits, ainsi que leur conditionnement. On s’interrogera aussi sur les autres matériaux et objets nécessaires à la chaîne de production et de transports. - Dimension matérielle et technologique. La matière bitume étant au centre du projet, il s’agit, par des analyses et études chimiques et physiques, présentes ou passées, d’étudier les différents types de produits extraits, leurs qualités, les possibilités et technique d’extraction ; la localisation, l’étendue et le type de gisements ; les types de transformations et les usages de ces produits, ainsi que leur conditionnement. On s’interrogera aussi sur les autres matériaux et objets nécessaires à la chaîne de production et de transports. - Savoirs et croyances. Dans l’Antiquité, le gisement de bitume était associé à un sanctuaire situé au sud de la colonie grecque d’Apollonia d’Illyrie fondée par Corinthe dans le dernier quart du VIIe siècle av. J.-C. Ce sanctuaire des Nymphes, qui était aussi un gisement de bitume exploité dès l’Antiquité et où brûlait en permanence une flamme visible de loin dans le paysage, était la source d’un oracle singulier, mais sa situation exacte reste à découvrir. Il s’agit aussi de se pencher sur l’évolution des savoirs techniques et commerciaux, depuis l'Antiquité jusqu’aux études scientifiques, à partir de la fin du XVIIIe siècle. - Territoires, espaces, paysages. Cette dimension concerne le territoire utilisé et mobilisé suivant les époques pour l’extraction du bitume. On portera attention au lien avec les questions foncières, la mine étant située à l’époque ottomane dans un domaine impérial, devenu ensuite une ferme d’État au XXe siècle. Le système de concession instauré dans la seconde moitié du XIXe siècle pose également la question de la souveraineté. À un niveau régional, il conviendra donc aussi d’analyser l’articulation avec l’espace agro-sylvo-pastoral, ainsi que l’impact sur les paysages et l’environnement. - Hommes et femmes. Il s’agit de la dimension sociale, que ce soit la question de l’organisation du travail (ethno-confessionnelle, hommes et femmes, cadres/ouvriers, locaux/étrangers) et des interactions entre différents groupes (musulmans, valaques, étrangers) ou ses cadres institutionnels. On étudiera également les formes de travail spécifiques (comme le travail forcé mentionné pour l’époque ottomane et pour l’époque communiste) et leur articulation avec les autres activités, dont les activités agro-sylvo-pastorales.

ANR

2020

REACT — Les pratiques réactives : affronter l'injustice et le ressentiment

REACT est un projet de recherche sur les "pratiques réactives" - nos pratiques en rapport avec l’expérience d’une injustice ou d’un tort, telles que la punition, le blâme, la honte et le pardon. Le projet aborde les questions théoriques, normatives et empiriques relatives à ces pratiques, en se concentrant plus particulièrement sur les distorsions normatives associées à la discrimination. Son objectif est de préciser comment les pratiques réactives façonnent notre pouvoir d'agir individuel et collectif. La notion de "pratiques réactives" est conçue pour faire valoir les dimensions sociales, pratiques et institutionnelles de nos attributions et répartitions de responsabilité. Que signifie faire des reproches, éprouver du ressentiment à l'égard d'une personne ou lui pardonner ? Comment ces pratiques sont-elles liées à l'autonomie, au respect mutuel, à l'inclusion et à l'autonomisation individuelle et collective ? Comment affectent-elles les personnes politiquement opprimées, les personnes socialement défavorisées et les personnes présentant des atteintes cliniques ? Comment pouvons-nous déceler et contrecarrer les pratiques injustes et inappropriées et promouvoir des pratiques plus constructives ? Un premier volet appliqué se concentre sur les pratiques réactives dans le contexte du crime et de la peine. Il implique des interactions de notre équipe avec des magistrats et des professionnels de la formation judiciaire. La philosophie du droit pénal a souvent simplement exploré l'expression juridique de nos attitudes réactives - comme dans les théories expressives classiques de la peine. REACT, au contraire, s’intéressera à la relation entre nos pratiques punitives et nos pratiques réactives non punitives, mais liées au crime. Comment démarquer conceptuellement ces familles de pratiques ? Par exemple, "faire honte" est-il une forme de punition ? Quels sont les mérites des pratiques non punitives liées au crime ? En quoi cela éclaire-t-il la manière dont nos sociétés devraient traiter les affaires criminelles impliquant une addiction ? Comment les notions de responsabilité morale, de responsabilité juridique et de capacité à répondre de soi devant les autres sont-elles articulées dans nos pratiques réactives ? De quelles manières notre approche pourrait-elle éclairer les politiques visant à prévenir la récidive ? Un second volet appliqué est une étude de l’addiction à la lumière de nos pratiques réactives à leur propos. L'un des principaux défis des efforts descriptifs et normatifs autour de ce sujet concerne la responsabilité morale et le contrôle volontaire des actions. Cela alimente en retour les défis sociaux et judiciaires liés à nos pratiques réactives tournées vers le passé à l'égard des addicts - par exemple, blâmer, faire honte, stigmatiser et sanctionner. Notre objectif est de clarifier comment les différentes croyances en matière de responsabilité sont liées à différents modèles descriptifs de l'addiction. Nos enquêtes devraient montrer quels modèles peuvent éventuellement soutenir des pratiques réactives non stigmatisantes et tournées vers l'avenir à l'égard des personnes réputées addicts. Globalement, l'ambition est d'offrir un cadre pour réviser nos pratiques envers les addicts, de manière à engager, soutenir et finalement restaurer leur pouvoir d'agir - en aidant leur réadaptation, leur réhabilitation et leur réinsertion dans le paysage social.

ANR

2020

EpiPhiNoRe — Normalités réinventée en contexte de maladie chronique - Approches philosophiques et épidémiologique du point de vue des patients

Le projet Epiphinore vise l’élaboration de nouvelles connaissances sur le(s) contenu(s) de l’aspiration à vie « ordinaire », « normale », « comme avant », telle qu’elle est exprimée par des personne vivant - durablement ou provisoirement - une vie médicalisée à domicile ou en institution en raison d’une maladie chronique et/ou dégénérative. De manière spécifique, le projet se concentre sur le contexte des maladies chroniques et de la multimorbidité. Il mobilise une méthodologie qui combine une approche fondée sur les philosophies du normal et du pathologique (Canguilhem, Goldstein) et une approche épidémiologique innovante des perspectives des patients, celle de la cohorte ComPaRe (www.compare.aphp.fr). Il propose une enquête sur l’aspiration à la vie « normale » et l’idée de « normalité réinventée » aux participations de cette cohorte, en analysera les résultats empiriques, leurs implications normatives pour la conception du soin et des parcours de soin et la portée philosophique.

ANR

2020

THAWRA_SuR — Penser des Mondes Alternatifs depuis la Révolution Soudanaise

Le projet étudie les transformations pluridimensionnelles au Soudan révolutionnaire dans un contexte dynamique de production (pratique et conceptuelle) de modèles alternatifs de société portés par une demande partagée et multiforme d’égalité et de justice. La méthodologie valorise ethnographies intensives, formation à la recherche, dimension participative avec la société civile. Ancrée dans la recherche au Soudan, l’équipe interdisciplinaire (anthropologie, sociologie, géographie, science politique, histoire, linguistique, droit) bénéficie d’un consortium international, les laboratoires français (LAVUE, PRODIG) étant en synergie avec 2 institutions au Soudan (University of Khartoum et CEDEJ). L’originalité du projet se situe à plusieurs échelles: au niveau spécifique du Soudan, où le cas de la Troisième Révolution Soudanaise commencé en 2018-19 est choisi comme laboratoire de la transformation de la société, et à une échelle plus large – notamment dans le cadre d’une aire arabo-musulmane dont l’intérêt scientifique est ravivé par la conjoncture internationale récente des printemps arabes, où le projet permettra de nourrir une réflexion théorique comparative sur les mouvements de contestation du monde contemporain. Thawra-Sur plaide pour une “grounded theory” qui, d’une part, nourrit les approches récentes des inégalités et discriminations, et, d’autre part, s’attelle à faire converger deux volets du débat sur la décolonisation : celui sur le nouvel impérialisme et la récolonisation du Sud Global, et celui sur la “décolonialité” attentif aux intersections entre race, genre, ethnicité, autochtonie. L’équipe principale composée de 9 chercheurs (6 confirmés et 3 docteurs) avec une expérience solide dans l’enquête au Soudan travaille selon une double organisation avec le but de croiser diverses dimensions empiriques et analytiques et de faire converger démarche académique, formation à la recherche et coproduction de la recherche : trois “Transversal Issues” (1/Genre, 2/Environnement, 3/Citoyenneté) s’articulent avec trois «Task Forces» (1/Injustices socio-environnementales et reconstruction du commun; 2/Reconfiguration d’arènes politiques vers une citoyenneté inclusive; 3/Circulations culturelles, mémoires, imaginaires). Par ailleurs, l’équipe est mobilisée sur trois activités principales: terrains d’enquête personnels (ruraux et urbains); Ecole doctorale sur les inégalités en situation de changement radical; Ateliers de coproduction des connaissances avec des acteurs de la société civile. L’élaboration d’une Plateforme Digitale Participative “Landscapes of the Sudanese Revolution” avec 2 focalisations (Cartographie et Dictionnaire) est à la fois un outil et un produit du projet dont il complète le dispositif. S’appuyant sur une méthodologie innovante, sur une étroite collaboration avec 8 chercheurs de l’Université de Khartoum, et sur l’inclusion de 5 associations de la société civile, Thawra-Sur ambitionne de contribuer à la compréhension des formes d’imaginaires pour repenser des “futures plus justes” et des modèles “par le bas” visant à faire face aux inégalités et aux injustices dans la gestion des crises de gouvernance, écologiques et migratoires, et à dépasser le clivage entre savoir académique et formation civile et démocratique. Les principaux livrables du projet sont : un volume collective (français, anglais, arabe); une conférence internationale pour la diffusion des résultats; la création d’un pôle de formation franco-soudanaise issu de l’expérience d’Ecole Doctorale; un outil novateur de transmission des connaissances via l’accès ouvert à la Plateforme Digitale participative; l’élaboration d’un projet Horizon Europe « Inequalities, Revolutions and Fairer Futures ». Ses impacts scientifiques seront la contribution aux débats sur inégalités et injustices socio-spatiales et environnementales, et sur mouvements de protestation socio-politique en contexte global et à la réflexion sur la dialectique théorie/terrain.

ANR

2020

GLOBALCAR — Global cars : une recherche transnationale sur les économie urbaines et informelles de la voiture (Europe, Afrique, Amérique du Sud)

La voiture est au cœur des économies mondiales, de ses espaces centraux à ses périphéries. Notre projet se concentre sur les activités informelles, illégales et criminelles liées aux économies des voitures d'occasion (mécanique de rue, commerce et vol de pièces détachées, vol et trafic de voitures, revente de véhicules d'occasion) en Amérique latine, en Europe et en Afrique. Plus qu'une recherche comparative internationale, notre équipe souhaite développer une recherche empirique multisituée, à l'intersection des échelles urbaines et transnationales. Nous partons du principe que les mobilités transnationales inscrites dans les économies de l'automobile de seconde-main révèlent les reconfigurations du travail dans un contexte post-fordiste, ainsi que les mécanismes de reproduction des inégalités sociales, des conflits et de la violence. Nous supposons également que le régime automobile intègre dans un même marché des pratiques et des biens légaux, informels, voire criminels. Nous souhaitons étudier les rationalités sociopolitiques qui sous-tendent ces économies, ainsi que leurs effets concrets sur l'espace urbain et les reconfigurations de l'action publique en matière d'informalité. Notre projet de recherche formule ainsi l’hypothèse que différents régimes normatifs régissent les zones grises entre les économies légales et illégales de l'automobile à différentes échelles. Ce projet cherche à dépasser certaines interprétations des économies informelles, et criminelles dans les villes au Sud comme au Nord. Les activités informelles liées à l'économie automobile ne sont pas considérées dans notre projet comme faisant partie du "monde souterrain" des mégalopoles, mais plutôt comme une composante importante des paysages urbains du monde entier. Bien que ces économies soient considérées comme marginales et soient principalement dirigées par des opérateurs de la classe ouvrière, elles constituent également un élément important des chaînes de valeur mondialisées. Pour ce faire, ce projet rassemble plusieurs traditions et groupes de recherche enracinés dans différents contextes nationaux et sociopolitiques. Nous proposons des ethnographies multisituées à Sao Paulo, Santos, Paris, Naples, Gênes, Dakar, Conakry, Abidjan et Benin City. Notre matériel empirique vise à reconstituer cinq cas empiriques et analytiques : échange de voitures volées contre de la cocaïne à la frontière entre le Brésil et la Bolivie, et exportation de cocaïne vers l'Afrique et l'Europe par le port de Santos ; trafic de voitures et de drogues entre Sao Paulo et l'Afrique de l'Ouest (Dakar) ; circulation de pièces détachées, véhicules et individus, entre l'Europe et l'Afrique de l'Ouest ; blanchiment d’argent entre Naples et Benin City ; trafic de pièces détachées et de véhicules à partir de la plaque tournante d'Abidjan. Chaque cas empirique traite d'un point de vue différent des espaces au sein desquels transitent des véhicules volés, des véhicules d'occasion ou des pièces : quartiers pauvres de la périphérie urbaine, concessionnaires automobiles, casses légales ou informelles, magasins de pièces détachées pour voitures, commissariats de police et organismes d'État qui réglementent le trafic de véhicules, ainsi que les assureurs, les ventes aux enchères de voitures et les zones frontalières nationales. Le parcours des voitures volées, des pièces détachées d'occasion, des mécaniciens et des personnes et objets qui leur sont liés révèle des liens empiriques inattendus entre les territoires, les personnes et les institutions. L'équipe mènera des enquêtes auprès des individus impliqués dans l'économie des voitures d'occasion, en prêtant attention à leur mobilité ; une analyse des paysages urbains et de leurs transformations en lien avec cette économie ; des observations et des entretiens pour analyser le fonctionnement des espaces par lesquels transitent les pièces et les véhicules ; des entretiens avec les acteurs chargés de réguler l'activité.

ANR

2020

Fam.Conf — L'expérience du confinement dans les familles

Ce projet propose d’examiner les formes de l’articulation entre travail et famille mises en place pendant et après le confinement, en les croisant à une analyse des inégalités sociales, notamment de classes et de genre, situées dans des contextes nationaux contrastés. Nous proposons in fine une analyse des transformations engendrées sur le plan du maintien en emploi et de la poursuite de la carrière professionnelle (en particulier des mères), de l’organisation du travail et de son articulation avec les engagements familiaux, de l’éducation et de la continuité pédagogique. Pour faire face à la pandémie COVID-19 et contrôler la diffusion du virus, de nombreux gouvernements à travers le monde ont opté pour des mesures de confinement plus ou moins souples. Le confinement a ainsi contraint les couples avec enfants à faire coexister dans un espace unique plusieurs activités réalisées ordinairement dans des lieux et des temporalités distinctes : travail professionnel, travail domestique, et travail parental ont été menés de front par les parents. Ajoutons que ces derniers ne pouvaient plus s’appuyer sur les médiations qui participent aux arrangements familiaux. Cette situation interroge deux activités structurantes des organisations familiales contemporaines : l’emploi et les conditions de travail professionnel d’une part, et le travail parental d’éducation d’autre part. Outre les expériences différenciées du confinement en fonction des classes sociales, notre enquête interroge conjointement la façon dont se transforment les ordres genrés dans le couple et la famille, mais aussi dans l’emploi et au travail. Cette recherche sera conduite dans trois pays d'Europe : la France, la Suède et la Suisse. Le choix des lieux d’observation se justifie par leur gestion très différenciée de la pandémie et par leur inscription dans des régimes distincts d'État-Social (du type libéral ou résiduel suisse à la social-démocratie suédoise, en passant par le corporatisme-conservateur français). Dans chaque pays, une vingtaine de monographies familiales sera réalisée. Nous ciblerons des familles composées d’un couple et d’au moins un enfant de 0 à 12 ans, en faisant varier selon les stratifications locales les propriétés sociales, les positions dans l’emploi et les lieux de résidence. Il s’agira d’effectuer deux entretiens enregistrés au minimum avec deux membres de la famille portant sur : le cadre de vie, la trajectoire des membres de la famille (trajectoires sociale, scolaire, résidentielle, professionnelle, conjugale, etc.) ; l’organisation familiale et l’articulation travail/famille avant, pendant et après le confinement (répartition de la prise en charge des enfants et du foyer, rythmes familiaux - scolaires, professionnels, etc.) ; l’emploi et les conditions de travail, les pratiques de sociabilité, de loisirs des membres de la famille avant, pendant et après le confinement ; les réalisations scolaires et extra-scolaires pendant le confinement ; les relations et pratiques familiales (sociabilité, occupations, etc.) avant, pendant et après le confinement. La collecte des matériaux commencera dès septembre 2020, pour une période de trois mois. Nous souhaitons recruter les familles entre les mois de juin et de juillet, avant les éventuels départs en vacances, pour assurer un démarrage des monographies dès septembre. Cette mise en place rapide du protocole nous permettra de recueillir les expériences du confinement puis du déconfinement au plus près de leur vécu, avant que le souvenir de celui-ci ne perde en acuité. Les résultats obtenus montreront les difficultés qui ont été rencontrées par les familles et identifieront des leviers concrets d’action en cas de nouvelle pandémie. Ils pourront être mis à la disposition de partenaires intéressés par les questions d’organisation du travail et de conditions de travail, dédiés aux questions scolaires et plus largement familiales, ou mobilisés par les enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes.

ANR

2020

VICO — Enquêter sur les conditions de vie et les relations sociales avant, pendant et après le confinement

Au-delà des nombreuses victimes de la pandémie, ce sont potentiellement tou.tes les citoyen.nes qui ont pu être affecté.es dans leur vie quotidienne, et risquent de l’être encore durablement, par les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire du Covid-19 et du confinement de la population au printemps 2020. Tout le monde a été confiné (exceptés certaines professions particulières), mais sûrement pas de la même façon : le confinement a révélé non seulement des inégalités face à la maladie, aux liens sociaux, mais aussi face au logement et au travail. De la même façon, les privations de liberté (et en particulier des libertés de circulation et de réunion) pendant le confinement ne se sont pas imposées à tou.tes de la même façon. La crise a donc eu des effets différents selon le genre, l’âge et les ressources socio-économiques des individus et des ménages. A-t-elle seulement mis au jour les inégalités sociales qui existaient déjà en temps ordinaires ? Les a-t-elle aggravées ? En a-elle introduit de nouvelles ? S’agissant des relations sociales, lesquelles se sont renforcées ? affaiblies ? dégradées ? Comment la solitude ou bien au contraire la cohabitation en confinement ont-elles été vécues ? Les recherches sur les réseaux sociaux ont montré qu’en temps ordinaire, les relations personnelles sont des ressources cruciales, au même titre que les ressources matérielles, qu’elles constituent un « capital social » mobilisable tout au long de la vie. Quel impact à court, moyen et plus long terme la crise de l’année 2020 a-t-elle eu sur nos réseaux personnels, sur nos relations avec nos proches, nos ami.es, nos voisin.es, nos collègues ? Pour répondre à ces questions, il y a un enjeu majeur à développer des recherches de grande envergure permettant de mesurer précisément les effets, dans le temps, de cette crise sur les conditions de vie et de travail des Français.es, sur leurs façons d’habiter et de se déplacer, ainsi que sur les formes de sociabilité et de solidarité qui sont au fondement de la cohésion sociale. Dans cette perspective, le projet VICO se donne pour objectif de déployer une vaste enquête longitudinale. Cette enquête aura comme particularité distinctive de porter sur un échantillon de grande ampleur de la population ordinaire ayant vécu le confinement en France au printemps 2020, de comporter plusieurs vagues successives au cours desquelles les membres du panel ainsi constitué seront réinterrogés plusieurs fois sur une période de 15 mois au total, et d’articuler des approches quantitatives et qualitatives. Devant l’urgence de recueillir des données scientifiques solides au cœur de l’événement, mais aussi devant l’opportunité qui s’est ouverte de comprendre ce qui change dans nos fonctionnements sociaux en temps de crise, une première équipe de chercheurs en sociologie et en sciences sociales s’est déjà mobilisée afin de concevoir, réaliser et diffuser la première vague de cette enquête longitudinale originale. Celle-ci, appuyée sur un questionnaire diffusé en ligne pendant le confinement a recueilli plus de 16 000 réponses. L’objectif du projet VICO est d’y ajouter : 1. une vague supplémentaire d’enquête par entretiens, indispensables pour accéder aux expériences subjectives, aux représentations et aux transformations des valeurs des enquêté.es ; et 2. une seconde vague d’enquête par questionnaires 12 mois après la première, soit un an après le confinement, pour mesurer la pérennité des dynamiques sociales observées pendant cette crise exceptionnelle. L’objectif général du projet est d’inscrire l’analyse des conséquences sociales de la crise sanitaire dans une durée permettant de savoir si les changements sont ponctuels ou durables. Les moyens financiers, matériels et humains demandés dans cette candidature devront permettre la réalisation des analyses des données de la première vague de l’enquête, et la mise en œuvre des enquêtes quantitatives et qualitatives des deux vagues suivantes ainsi envisagées.

ANR

2020

ECOVID-19 — Epidémiologie Economique du Covid-19

ECOVID-19 vise à fournir une analyse comparative du coût-efficacité des politiques publiques menées dans des conditions réelles pendant l'épidémie de Covid-19 en France. Nous comparerons trois mesures principales : i) les mesures de confinement ii) les tests avec un accent particulier sur les infections non documentées iii) les rappels sur les "gestes barrière". Pour ce faire, nous construirons un modèle théorique de diffusion de la maladie incluant des comportements d'arbitrage et nous testerons le modèle en utilisant une variation quasi-expérimentale pendant l'épidémie pour évaluer l'importance respective des politiques et le moment de leur mise en œuvre. Notre approche sera complémentaire des études épidémiologiques et d'autres projets SHS préalablement sélectionnés par REACTing. L'inclusion des compromis individuels, de l'apprentissage et des externalités en cas d'incertitude est en effet la principale valeur ajoutée de l'économie dans ce domaine de recherche. Notre modèle théorique partira d'Adhvaryu (Review of economic studies, 2014) et de Li et al. (Science, 2020) et visera à quantifier le rôle des infections non documentées en France pendant l'épidémie. Nous nous concentrerons sur les comportements individuels dans un contexte d'incertitude fondée sur les croyances et sur le processus d'apprentissage adaptatif pendant l'épidémie. Notre test empirique sera basé sur l'Adda (Quarterly Journal of Economics, 2016) pour estimer la rentabilité relative des mesures mentionnées ci-dessus, tout en tenant compte de l'incertitude et de l'apprentissage. Les données sur les infections proviendront de deux cohortes de patients : la "cohorte des patients infectés" (depuis le premier patient traité le 24 janvier à Bichat) et la "cohorte des cas contacts" gérée par Santé Publique France et REACTing en partenariat avec l'Inserm. Ces données seront combinées avec la fermeture des écoles, la limitation des transports, les dates d'annonces publiques sur l'internement obligatoire et les pics de volume sur Twitter comme proxy des campagnes d'information. Nous utiliserons une approche simple d'étude d'événement combinée à une différence floue dans la différence pour évaluer l'efficacité de ces mesures. Pour calculer les avantages monétaires attendus, des estimations de coûts seront tirées de la littérature et des données que nous recueillerons. Notre projet répond concrètement à la troisième priorité de la proposition, à savoir "les mesures de prévention et de contrôle des infections en milieu communautaire" et à deux sous-objectifs : "Conditions d'efficacité et conditions réelles de mise en œuvre des actions d'information, de prévention, de soins et de lutte" et "Évaluation et modélisation des mesures de prévention et de lutte". Ce projet réunit des chercheurs qui comptent parmi les meilleurs experts de l'économie des épidémies sanitaires et des comportements humains. L'équipe proposée est limitée à trois chercheurs, un assistant de recherche et un post-doctorant pour travailler efficacement et apporter des réponses rapides aux questions de politique publique pertinentes afin de préparer les futures épidémies. Quatre experts externes de différents domaines ont été ajoutés à la gouvernance du projet afin de recevoir des commentaires sur nos résultats. Mots clés de la proposition: Activité économique, Epidémiologie économique, Coût-efficacité

ANR

2020

LimSpaces — Vivre l'entre-deux: stratégies d'adaptation et horizons d'attente d'acteurs ordinaires en Ukraine et Moldavie

LimSpaces propose une lecture renouvellé des sociétés d’Ukraine et de Moldavie qui semblent s’être installées dans une instabilité politique et sociale durable aux portes mêmes de l'Union européenne. L’originalité du projet consiste à ne pas les considérer comme des versions périphériques du modèle européen mais à s’intéresser aux effets microsociaux de leur position "entre-deux", entre les sphères d’intervention occidentales et russes. Le projet prend ainsi le contre-pied d’une vision ordinaire qui fige ces sociétés dans des altérités culturelles et historiques ; il les analyse dans une perspective située et relationnelle, centrée sur les acteurs. Le projet a trois objectifs. Sur le plan empirique, il doit produire une lecture compréhensive de ces sociétés à partir de l’étude de stratégies quotidiennes dans les situations de haute incertitude en contextes « entre-deux ». Il veut éclairer les manières dont les acteurs orientent leur choix pour subvenir à leurs besoins, pour entreprendre, pour se former ou se projeter dans l’avenir, en dépit de l’instabilité des allégeances géopolitiques et des champs politiques. Sur le plan théorique, le projet mobilise le concept de liminalité pour approcher en termes dynamiques les concepts français d’« espace entre-deux » et allemand de « Zwischenraum ». La labilité de ce type d’espace permet d’enrichir les études microsociales du quotidien en les dégageant de leur présentisme et en les situant dans le mouvement permanent et créatif de réinterprétation de l’expérience et des attentes au fil des recompositions de l’espace politique. Sur le plan académique, il contribue à décloisonner les approches françaises et allemandes dans le champ des études centre-est européennes ; il permet de développer des réseaux transnationaux en vue d’un projet européen ; il assure une mission de formation à la recherche pour de jeunes chercheurs. La recherche repose sur une importante collecte de données qualitatives originales (entretiens, observations ethnographiques, études cartographiques) intégrant 3 équipes partenaires ayant une solide expérience de ces terrains. Elle repose sur des enquêtes conduites sur 12 sites, y compris dans les territoires séparatistes, en Transnistrie et aux frontières des républiques de Donetsk et de Lougansk. Le projet explore les imaginaires et les stratégies que différents types d’acteurs (simples habitants, commerçants sur les marchés, entrepreneurs, parents d’élèves, étudiants) emploient pour s’adapter (axe A) ou pour échapper (axe B) aux incertitudes d’une position liminale. L’axe C, transversal, organise la coordination et la valorisation de la recherche. Nous visons une meilleure compréhension des sociétés ukrainienne et moldave. C’est une condition nécessaire à l’ajustement des politiques européennes de voisinage et de gestion des migrations. Plus largement, nous voulons contribuer à pluraliser les pensées de l’Europe sur elle-même, sur ses habitants, sur son histoire et ses territoires.

ANR

2020

EURO-DEM — Démocratie industrielle, un idéal européen? discourses et pratiques sur la démocratization du travail après 1945

Pendant la plus grande partie du XXe siècle s'est affirmé un mouvement dynamique en faveur de la démocratie industrielle, notion recouvrant un large éventail de significations, de la démocratie interne aux syndicats à la co-détermination (dans l'atelier, l'entreprise, l'industrie, l'économie nationale), en passant par la négociation collective. Dès l'origine, dans la plupart des pays européens, les syndicats ont joué un rôle majeur dans la promotion théorique et la gestion concrète de la démocratie sur le lieu de travail. Aujourd'hui, cependant, les choses apparaissent différentes. Si des exemples de démocratie dans l'entreprise existent, les formes d'organisation hiérarchiques dominent et la démocratie organisationnelle ne suscite peu d'écho dans les médias et le débat public. Le déclin de la notion est en partie lié à celui du syndicalisme et aux transformations de la production, mais aussi à l'hégémonie, depuis des décennies, d'une conception libérale (par opposition à sociale) de la démocratie politique, laquelle suppose une séparation stricte entre les sphères politique et économique. Ces dernières années, des signes indiquent toutefois un regain d'intérêt. Des publications universitaires fleurissent à nouveau, dans des disciplines diverses : théorie politique, sciences sociales et politiques, histoire, théorie juridique, économie, gestion et psychologie du travail. Une nouvelle directive européenne "relative à l'établissement du principe de la démocratie au travail, dans le capital et dans tous les domaines de la vie économique" vient d'être rédigée, et l'Institut syndical européen promeut activement l'idée auprès de ses partenaires nationaux. Dans ce projet, nous souhaitons enquêter sur l'histoire de cette notion, avec ses hauts et ses bas, au prisme de l'histoire conceptuelle et de l'histoire sociale, en explorant la manière dont elle a été façonnée par les discours académiques et non académiques, par les pratiques et les luttes sociales, en nous concentrant sur deux acteurs institutionnels principaux - le monde universitaire et les syndicats - et en étudiant leurs interactions, leurs influences mutuelles et leurs trajectoires. Cette approche est justifiée par la nature de notre objet. Premièrement, bien que l'importance des universitaires dans la théorisation de la Workplace democracy soit peu contestable, le rôle spécifique joué par les différentes disciplines est largement sous-étudié (manque de communication entre champs disciplinaires, grande variabilité de l'objet). Deuxièmement, les syndicats ont joué un rôle majeur, mais historiquement variable, dans les luttes en faveur de la démocratie au travail. Dans le même temps, à côté du monde universitaire, ils ont, avec leurs institutions de recherche, été le plus important producteur de connaissances dans ce domaine. Troisièmement, syndicats et monde universitaire ont constamment interagi, s'influençant mutuellement de multiples façons qui n'ont guère été étudiées.

ANR

2020

EDEN ARTECH — Éthique et Durable pour une Ecologie de la Nature à travers les ARTs et les TECHnologies

Les arbres et les forêts sont des ressources inestimables pour la préservation de la biodiversité et, de fait, pour nous humains. Il est admis scientifiquement qu’ils sont l’outil le plus puissant, à la fois pour restaurer les écosystèmes dégradés de notre planète et lutter contre le changement climatique. Toutefois, et malgré leurs incroyables capacités d’adaptation et de résistance, ces organismes sont aujourd’hui devenus vulnérables. De plus, un grand nombre d’études tend à démontrer que leur influence bénéfique va bien au-delà de ce qui avait été jusqu’alors pensé, en laissant ainsi ouvert tout un champ des possibles d’un point de vue écologique. Parallèlement, un certain nombre de communautés sont elles aussi détentrices d’un savoir autre sur ces organismes et leurs bienfaits : un savoir notamment basé sur l’expérience vécue et des connaissances ancestrales dont on comprend aujourd’hui l’importance pour créer des modes d’appréhension complémentaires de ces espaces vitaux. A cet égard, le cas de la communauté des Maori en Nouvelle-Zélande est significatif et, selon nous, susceptible d’apporter de nouvelles manières d’être avec les arbres et d’enrichir les perceptions que nous en avons, notamment en Europe. Dans la diffusion de ces diverses connaissances, et face à la complexité et le volume des données et d’informations scientifiques qui restent généralement encore difficiles à rendre perceptibles, le rôle des artistes nous semble crucial : c’est par eux qu’il est possible de créer d’autres moyens d’accès et d’expérimentation, de nouveaux champs perceptifs ainsi que des dynamiques collectives singulières. Compte tenu de l’écart persistant entre les connaissances scientifiques que nous avons à l’égard des crises écologiques et les comportements à l’égard des enjeux environnementaux qui demeurent sociologiquement assez inchangés, comment l’alliance des arts et des technosciences peut-elle contribuer à générer de nouveaux modes d’action et d’intervention ? Dans quelle mesure une telle alliance pourra générer des conditions d’une conscience écologique plus globale ? Notre hypothèse ici est que les données recueillies alliées à des connaissances autres (celles des Maori) associées et des expériences immersives créatives (notamment en 3D) pourront devenir la source d’une meilleure connaissance des arbres et de leurs végétations environnantes, en créant ainsi les conditions d’une plus grande sensibilité aux problèmes environnementaux. L’objectif d’EDEN ARTECH sera ainsi, d’une part, de promouvoir la création de dispositifs qui permettront de rendre sensibles des données scientifiques, complémentaires aux connaissances plus empiriques des populations autochtones, qui échappent à la perception habituellement de la plupart des citoyens à travers le monde. En passant par des expériences créatives, il sera question de mesurer, d’autre part, comment des œuvres corrélées à des entreprises de visualisation ou de modélisation seront susceptibles d’intervenir sur la perception des environnements naturels. Enfin, c’est une plus grande conscience des enjeux écologiques qui sera recherchée par ce biais, en vue de redéfinir les bases de politiques environnementales prenant appui sur des expériences sensibles.

DIM Ile-de-France

2020

DECPHOMAP — Détecteur à comptage de photons pour l’étude des matériaux anciens et du patrimoine

Le projet vise à doter la plateforme d’analyse structurale et élémentaire macro-faisceau (100_m) du LAPA d’un détecteur de rayons X de nouvelle génération dit à comptage de photon afin de remplacer un équipement arrivant en fin de vie. La rapidité d’acquisition des images de diffraction, liée à un rapport signal sur bruit multiplié au moins par 3 par rapport au scanner de plaques images photosensibles, ainsi que la possibilité de l’interfacer à un ordinateur, en font un équipement de haute performance pour l’analyse structurale du matériel archéologique et du patrimoine. De plus, il permettra l’acquisition d’un grand nombre de clichés de diffraction sur des temps très courts pour des études statistiques par exemple.

DIM Ile-de-France

2020

ARLUS — Archéologie et Lumière Structurée

Le projet Archéologie et Lumière Structurée – ARLUS a pour objet de faire monter en puissance le volet 3D de la plateforme Archéoscopie de la MSH Mondes, en l’ouvrant à la numérisation 3D par lumière structurée. Ce volet, actuellement dédié à la restitution 3D par photogrammétrie, sera ainsi en mesure d’accroître son offre en matière d’acquisition et d’exploitation de données 3D et en matière de formation. Ces nouveaux équipements, deux scanners mobiles à lumière structurée, avec leurs ordinateurs associés, offriront de nouvelles perspectives de recherche et de valorisation pour les membres des laboratoires SHS et leurs étudiants. Ils interviendront dans de nombreux programmes de recherche interdisciplinaires pour répondre à des problématiques archéologiques, des problématiques de conservation et de valorisation de vestiges anciens comme plus récents, mais aussi à des problématiques méthodologiques.

DIM Ile-de-France

2020

Suspicious — RéSidUS de PestIcides dans les CollectIOns : analyse par flUoreScence des rayons x

En 2015, le pôle Conservation-Restauration (PCR) du mqB-JC a initié une campagne d’identification des résidus de pesticides, à partir de tests microchimiques. Ces « spots-tests » ont montré leurs limites car seuls l’arsenic, le mercure et le plomb sont détectables. À ce jour environ 2 000 objets ont été testés, ce qui est insuffisant pour assurer la manipulation des collections en toute sécurité puisque 50 % des 370 000 objets ethnographiques sont constitués en partie ou en totalité de matériaux organiques susceptibles d’avoir été soumis à l’action de pesticides. L’objectif premier de l’acquisition d’un spectromètre à fluorescence X (FX) portable est d’augmenter la cadence et la fluidité des mesures, et de permettre aux agents ainsi qu’aux prestataires de se protéger adéquatement en cas de contamination par des produits toxiques. Le laboratoire de l’INP est sollicité par les élèves restaurateurs pour des expertises sur les matériaux et leurs altérations avant restauration ou pour des études techniques relatives à la connaissance des matériaux d’artistes et à la matérialité des oeuvres. Dans cette perspective, l’accès à un spectromètre dont la mise en place ne nécessite pas la mobilisation complète d’un local permettrait de faciliter la réponse offerte aux questions des étudiants. Les travaux de recherches conduits dans le laboratoire ArScAn nécessitent la caractérisation chimique de grandes séries de mobiliers archéologiques de nature différente (pierre, céramique, métal, etc.) et les sols archéologiques nécessitent une analyse chimique rapide des matériaux. Pour cette raison nous nous associons à cette demande d’achat d’un spectromètre de type TRACER 5i. Le laboratoire AOrOc regroupe des disciplines de l’archéologie sur des aires chronologiques depuis la protohistoire celtique jusqu’au bas empire, et sur des espaces géographiques partant de l’Europe occidentale à l’Asie centrale. Les thématiques sur les artefacts sont donc très nombreuses, abordant à la fois la manufacture des objets, leur style et leur origine et leurs modes de diffusion. Les analyses non destructives effectuées par spectrométrie à FX contribueront à la connaissance des produits de fouilles.

DIM Ile-de-France

2020

KitBlocLam — Kit de sciage et polissage de blocs et de lames minces

La caractérisation des matériaux archéologiques à différentes échelles d’observation (oeil nu, microscopie optique, MEB), nécessite très régulièrement la réalisation de prélèvements de blocs sciés avec des surfaces polies et la réalisation de lames minces (30 microns d’épaisseur). La réalisation de blocs, blocs indurés et lames minces est indispensable à la caractérisation pétrographique des artéfacts (silex, céramiques, terres cuites, métal, …) et des stratigraphies archéologiques (prélèvements de blocs pour la réalisation d’analyses micromorphologiques). En complément des analyses pétrographiques, ces blocs et lames minces peuvent faire l’objet d’analyses géochimiques (cartographie élémentaire de la surface par MEB, spectrométrie…). Suite à l’acquisition d’une « Rectilame » (arasement et rectification de lames minces) acquise en 2020 sur des crédits CNRS, l’UMR 7041 ArScAn souhaite acquérir l’ensemble des machines (polisseuse, tronçonneuse débiteuse compact de paillasse et stand d’enrobage et d’imprégnation) afin d’avoir une chaine complète de réalisation de blocs sciés et de lames minces. Ce matériel, qui sera installé dans le laboratoire de géoarchéologie géré par l’Equipe « Archéologie environnementale » de l’UMR ArScAn, sera à disposition des chercheurs de l’ensemble des unités de recherche de la MSH Mondes (UMR Trajectoires, UMR ArchAm, UMR Pré-Tech). Il sera également utilisé par des étudiants de Master en archéologie, de l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, dans le cadre d’un module de ce Master. Ce projet s’insère donc dans une double dynamique de recherche et d’enseignement, soutenue par l’UMR 7041 et par l’USR de la MSHM.

DIM Ile-de-France

2020

CREMMA — Consortium pour la Reconnaissance d’Écriture Manuscrite des Matériaux Anciens

Le projet Consortium Reconnaissance d’Écriture Manuscrite des Matériaux Anciens (CREMMA) vise la création d’un service de mise à disposition de ressources serveur pour favoriser l’accès à la reconnaissance d’écriture manuscrite (REM). Le CREMMA met à disposition des laboratoires et projets partenaires un accès à l’outil open-source eScriptorium sur des serveurs permettant l’entraînement de modèles performants. À terme, ce service est ouvert à des projets extérieurs, validés par le consortium au regard de la disponibilité du service. Durant le temps du projet (2 ans), les laboratoires partenaires du consortium mettent à disposition des jeux de données issues de matériaux divers (manuscrits médiévaux et modernes, supports muraux, etc.) dans des langues et des écritures différentes (latin, ancien français, chinois, vietnamien, français, etc.). Ces premiers jeux de données permettront de proposer des premiers modèles pour de nouveaux projets, et faciliteront l’utilisation des services de REM. Par ailleurs, le projet aura soin de produire une documentation essentielle à l’accueil et la formation de futurs nouveaux utilisateurs.

DIM Ile-de-France

2020

And2sou — Analyse non destructive du sous-sol par Radar

Le développement de techniques de mesures non-destructives de plus en plus fines a fait émerger le besoin d’une caractérisation de plus en plus précise, et sur des surfaces toujours plus importantes, du proche sous-sol. AOrOC souhaite se doter d’un système radar multi-antennes et à bas bruit (nouvelle génération à échantillonnage temps réel), tracté éventuellement par un véhicule, qui prendra le relai des radars mono-voie existants et permettra l’auscultation du proche sous-sol sur de grandes surfaces avec une meilleure résolution spatiale inférieure au décimètre. Ces données sont en effet devenues obligatoires pour l’optimisation de l’implantation des zones de fouilles programmées ainsi que pour l’étude des centres-villes actuels. Couplées aux données des scanners laser terrestres pour la restitution des bâtiments (matériel de la plateforme Plemo3D de Sorbonne Université ou d’AOrOC), elles permettent d’obtenir un modèle complet du patrimoine visible et invisible. En zone urbaine, cet enjeu patrimonial se double d’un enjeu d’inventaire pour les collectivités territoriales de tous les réseaux enterrés présents (DT-DICT) comme montré par notre expérience pilote sur la Grand’Place de Bruxelles en mai 2018. Les travaux de recherches conduits dans le laboratoire ArScAn visent à la connaissance du contexte géomorphologique des sites archéologiques en particulier dans le Bassin Parisien. Le couplage de la cartographie radar avec les moyens plus traditionnels (tarière et panneau électrique) permet d’aborder les conditions de taphonomie des sites. Enfin, le laboratoire METIS s’est orienté vers la prospection systématique d’édifices patrimoniaux, généralement en contexte urbain, avec de nombreuses collaborations. Les données acquises dans le cadre du projet seront rendues publiques sur la plateforme de cartographie collaborative Chronocarto que gère AOrOC au niveau de PSL.

DIM Ile-de-France

2020

IMIX — Investigation minéralogique par Micro_diffraction des rayons X

L’acquisition d’un diffractomètre de rayons X équipé d’un module de micro_diffraction permettra de répondre de façon précise et adaptée aux exigences et attentes de plusieurs communautés scientifiques s’intéressant aux sciences de l’environnement, biologie, archéologie, géologie ou sciences humaines. Le diffractomètre de rayons X visé doit permettre de répondre à des problématiques fondamentales et appliquées telles que la compréhension des processus d’altérations et de préservation des matériaux patrimoniaux et au sein des différents compartiments de la zone critique (e.g., sols, sédiments), l’étude de bio_minéraux et leur croissance, la compréhension des processus diagénétiques, la reconstruction de paléoenvironnements (e.g., état d’aridité des sols), ou encore l’étude des liens entre matières premières et objets archéologiques (e.g., sources et voies de commerce). L’instrument permettra de réaliser des analyses optimisées et reproductibles sur de grandes séries d’échantillons (passeur automatique) et sur des quantités de matériels très limitées (quelques mg à quelques centaines de _g) ou des zones d’objets spatialement contraintes de quelques dizaines de _m grâce au module de micro_diffraction. L’acquisition de cet instrument s’inscrit en parfait complément des techniques de caractérisation minéralogique non_destructrices dont dispose la plateforme PANOPLY (microscopies électronique et de force atomique, microspectroscopie FTIR, etc.) et en amont de techniques géochimiques plus spécifiques (par ex LA_ICP_MS_HR).

DIM Ile-de-France

2020

CLOUCHAR — Clous et charpente du Moyen Âge à l’époque moderne

L’incendie de Notre-Dame de Paris a livré un mobilier métallique exceptionnel, notamment une grande quantité de clous en fer forgé de diverses tailles (du cm à plusieurs dizaines de cm) dans les parties les plus anciennes de la charpente (nef et chœur). L’étude de ces vestiges métalliques est entreprise dans les cadre des réflexions du GT Métal du chantier CNRS/MCC Notre-Dame, qui voit la collaboration étroite entre trois équipes de recherches aux compétences complémentaires (ARSCAN, LAPA et LRMH). Le projet de stage propose de se concentrer sur le mobilier du chœur, plus homogène car moins perturbé par la chute de la flèche,et en particulier sur les éléments forgés, jamais encore étudiés en détail pour une charpente ancienne.Il vise à réaliser un inventaire morphotypologique des clous dans un objectif d’identification des types utilisés et de leurs usages, afin de les caractériser, de les quantifier et de les replacer dans la chronologie de la charpente. Le référentiel ainsi créé sera rapproché des données connues de la charpente de Notre-Dame (études de R. Fromont et C. Trentesaux) et des rares publications existantes sur les clous (travaux de C. How notamment). Ce travail de typologie posera enfin les bases d’une approche matérielle suivant les méthodologies développées en collaboration avec le LAPA, avec l’analyse métallographique d’une sélection de clous visant à déterminer la qualité du matériau, sa mise en forme, sa provenance et la datation de certains renforts.

DIM Ile-de-France

2020

NumArchAm — Numérisation de données scientifiques du laboratoire ArchAm : valorisation des programmes archéologiques français dans les Amériques

NumArchAm est un projet de valorisation portant sur les fonds documentaires issus des missions archéologiques françaises menées dans les Amériques depuis 1973. Débuté en 2019, une procédure de gestion électronique a été élaborée et 3 fonds (999 diapositives) traités et mis en ligne sur la « Base documentaire du laboratoire Archéologie des Amériques » avec leurs métadonnées Dublin Core et Nakala. Ce premier ensemble correspond à 20 % du total du matériel patrimonial à intégrer à la base, et près de dix autres fonds (± 5000 diapositives) nécessitent un traitement similaire. Le stagiaire aura la responsabilité du processus de numérisation et d’indexation de quatre fonds photographiques : deux mexicains (Chupícuaro et Barajas, ±2000), un guatémaltèque (la Joyanca, ±800) et un amazonien (Equateur et Guyane, ±500). Il mènera différentes activités impliquant le plan de nommage, la numérisation, le traitement des images, le renommage systématique, la structuration des données et des métadonnées en vue de leur versement sur Nakala et de leur traitement par lots. Ce stage permettra au candidat de développer ses connaissances en gestion numérique et dématérialisée de documents ainsi qu’en indexation et interopérabilité (thesaurus Pactols). Il aura aussi l’opportunité de traiter des fonds inédits et d’être confronté aux problématiques de valorisation des fonds patrimoniaux (intégrité et pérennisation des données, contextualisation, droits d’image et question d’accès).

DIM Ile-de-France

2020

Recherche et Restauration — Recherche et Restauration

L’approche pluridisciplinaire valorisée à travers les différents axes de recherche du DIM Matériaux anciens et patrimoniaux implique notamment les conservateurs-restaurateurs du patrimoine. En effet, leur rôle est essentiel, que ce soit pour comprendre les matériaux employés par les artistes, l’évolution matérielle des objets et des œuvres d’art, les différents types d’altérations qui touchent les objets du patrimoine, ou les analyses et interventions qui peuvent être menées sur ces objets. Toutefois, la complexité du statut professionnel du conservateur-restaurateur peut rendre son implication dans des projets de recherche publics limitée. Bien que différentes réflexions aient été menées ces dernières années, notamment sur la profession d’un point de vue sociologique, sur le développement des compétences de recherche dans le cadre des formations de conservateurs-restaurateurs, ou sur l’encouragement d’activités de recherche conduites de façon mutualisée avec des laboratoires tels que le C2RMF ou les équipes du CRC, on peut se demander si des évolutions sur l’implication des restaurateurs dans la recherche ont pu être constatées par les professionnels eux-mêmes et comment ces derniers verraient une possible meilleure implication. L’étude qui sera menée a pour objectif d’une part d’établir un état des lieux de la culture de la recherche en conservation-restauration, et d’autre part, de s’appuyer sur les discours des acteurs de la profession, à travers une enquête basée sur des entretiens, pour identifier les conditions qui favoriseraient une meilleure implication dans des projets de recherche.

ANR

2019

ERASEd — Evaluer le Risque Amiante à SibatE

Projet ERASEd – Evaluer le risque amiante à Sibaté L’amiante est un terme générique renvoyant à des silicates de texture fibreuse tous classés « cancérogènes certains », depuis 1977, par le Centre International de Recherche sur le Cancer (rattaché à l’Organisation Mondiale de la Santé). Moins de soixante-dix pays ont – en 2019 – interdit l’utilisation et la commercialisation de produits à base de ces fibres. En silence, la Colombie reste un pays producteur et consommateur d’amiante quand, dans le même temps, les grands pays de la région bannissent, les uns après les autres, son usage. La municipalité de Sibaté est située dans le département du Cundinamarca, à une vingtaine de kilomètres au Sud de la capitale colombienne Bogotá. Sa population totale est d’environ 38 000 habitants. Aux marges de cette municipalité est installée – depuis une cinquantaine d’année – une usine d’amiante-ciment fabriquant aussi bien des plaques de couverture que des conduites d’eau. Cette usine a été – et reste – un important pourvoyeur d’emploi pour les populations des alentours. Malgré cela, il est clair que les expositions cancérogènes générées par cette usine aient été multiples : professionnelles évidemment, mais certainement environnementales et para-professionnelles. Il semblerait également – aux dires d’habitants rencontrés par les chercheurs colombiens – qu’une partie de la municipalité ait été construite sur des remblais fournis par l’usine en question. Depuis décembre 2014, les médias locaux relaient des cas de maladies liées à l’amiante dans cette municipalité : aussi bien chez d’anciens travailleurs de l’usine que chez des personnes ayant simplement vécues à proximité. Les soupçons d’une contamination environnementale sont bien réels : plusieurs personnes sont d’ores et déjà décédées d’un cancer spécifique de l’amiante (le mésothéliome), de cancers du poumon ou sont atteintes d'asbestoses à proximité de cette usine. La rumeur relative à la constitution d’un remblai amianté, à partir de matériaux fournis par l’usine, fut confirmée au cours de travaux menés par des partenaires de ce projet. Plusieurs échantillons de sol ont ainsi confirmé la présence d’amiante friable dans le sol de Sibaté. Alors que le risque n’est pas encore socialement construit, le danger – i.e. la présence d’amiante à des niveaux superficiels du sol – est lui bien réel. Par la constitution d’une équipe pluridisciplinaire et internationale associant géographes (UMR PRODIG, France) et spécialistes d’ingénierie environnementale (Universidad de Los Andes, Colombie), nous proposons de répondre à deux objectifs principaux : borner le remblai amianté à l’aide de méthodes non-invasives ; mesurer la connaissance du risque et identifier les menaces majeures telles que perçues par des groupes d’acteurs spécifiques de cette communauté. Plusieurs approches seront mobilisées pour répondre à ces objectifs : analyse de l’évolution de l’occupation des sols, reconstitution des changements topographiques, recherche d’une strate polluée à l’aide de méthodes géotechniques, cartographie à dires de riverains et cartes mentales lors d’ateliers, analyse textuelle de la presse, enquête et entretiens. La portée scientifique de ce projet est protéiforme : analyse d’une situation inédite non-documentée, mobilisation cohérente d’un ensemble de méthodes mixtes dans un nouveau contexte. Le principal apport d’ERASEd serait la prise en compte de ses résultats dans la mise en place d’un véritable plan de gestion du risque tant du point de vue de la cartographie des zones de danger que du choix dans la manière d’informer la population.

ANR

2019

MobiTIC — Mesurer les mobilités et présences des personnes à l'aide des TIC

Les approches actuelles des statistiques publiques, de l’aménagement urbain et des transports pour mesurer la présence des personnes, les mobilités et l’utilisation du sol reposent sur des données classiques (recensement, enquêtes, comptages de trafic, etc.) considérées isolément ou complétées d’informations géospatiales (cartes, images satellite, occupation de l’espace, etc.). Ces sources donnent l’illusion de structures spatiales statiques car elles ne les renseignent que ponctuellement. Les données numériques, ouvrent des perspectives d’analyse dynamique à des niveaux de précision géographique et temporelle très fins, et offrent aux acteurs le potentiel de gérer plus efficacement leurs ressources, prérequis indispensable à un développement durable des territoires. L’information extraite peut ainsi enrichir les origines et destinations des déplacements en étiquetant les zones en fonction de la fréquence et de l'heure, estimer les zones de résidence et de travail et assigner des buts aux déplacements. Des bénéfices sont attendus pour calibrer au plus juste les équipements et les services, en matière de tourisme, dans les services d’urgences, la gestion des risques sanitaires, les réserves d’eau, la collecte et le traitement des déchets, les services de mobilité, les transports. Cependant, les données numériques prises isolément sont partielles et biaisées et leur capacité à saisir des phénomènes urbains complexes est encore réduite. Leur combinaison à d’autres données classiques et numériques (téléphonie, billettique) permettra de tirer parti des atouts de chaque source. MobiTIC nait du souhait d’une collaboration rapprochée entre les acteurs afin de définir, élaborer et mettre en œuvre, dès le niveau le plus fin, la méthodologie pour collecter, exploiter les données de signalisation du réseau mobile fines, les combiner avec les sources classiques, pour produire des indicateurs, modèles et analyses, pertinents et qui respectent les règles de confidentialité. MobiTIC ambitionne de produire des indicateurs de présence et de mobilités des personnes, pertinents, fiables, représentatifs et fréquemment mis à jour, en combinant données numériques et traditionnelles. Ces indicateurs produits à des résolutions spatiales et temporelles fines éclaireront les décisions des acteurs locaux pour un développement durable des territoires et ouvriront de nouvelles opportunités de recherche sur les dynamiques spatiales et sociales. MobiTIC entre en résonance avec les priorités stratégiques de l’Etat 2019, à l’interface entre sciences humaines et sociales et intelligence artificielle. MobiTIC vise à produire une cartographie dynamique d’indicateurs de présence à plusieurs échelles spatiales sur l’ensemble du territoire. Cette cartographie de la population présente et ses mobilités serviront à caractériser les lieux, à différencier les usages de l’espace des populations, à mesurer les effets des inégalités sociales et territoriales, en zoomant sur certains groupes/lieux d’intérêt pour l’action publique (quartiers prioritaires de la ville, QPV, périurbains, centre-villes, polarités périphériques). L’organisation fonctionnelle des systèmes urbains décrite à l’aide de ces nouvelles informations conduira à de nouvelles modélisations et sera confrontée aux zonages en vue de les faire évoluer. MobiTIC ambitionne également de fournir une estimation des indicateurs de mobilité à une fréquence plus élevée que celle des enquêtes, ce qui permettra un suivi rapproché des évolutions de la mobilité des personnes et des politiques de mobilité durable visant à les infléchir. Les indicateurs spatio-temporels ainsi obtenus serviront à mesurer l’impact des événements sur les pratiques de mobilité et conduiront à développer un outil d’aide à la décision pour l’appui aux politiques publiques (basé sur des systèmes multiagents) permettant des évaluations ex-ante par simulation. La ville de Rennes sera le terrain d’étude pour le volet Mobilités de ce projet.

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2019

ENVIROBIOSOC — L'environnment et la santé humaine à travers les sciences de la vie et les sciences sociales

L’environnement et son rôle dans l’origine de la santé et de la maladie humaine est aujourd’hui un objet commun des recherches en biologie (en particulier, en épigénétique environnementale) et en sciences sociales (e.g., en anthropologie médicale et épidémiologie sociale). Cependant, la façon dont il est conçu, défini et opérationnalisé est très hétérogène. Tout d’abord, elle n’est pas homogène au sein des sciences biologiques et médicales elles-mêmes (e.g., l’épigénétique comportamentale, l’épigénétique environnementale, l’épidémiologie, etc.). Ensuite, comme on peut s’attendre, le concept d’environnement et ses mesures sont particulièrement hétérogènes entre les sciences de la vie (incluant la recherche biologique et biomédicale) et les sciences sociales. Il peut être limité à des facteurs internes et/ou externes à nos corps, ce qui est le cas en biologie, mais peut aussi inclure des facteurs de niveaux supérieurs et de différentes natures (psychologique, sociale, économique, historique et culturelle), ce qui est souvent le cas dans les sciences sociales. Ce qui est considéré comme étant l’environnement peut donc avoir des limites spatio-temporelles différentes, pas nécessairement chevauchantes, et cela implique différentes façons de représenter et de modéliser les processus à l’origine des pathologies induites par l’environnement. Le projet ENVIROBIOSOC pose la question de savoir s’il est possible et souhaitable de dépasser ce pluralisme conceptuel et épistémologique par une approche intégrative combinant les diverses approches dans l’étude de la relation santé-environnement, en biologie et en sciences sociales. Il se demande aussi sous quelles conditions une telle approche, interdisciplinaire et intégrative, peut produire un gain épistémique et/ou pragmatique (le cas échéant), i.e., pour l’avancement de notre connaissance, et pour notre capacité à prévenir et traiter les maladies qu’il induit afin de produire des bénéfices socio-économiques. L’originalité de ce projet est d’aborder toutes ces questions de manière systématique, à travers les sciences de la vie et les sciences sociales, et du point de vue du débat, en philosophie contemporaine des sciences, sur le pluralisme scientifique. Ainsi, les questions soulevées porteront sur la façon dont l’environnement, en tant qu’inducteur d’états de santé et de maladie, est conçu et opérationnalisé dans les sciences du vivant et dans les sciences sociales. Quelle attitude doit-on adapter face à la multiplicité de concepts et de mesures de l’environnement à travers toutes ces sciences ? Cette pluralité est-elle temporelle et peut donc être résolue ou, au contraire, est-elle permanente et inéliminable ? Et qu’est-ce que cela implique pour l’approche de recherche adoptée dans les sciences du vivant et dans les sciences sociales ? Afin de répondre à toutes ces questions, le projet ENVIROBIOSOC est structuré en trois tâches. La première vise à dresser un bilan détaillé du concept d’environnement à travers les sciences de la vie et les sciences sociales étudiant les maladies induites par l’environnement. La deuxième vise à explorer les modes possibles d’intégration de toutes ces études et à évaluer sous quelles conditions une approche intégrative peut apporter un gain épistémique et/ou pragmatique (le cas échéant). La troisième tâche vise à produire une analyse des modes de collaboration correspondants entre sciences de la vie et sciences sociales étudiant la santé environnementale ou, du moins, à évaluer comment les études disciplinaires des maladies induites par l’environnement pourraient tirer avantage les unes des autres. La mise en place du projet ENVIROBIOSOC permettra de produire une analyse philosophique exhaustive sur toutes ces questions, en collaboration constante et étroite avec des chercheurs dans les sciences biologiques, biomédicales et sociales.

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2019

GASSENDI — Le rôle de l'empirisme de Gassendi en Europe au 17e siècle

Ce projet vise à réévaluer l’importance de la pensée de Pierre Gassendi (1592-1655) dans la constitution de différentes formes d’empirisme en Europe au 17e siècle. Gassendi peut en effet être considéré comme un des fondateurs de la science et de la philosophie moderne au 17e siècle. Mais, par comparaison avec Descartes ou Newton, Gassendi est souvent vu, de nos jours, comme un auteur de second rang, tourné vers le passé parce qu’il voulait faire revivre l’épicurisme antique. À l’opposé d’une telle approche rétrospective, ce projet a pour ambition de réévaluer le rôle de la philosophie et de l’épistémologie gassendistes dans le développement de la pensée moderne. Pour ce faire, nous nous concentrerons sur les pratiques scientifiques de Gassendi et leur articulation avec son empirisme, ainsi que sur leur influence sur deux régions européennes particulièrement réceptives à cet empirisme : les Provinces Unies et la Grande Bretagne. La première partie de ce projet cherchera à montrer le rôle des recherches de Gassendi dans différents domaines scientifiques (optique, astronomie, physique, mécanique) pour la constitution de sa théorie empiriste de la connaissance. Pour Gassendi, l’expérience n’est pas seulement la source d’une connaissance générale obtenue par induction, mais elle joue également un rôle crucial pour rendre compte de phénomènes naturels particuliers. La spécificité de l’approche gassendiste de l’expérience et ce qui la rend particulièrement intéressante d’un point de vue historique est qu’elle repose à la fois sur une théorie de la connaissance s’appuyant sur les données sensibles et sur une étude de l’optique ainsi que sur des pratiques d’observation qui sont cruciales pour produire des explications des phénomènes naturels. L’articulation, dans la pensée de Gassendi, entre sa théorie de la connaissance, sa théorie de la vision et ses pratiques expérimentales, retiendra particulièrement notre attention. À la suite de la rénovation de l’optique menée par Kepler, Gassendi promeut en effet une nouvelle conception de la vision articulant une physique de la lumière, une physiologie de la vision et une psychologie de la vision. Le projet étudiera ces trois dimensions, en particulier en s’appuyant sur la correspondance, en partie inédite, de Gassendi avec Boulliau, Peiresc et Hortensius. Il s’attachera également à montrer comment Gassendi a élaboré une théorie empiriste dans un contexte polémique avec Descartes et quelles conséquences cela revêt pour sa conception des mathématiques. La deuxième partie de ce projet s’attachera à étudier la diffusion et l’influence de la pensée de Gassendi dans deux régions particulièrement réceptives à l’empirisme : les Provinces Unies et la Grande Bretagne. Dans les Provinces Unies, l’empirisme de Gassendi a notamment joué un rôle polémique contre la métaphysique cartésienne. Mais Gassendi a également échangé de nombreux rapports d’observations astronomiques avec son réseau de correspondants néerlandais, ce qui a joué un rôle important dans l’établissement de la science moderne, en particulier dans la défense du copernicianisme. En Grande Bretagne, les ouvrages de Gassendi ont été largement diffusés et traduits, en particulier grâce à la Physiologia de Charleton. Nous nous attacherons à retracer les voies de diffusion de l’empirisme gassendiste en Grande Bretagne, en particulier en contexte scientifique. Gassendi a en effet exercé une influence importante sur des figures telles que Locke, Boyle, Newton ou Thomas Willis. Ce faisant, il s’agira de montrer que la constitution de différentes formes d’empirisme au 17e siècle n’est pas réductible à l’influence du Chancelier Bacon et de mettre en évidence l’importance de la pensée de Gassendi dans ces processus.

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2019

AFRINUM — Cultures du numérique en Afrique de l'ouest : musique, jeunesse et médiations

Le projet AFRINUM vise, au prisme des musiques populaires, à renouveler la question des sociétés innovantes en Afrique de l’ouest en considérant le numérique dans sa dialectique outil globalisé vs artefact culturel, pour rendre compte des multiples singularités qu’il prend et des valeurs auxquelles il renvoie. Cette culture numérique de la musique sera resituée au sein de logiques sociales, économiques et politiques plus larges, dont elle participe et qu’elle contribue à transformer, produire ou réifier tout à la fois. Le programme scientifique s’articule en trois axes. Le premier vise à analyser la fabrique de la musique et du son en studio d’enregistrement, à travers la nouvelle figure de l’arrangeur/ingénieur du son. On se penchera ensuite sur l’entreprenariat et l’économie collaborative développés par les jeunes musiciens pour maîtriser la chaîne de production, distribution et diffusion de la musique et s’émanciper ainsi des aînés. Enfin, le troisième axe portera sur la musique dans sa capacité de médiation entre les individus, les groupes et les identités, à l’heure où le développement des technologies numériques et du marketing culturel coïncide avec et amplifie une certaine dépolitisation des sociétés, au profit d’une économie qui fait émerger l’acteur producteur d’une part et l’individu consommateur de l’autre. Pour réaliser ce projet, une équipe interdisciplinaire de 14 chercheurs, 2 post-doc et 10 étudiants (masterants et doctorants) en sciences sociales et de l’ingénierie sonore effectueront des enquêtes de terrain en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Mali et au Sénégal. Cette dimension régionale permettra d’identifier les spécificités nationales et d’appréhender les circulations d’un pays à un autre. Le corpus recueilli sera indexé, traité et stocké sur un serveur de la TGIR Huma-Num, dans un format sécurisé et pérenne. Cette base de données fera l’objet de représentations visuelles, effectuées avec le pôle géomatique de l’EHESS, qui déboucheront sur une série de cartes physiques et sémantiques. Les résultats d’AFRINUM auront un impact dans le domaine scientifique : constitution d’un corpus inégalé de données originales sur une région d’Afrique peu étudiée ; renforcement des collaborations Nord-Sud, grâce au partenariat avec le LMI MaCoTer (IRD) ; développement d’une communauté scientifique francophone dans le champ émergent des études sur les cultures numériques ; acquisition d’outils communs entre sciences sociales et sciences du numérique. Pour ce faire, AFRINUM organisera plusieurs manifestations scientifiques internationales et publications collectives (en open édition). L’impact se mesurera en termes de transfert de connaissances, avec l’intégration d’une série de doctorants et de masterants et la mise en place d’enseignements universitaires. AFRINUM aura des retombées en termes d’information des milieux professionnels ouest-africains de la musique et du monde économique. Enfin, ce projet s’attachera à la diffusion de la recherche vers un public de non spécialistes, avec l’organisation de conférences-débats dans les 4 pays africains du projet, la réalisation de courts métrages présentant la Science en action, d’un film documentaire et la production de reportages radio avec RFI Labo. Les moyens mis en œuvre pour une durée de 48 mois (2020-2023) s’élèvent à 375 K€. Ils concernent : 1°) les missions de terrain, le séminaire d’équipe et les manifestations scientifiques ; 2°) l’équipement informatique et audiovisuel pour le recueil du corpus ; 3°) les CDD (contrats post-docs, stages masterants, vacations doctorants) ; 4°) les prestations de service (constitution de la base de données, traduction, édition). Mots clés : musique populaire ; savoirs audionumériques ; entrepreneuriat culturel ; médiations culturelles ; digital studies ; globalisation ; Afrique de l’ouest. Partenaires : Centre G. Simmel (UMR 8131 EHESS-CNRS) ; LMI MaCoTer (Unité 243 IRD) ; Université de Lethbridge (Faculty of Fine Arts) sur fonds propres.

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2019

MERYT — Modélisation chronologique de l'Ancien Empire égyptien

Le projet Meryt se fixe pour objectif de construire un modèle chronologique absolu précis, complexe et multi-techniques de l’Ancien Empire égyptien (~3000-2400 AEC), par une approche intégrée rassemblant les critères d’analyses de l’égyptologie, l’archéologie et l’archéométrie. S’inscrivant dans une démarche interdisciplinaire d’archéologie intégrative, il répond à deux enjeux majeurs : 1)Élaborer un cadre chronologique de l’Ancien Empire égyptien, règne par règne, par la construction d’un modèle statistique réconciliant les données égyptologiques et analytiques ; 2)Adapter la courbe de calibration 14C IntCal pour prendre en compte les conditions environnementales propres à l’Égypte afin de rendre performante la méthode de datation 14C pour cet espace géographique. Porté par le pôle archéométrie de l’Ifao et soutenu par un consortium d’égyptologues, archéologues, archéomètres, conservateurs, physiciens et statisticiens, ce projet implique sept unités de recherche (Ifao, Orient&Méditerranée, Monaris, APC, LAPTH, MNHN, LMC14) et s’organise suivant quatre axes. -Historiques : pour chacun des quelque 30 règnes, nous réévaluerons tous les indices chronométriques disponibles issus de sources archéologiques, historiques et textuelles, afin de recenser l’ensemble des attestations de règnes et d’évaluer leur fiabilité. Confrontées aux découvertes archéologiques récentes, ces données permettront d’établir différents schémas de chronologies relatives possibles. -Archéométriques : une base de données de plus d’une centaine de datations 14C sera constituée sur des échantillons provenant de sites archéologiques en cours de fouille et collectés en contexte précis. Ces analyses seront réalisées dans le seul laboratoire de datations en activité en Égypte, dont est responsable la porteuse de ce projet. Au-delà de « dater », l’enjeu sera aussi de mettre en cohérence l’échantillon analysé avec l’événement archéologique qui lui est associé. Pour cela, nous nous attacherons à échantillonner de « bons » spécimens et identifier clairement les contextes archéologiques associés. Si la datation 14C constitue le « fil d’ariane » analytique du projet, tous les champs de l’archéométrie seront mobilisés. -Méthodologiques : un enjeu fort sera de vérifier l’applicabilité de la courbe de calibration 14C IntCal13 à l’Égypte et le cas échéant, déterminer des écarts régionaux. Ces possibles décalages à IntCal pourraient s’expliquer par des variations saisonnières de la teneur en 14CO2 dans l’atmosphère, liées aux conditions environnementales particulières qu’entrainait la crue annuelle du Nil avant la construction du Haut Barrage. Afin d’identifier ces possibles écarts, nous évaluerons d’abord les teneurs résiduelles en 14C de spécimens botaniques conservés dans l’Herbier du MNHN, rassemblés durant l’Expédition d’Égypte (1798-1801), et dont l’année et le lieu de récolte sont documentés. Nous prolongerons cette étude sur des papyri d’époque gréco-romaine et arabe dont l’année de rédaction est mentionnée dans le texte, afin d’estimer si les écarts observés au XIXe siècle furent constants dans le temps. -Statistiques : nous bâtirons un véritable modèle chronologique reposant sur un formalisme statistique solide et rassemblant de façon cohérente l’ensemble des contraintes hétérogènes déduites des trois premiers axes. Entièrement produit par le présent consortium, le modèle final simulera des densités d’âge et des estimations précises de leurs incertitudes pour chacun des règnes de l’Ancien Empire. MERYT fixera la première chronologie absolue holistique de l’Ancien Empire faisant consensus entre égyptologues et archéomètres. L’impact ira au-delà de la seule égyptologie puisque cette révision aura des conséquences sur la chronologie de toutes les civilisations du bassin oriental de la Méditerranée au IIIe millénaire, reposant largement sur la chronologie égyptienne, soulignant l’apport des approches analytiques et modélisantes dans la recherche archéologique.

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2019

NEANDROOTS — 450-350 ka : un seuil dans l'évolution humaine ? Comprendre les racines du monde néandertalien

Le stade isotopique (MIS) 11 (incluant localement le MIS 10) est une étape cruciale de l’évolution humaine en Europe et une rupture. Après le stade glaciaire MIS 12 considéré comme une crise climatique majeure, le nombre d’occupations augmente; de nouveaux comportements de subsistance et des innovations techniques apparaissent et une régionalisation des traditions semble se mettre en place. Cette rupture, qui correspond à la fin du Paléolithique inférieur (et Acheuléen) et au début du Paléolithique moyen, est sous-étudiée, en particulier les processus qui expliquent pourquoi et comment les innovations apparaissent et se diffusent parmi les populations. Les raisons conduisant à ces modifications, repoussant les racines du monde néandertalien, sont encore à identifier : (1) Est-ce que cette évolution prend source dans les traditions préexistantes ?, (2) Est-ce dû à l’arrivée de nouvelles populations et/ou à l’émergence de Neandertal parmi les groupes d’hominidés du Pléistocène moyen ?, (3) Est-ce la croissance de la population qui conduit à la mise en place d’une régionalisation et à la diffusion des innovations, ou/et (4) Est-ce due à une adaptation aux changements environnementaux suite aux modifications des cycles climatiques ? Le MIS 12 est une sévère période froide. Le MIS 11 est un exceptionnel long interglaciaire qui a pu encourager l’occupation humaine en Europe et permettre une plus grande disponibilité de la biomasse et des grands herbivores, affectant du coup la mobilité des groupes humains. NEANDROOTS est un projet interdisciplinaire qui propose : (1) de réaliser une large base de données archéologiques entre 450 et 350 ka, (2) d’enrichir et uniformiser les données chronologiques des sites et les données environnementales, (3) de développer des approches méthodologiques afin d’identifier les traits régionaux et proposer des modèles de diffusion des innovations, (4) de modéliser le rôle de la taille et structure des populations, et (5) tester l’impact de l’évolution climatique sur l’adaptation humaine (modèles iLOVECLIM et ECNM). Cette contribution multidisciplinaire concerne une période clé de l’histoire humaine mal connue et a comme objectif de: (1) proposer des modèles des réponses humaines à de nouveaux (et variés) environnements basés sur la disparition et l’acquisition d’outillages et d’expertises, (2) comprendre les mécanismes de transmission culturelle au cours du temps et les processus avec lesquels les innovations et les inventions se développent et sont maintenues. L’objectif est de contribuer à comprendre le plus ancien cycle de régionalisation européen, bien antérieur à celui contemporain de la fin des Néandertaliens (MIS 4-3). Cette approche n’a jamais été appliquée pour le début du monde néandertalien. La réalisation d’une chronostratigraphie unifiée aidera à replacer dans le temps les nouveaux comportements, les avancées technologiques et les modifications anatomiques des hominidés dans leur cadre climatique et environnemental. La réalisation de cartes synthétiques à haute résolution permettra de corréler les données climatiques, environnementales et archéologiques. Cette analyse détaillée des interactions entre Humains et Environnements pourrait devenir un modèle pour comprendre des évolutions analogues, entre passé et présent. Enfin, nous questionnons la question de la résilience des sociétés face aux changements climatiques. L’étroite association entre les mécanismes physiques, les données climatiques et archéologiques repoussera les limites des méthodes utilisées à ce jour. Ce projet interdisciplinaire implique sept équipes françaises, chacune avec des compétences complémentaires : MNHN, LSCE, EPOC/PACEA/Université de Bordeaux, IGE, LMD, LGP et Université de Lille. Un large réseau européen contribue également à ce projet, regroupant des préhistoriens, un anthropologue, des tracéologues et un spécialiste de la modélisation en paleodémographie.

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2019

PSCHEET — Pestes et sociétés humaines : émergence, évolution et transformations bio-culturelles

Ce projet a pour champ de réflexion les épidémies de peste anciennes exploitées à partir des archives textuelles, archéologiques et biologiques issues de plusieurs sites funéraires européens. Grâce aux acquis relatifs à la deuxième pandémie de peste en archéothanatologie et bioarchéologie nous souhaitons maintenant engager des recherches clairement interdisciplinaires et novatrices sur la première pandémie (peste justinienne) et les « pestes » antiques. Deux objectifs sont proposés pour les 4 ans à venir. Le premier est de retracer les chemins de la « peste » et il impliquera : 1. de procéder à des datations absolues, 2. de mettre en œuvre des techniques de modélisation 3D afin d’enrichir l’analyse et l’interprétation de structures funéraires complexes afin de prouver l’existence d’une crise de mortalité, 3. de dresser un corpus des crises épidémiques antiques sur la base de données d'archives (écrits médicaux et juridiques, sources chrétiennes, documentation papyrologique et épigraphique), 4. de rechercher les agents pathogènes qui permettront de formuler de nouvelles hypothèses phylogéniques pour la peste (possibilité de continuité entre les deux premières pandémies) et d’identifier la nature exacte des « pestes » antiques encore très discutée, 5. de développer une analyse spatiale fondée sur un recensement des sources archéologiques et archivistiques afin d’appréhender le rôle de certaines configurations et structures déterminantes dans l'apparition et la diffusion des épidémies et à mieux comprendre les inégalités de santé. Le deuxième objectif est d’évaluer et discuter l’impact biologique, social et culturel de la maladie et pour l’atteindre nous souhaiterions : 1. effectuer des analyses démographiques en utilisant des techniques nouvelles en anthropologie comme celle du cément dentaire de manière à mieux comprendre les fluctuations de l’âge et du sexe observées au cours du temps pour la peste, 2. examiner les indicateurs squelettiques de l’état de santé afin de contribuer au débat actuel sur la sélectivité de la mortalité par peste, 3. initier des analyses des isotopes stables (azote et carbone) pour une connaissance de l’état nutritionnel des individus et son lien potentiel avec les épidémies. 4. discuter de l’évolution des traitements sépulcraux des pestiférés au cours du temps en lien avec les perceptions et les conceptions sur les modalités de transmission de la maladie, 5. affiner par une étude des textes nos connaissances sur les conceptions médicales contemporaines des épidémies (prophylaxie, traitement du malade, notion de contagiosité et d'épidémie, règlement sanitaires, consignes d'inhumation, traitement des cadavres, etc.). Ce projet, qui accorde une large part à la recherche fondamentale, est fortement motivé par une interdisciplinarité effective. Plusieurs chercheurs français et étrangers avec des compétences dans différents domaines disciplinaires (sciences historiques, archéologiques et biologiques) sont prêts à l’intégrer. Nos recherches seront fondées sur l'exploitation de documents archéologiques inédits issus de divers pays d'Europe et formant un ensemble cohérent. Il y a bien sûr un véritable challenge concernant la détection des pathogènes pour les crises de mortalité antique mais, d’une manière plus large, ces recherches devraient permettre de nous interroger sur l’originalité des caractéristiques épidémiologique de certaines épidémies et sur les comportements funéraires mis en œuvre face à de tels fléaux au cours des siècles. De plus il sera possible de mettre en exergue d'éventuelles ressemblances ou dissemblances avec les épidémies plus tardives actuellement mieux documentées.

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2019

LiPoL — Littératures Populaires du Levant. Archiver, analyser et conter le Roman de Baybars au XXIe siècle

Le programme de recherche LiPoL vise à exploiter les potentialités de l'édition du Roman de Baybars (Presses de l'Ifpo, 2000-2020, 18 volumes) afin de donner un nouvel élan à la recherche sur la littérature populaire du Proche-Orient et sur le moyen arabe, son registre linguistique dominant. En s’appuyant sur la « culture populaire et ses expressions linguistiques, artistiques et littéraires » comme thématique structurante, LiPoL réunit quatre partenaires institutionnels français, dont un Institut de Recherche à l’Étranger. Il vise ainsi à créer une nouvelle dynamique apte à accompagner l’évolution disciplinaire que connaîtront les études arabes et islamiques suite aux profonds changements socio-politiques que connaissent les pays du Proche-Orient depuis le début des années 2010. Organisé autour de quatre axes, Numérique, Langue, Société et Esthétique, il rassemble des chercheurs des différents domaines des sciences humaines, dans le but d'étudier le texte dans ses dimensions linguistiques, littéraires, historiques et culturelles. À travers son premier axe, le programme comprend un important volet numérique : à la fois l'édition critique du texte et les cahiers manuscrits des conteurs sur lesquels il s'appuie (environ 60 000 folios numérisés à ce jour) seront mis à la disposition de la communauté scientifique en ligne et en accès libre. Composé de plus de dix millions de caractères, ce texte est le plus grand corpus jamais publié en moyen arabe et constitue un objet de recherche unique dans ce domaine. En contribuant à la sauvegarde d’un patrimoine en danger, ce fonds numérique de manuscrits doit servir de base à une Bibliothèque Numérique de Littérature Populaire Levantine qui sera alimentée au fur et à mesure que seront révélés de nouveaux cahiers manuscrits de conteurs du Proche-Orient. Un outil de travail collaboratif – qui sera expérimenté pendant les premiers vingt-quatre mois du projet – permettra aux chercheur(e)s de réaliser des traductions ou des commentaires en ligne, tout en participant à l’édition de ces manuscrits.

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2019

Almas — Langues anciennes et modernes de l’Arabie du Sud: approche interdisciplinaire d'une aire linguistique

ALMAS («diamant» en arabe) est un consortium international et interdisciplinaire composé de partenaires scientifiques d’excellence basés dans différents pays d'Europe et d'Amérique et visant à renouveler l'étude des langues vivantes et éteintes de l'Arabie du Sud (Oman, sud-ouest de l'Arabie saoudite, Yémen). Ces langues appartiennent à la famille sémitique et se répartissent en trois «domaines», qui correspondaient jusqu'à présent à des traditions académiques séparées: un ensemble de quatre langues anciennes de l’Arabie du sud («sudarabique ancien»: ASA), aujourd'hui disparues (Sabaic, Qatabanic, Minaic, Hadramitic); un groupe de six langues vivantes («sudarabique moderne»: MSA) sans tradition écrite, toutes en voie de disparition (Mehri, Harsusi, Bathari, Hobyot, Jibbali, Soqotri); un riche éventail de langues vernaculaires arabes très diversifiées et archaïques parlées dans toute la région («dialectes arabes du sud»: SAA). Afin de démêler le paysage linguistique complexe de l'Arabie du Sud, ALMAS a été conçu autour de sept tâches scientifiques: trois tâches spécifiques concernent l'étude des différentes langues (ASA, MSA, SAA); quatre tâches transversales sont organisées selon différentes lignes d'action: linguistique de contact, phonétique et phonologie, morphologie et comparaison sémitique. ALMAS appliquera une triple méthodologie scientifique reposant sur (1) les sources originales déjà disponibles, (2) la collecte de nouvelles données et (3) le traitement informatique de ces deux groupes de sources. Dans un premier temps, comme préalable indispensable à toute recherche, un réexamen systématique de la littérature sera entrepris, accompagné de rééditions critiques des textes. Deuxièmement, ALMAS effectuera des campagnes de terrain régulières dans deux des États modernes de l’Arabie du Sud (Oman, Arabie Saoudite), afin de recueillir de nouvelles données épigraphiques et orales. Enfin, ALMAS traitera toutes les données à travers les outils informatiques les plus modernes pour la numérisation et l'exploitation des données linguistiques. La nouveauté d'ALMAS réside dans la synergie interdisciplinaire qu'il crée de trois manières: en croisant les approches synchroniques et diachroniques de ces langues; en stimulant les contacts entre les chercheurs des trois «domaines» du projet; en développant la complémentarité entre linguistes de différentes écoles. ALMAS aura un impact important dans la discipline, en documentant les langues à travers le travail de terrain et en créant une base de données en accès libre, contribuant ainsi à l'étude et à la protection de ces langues; en analysant les données afin de parvenir à une compréhension adéquate des leurs structures; en réévaluant les relations qu’elles entretiennent (parenté phylogénétique et/ou contact linguistique). En outre, comme ALMAS se concentre sur des langues en danger ou sous-étudiées, il aura également un impact socioculturel considérable. En particulier, ALMAS aidera à préserver le patrimoine linguistique; favoriser la sensibilisation culturelle des locuteurs de langues minoritaires; influencer les politiques et les pratiques éducatives. Afin de soutenir les efforts du consortium et toutes ses activités, le projet comprend des structures dédiées à la gestion scientifique et administrative du réseau. Une tâche technique vise à développer une base de donnée pour gérer, analyser et partager le matériel d'étude et les résultats scientifiques du projet. Enfin, les résultats d'ALMAS seront diffusés à travers un plan de diffusion et d'exploitation diversifié tourné vers différents publics du monde occidental et des pays arabes (milieu scientifique, gouvernements, éducation, grand public).

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2019

STEM — Philosophie, phylogénie et biologie des cellules souches

La notion de cellule souche occupe une place centrale en biologie. Grâce à leur capacité à s’auto-renouveler et à se différencier, les cellules souches assurent le maintien, la réparation et, dans certains cas, la régénération des tissues. Pourtant, il n’existe pas aujourd’hui de consensus sur ce qu’est une cellule souche. En effet, les données expérimentales accumulées ces dernières années ont remis en question la représentation traditionnelle selon laquelle les cellules souches sont des entités discrètes et isolables et la différenciation, un processus irréversible. Elles ont également révélé une hétérogénéité insoupçonnée entre les différentes variétés de cellules souches. Ce contexte de questionnement conceptuel est propice à l’analyse philosophique, dont les contributions ont déjà permis d’importantes clarifications, notamment autour des propriétés d’auto-renouvellement et de différenciation ou des différentes conceptions des cellules souches. Mais l’efficacité des interventions philosophiques fait sans cesse face aux limites des données disponibles. Partant de ce constat, notre projet STEM combine à l’analyse philosophique des approches phylogénétiques et expérimentales qui, ensemble, permettront une meilleure compréhension des cellules souches. Une analyse antérieure de la diversité des cellules souches nous a permis de montrer que la propriété souche pouvait être de quatre natures (ontologies) différentes. En fonction des tissus, il peut s’agir d’une propriété de type catégorique (intrinsèque), dispositionnelle (intrinsèque mais dont l’expression dépend de stimuli extrinsèques), relationnelle (extrinsèque, induite par le microenvironnement), systémique (extrinsèque, régulée à l’échelle de la population cellulaire). Cette analyse soulève deux questions qui font l’objet de STEM. (1) La question de l’unité des cellules souches : si la propriété souche peut être de différente nature, cela indique-t-il que la catégorie des cellules souches regroupe artificiellement des types cellulaires fondamentalement différents ? Autrement dit, les cellules souches sont-elles une espèce naturelle ? (2) La question de la stabilité de l’identité souche : les quatre ontologies de la propriété souche sont-elles mutuellement exclusives ou poreuses ? Autrement dit, la nature de la propriété souche est-elle stable pour chaque variété de cellule souche ou bien peut-elle varier dans certains contextes comme en cas de régénération ou de pathologie ? Ces deux questions ont d’importantes conséquences pour la biologie et la médecine dans la mesure où les réponses dirigent vers des programmes de recherches et des stratégies thérapeutiques différentes. Pour répondre à la question de l’unité des cellules souches, nous utiliserons une approche phylogénétique pour déterminer si les cellules souches ont une origine évolutive commune ou bien si notre classification décrit des types de cellules souches ayant des origines séparées, auquel cas les cellules souches ne peuvent pas appartenir à une espèce naturelle. Pour répondre à la question de la stabilité, nous utiliserons des approches expérimentales destinées à explorer l’identité souche en contexte de régénération (avec un modèle animal ayant une forte capacité de régénération) et en contexte pathologique (avec un modèle murin de leucémie aigüe induite par une translocation qui permet l’acquisition de propriété souche). Nous examinerons les conséquences de ces données pour la biologie des cellules souches et ses applications cliniques. Ces résultats expérimentaux et phylogénétiques nous permettront également de poursuivre les travaux engagés par d’autres philosophes, notamment la proposition d’élaboration d’une définition des cellules souches par cluster de propriétés homéostatiques, qui s’étaient trouvées limitées par les données disponibles. Enfin, nous conduirons une réflexion méthodologique sur l’intégration d’approches scientifiques à des fins philosophiques.

ANR

2019

AMBISENSE — Accès à l'ambiguïté perceptive: mesures comportementales, métacognitives et physiologiques de la perception en situation d'incertitude

La perception est un problème mal défini: à chaque instant, l'information disponible aux sens est insuffisante pour spécifier de façon univoque et complète l'état du monde extérieur. La plupart des données que nous percevons sont en effet sous-spécifiées et bruitées, se prêtant à des interprétations rivales. Parmi les cas classiques d'ambiguïté sensorielle, on peut citer les illusions visuelles du cube de Necker, ou encore l'illusion auditive de Shepard. Deux exemples récents ont suscité l'attention du public et des médias, notamment par le fait qu'il s'agit de stimuli "naturels" et non-contrôlés : d'une part la #Robe dans le domaine visuel, une photographie d'une robe perçue tantôt comme noire et bleue, tantôt comme blanche et dorée; d'autre part le stimulus #Laurel-Yanny dans le domaine auditif, l'enregistrement d'un mot donnant lieu à des percepts très distincts selon les participants ("Laurel" selon les uns, "Yanny" selon les autres). Dans l'un et l'autre cas, la plupart des sujets résolvent de façon très rapide l'ambiguïté, sans accéder au caractère proprement ambigu du stimulus. Si l'étude de la multistabilité perceptive constitue un champ d'exploration classique dans le domaine de la philosophie de la perception et des sciences cognitives, peu d'attention a été accordée jusqu'ici aux processus qui rendent l'ambiguïté perceptive accessible ou inaccessible à la conscience. Les cas mentionnés plus haut constituent des exemples frappants d'inaccessibilité à la conscience : là où la plupart des participants prennent rapidement conscience de l'ambiguïté du cube de Necker, et peuvent modifier leur percept de façon plus ou moins volontaire, l'un des aspects qui explique le succès de la Robe ou de Laurel-Yanny est justement l'incapacité de la plupart des sujets à accéder l'interprétation rivale des autres sujets percevants. Le but de ce projet est d'examiner la nature et les conditions d'accès à l'ambiguïté du stimulus. Le projet vise à clarifier la contribution de trois facteurs principaux à cet accès : les caractéristiques propres du stimulus; son contexte; et enfin l'expertise des sujets percevants. Notre projet se fonde sur une méthodologie visant à prendre en compte différentes mesures d'accès explicite et implicite à l'ambiguïté : la performance des sujets, les jugements de confiance explicites, et enfin certains corrélats physiologiques de la confiance sur lesquels nous avons collecté des données préliminaires, notamment les temps de réaction et la dilatation de la pupille. Le projet, de nature interdisciplinaire, a des implications nombreuses pour la compréhension de la multistabilité perceptive, notre hypothèse de travail étant que seuls certains stimuli multistables empêchent l'accès conscient à l'ambiguïté. L'un des aspects que le projet vise à clarifier concerne aussi le débat philosophique qui concerne l'opposition entre le vague et l'ambiguïté. Enfin, le projet comporte un volet de retombées pratiques, puisque nous prédisons qu'il est possible d'entraîner les sujets à mieux détecter les ambiguïtés perceptives, de façon à améliorer leurs performances métacognitives, de même que leurs performances de premier ordre sur des tâches perceptives complexes.

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2019

BEHealth — Étude des déterminants sociaux-économiques et comportementaux des états de santé et mise en place d’un module d'élicitation des préférences individuelles dans la cohorte Constances

Dans ce projet, nous proposons la mise en place d’un module de mesure de variables d’économie comportemental au sein de la cohorte épidémiologique Constances afin de mesurer les préférences individuelles des patients vis à vis du risque, de l’ambiguïté et du temps. Ces variables psychologiques et les biais qui y sont potentiellement associés sont les éléments de base des modèles normatifs et descriptifs des comportements de santé en économie de la santé et en économie comportementale. Dans le WP1, nous mettrons en place le dispositif sur le plan administratif et logistique et adresserons notre module par internet à un sous-échantillon représentatif de la cohorte Constances lors de deux vagues d’interrogation à un an d’écart. Notre objectif est d’obtenir une mesure répétée des préférences individuelles de 5000 volontaires Constances. Nous apparierons les données du module avec les données pertinentes des questionnaires de suivi constances, des examens de santé d’inclusion et du SNIRAM. Le data manager et le statisticien recrutés spécialement pour ce projet (pour respectivement 24 et 18 mois) prépareront alors les bases de données et statistiques préliminaires et travailleront en support des équipes scientifiques en charge des quatre projets de recherche présentés ci-après. Dans le WP2, nous étudierons l’évolution des préférences individuelles au cours de la vie et notamment les liens causaux et de sélection entre les préférences individuelles et la position socio-économique des patients (WP2.1) et le rôle de l’histoire de santé des patients sur l’évolution des préférences individuelles dans le temps. Dans le WP3, nous examinerons comment les préférences individuelles conjointement avec des indicateurs de position socio-économiques et de sécurité économique déterminent les choix individuels de comportements de santé en terme de prévention primaire (consommation d’alcool, de tabac et de stupéfiants, manque de sommeil et d’activité physique...) et de prévention secondaire (dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus en particulier) (WP3.1) et les choix individuels d’exposition à la pollution et de lieu de résidence (WP3.2). Les résultats de ces études éclaireront les pouvoirs publics sur les mécanismes de prise de décision médicale et de santé des individus et les inégalités sociales de santé qui en résultent. En outre, la base de données issue du projet BeHealth sera unique et constituera un bien public pour les chercheurs en économie de la santé, en médecine, en épidémiologie et en santé publique au fait des concepts développés en économie comportementale sur les préférences individuelles et les déviations et biais vis à vis de la rationalité économique.

ANR

2019

CORES — Comportements et représentations spatiales collectives en milieu urbain : Incidence des cartographies instrumentales et partagées en situation de navigation pédestre

Comportements et représentations spatiales collectives en milieu urbain : Incidence des cartographies instrumentales et partagées en situation de navigation pédestre La pratique de la marche en milieu urbain a été considérablement transformée depuis l’arrivée des outils de cartographie instrumentale comme Google Maps. Fort d’une expérimentation conduite depuis plusieurs années sur des marches réalisées collectivement à l’aide d’une application de cartographie partagée, une question centrale est apparue avec évidence : dans quelle mesure les cartographies instrumentales et partagées sont-elles susceptibles de modifier nos comportements et nos représentations spatiales ? Si des études précédentes ont tenté de cerner l’impact des outils de navigation sur nos représentations cognitives, aucune ne s’est véritablement intéressée à l’incidence des outils d’interaction collective entre marcheurs en milieu urbain. Spécifiquement, cette recherche vise à confronter les représentations spatiales – obtenues via des dessins à main levée et des graphes – et les comportements dans l’espace, retranscris à l’aide de données de trackings collectées depuis des téléphones mobiles. Plus précisément, les trackings seront confrontés aux dessins et aux graphes de façon arrêtée (résultat final), mais surtout de façon dynamique : évolution spatio-temporelle de la marche et évolution spatio-temporelle de la construction des dessins et des graphes. Ainsi, nous procéderons notamment à une analyse croisée des évolutions spatio-temporelles de la marche – comportements – et de la construction des dessins à main levée filmée en vidéo – représentations – (mais également en considérant l’aspect comportemental dans la construction des dessins et la restitution des graphes). La méthodologie proposée comprend 4 groupes de sujets : i. groupe test ; ii. groupe utilisant une application de cartographie instrumentale (Google Maps) ; iii. groupe utilisant une application de cartographie partagée ; iv. Groupe iii. renouvelant l’expérimentation. Elle se développera en 3 phases : a) Analyse et confrontations des représentations spatiales individuelles et collectives ; b) Analyse et confrontations des comportements individuels et collectifs ; c) Confrontation des comportements et des représentations spatiales. Mots clés : analyse spatio-temporelle carte cognitive, cartographie partagée, comportement spatial, déambulations, externalisations, interactions collectives, marches urbaines, navigation appareillée, représentation spatiale.

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2019

RECORDS — pRatiques dEs publiCs des platefORmes De Streaming musical

Que fait le streaming à notre écoute de la musique ? Que disent les big data collectées par les plateformes de streaming de nos pratiques d’écoute musicale ? Comment les consommations de contenus musicaux et les pra- tiques d’écoute évoluent-elles à l’ère de l’abondance de l’offre et de la recommandation ? L’hyperchoix donne-t-il lieu à des parcours individuels très dissemblables ? Ces plateformes favorisent-elles essentiellement des écoutes d’« accompagnement » des activités quotidiennes, organisées par les playlists ? Les traces collectées par les pla- teformes permettent-elles de revisiter les théories de la sociologie des pratiques culturelles ? Les réponses existantes à ces questions sont aujourd’hui très partielles. Les enquêtes par questionnaire peinent à appréhender en finesse les pratiques d’écoute, au-delà des préférences générales déclarées ; les tra- vaux basés sur des entretiens sont centrés sur l’expérience d’une population restreinte, souvent très engagée dans la pratique musicale, et ne sauraient tracer l’ensemble des écoutes ; les travaux à partir de données d’écoute manquent de pouvoir explicatif, faute d’information sur les internautes. Le projet RECORDS propose d’articuler enquête et big data, et d’étudier les questions précédentes à partir d’un matériau empirique d’une diversité et d’une ampleur sans précédent. Il s’appuie sur un partenariat origi- nal entre des chercheurs issus des sciences sociales, des sciences du numérique, et l’un des acteurs majeurs de la diffusion musicale en France. Il représente une opportunité unique que seule permet la collaboration de la recherche publique avec une entreprise privée : celle de constituer un corpus articulant les informations décla- rées des individus avec l’intégralité des traces de leurs écoutes sur une plateforme depuis plusieurs années. Les chercheurs disposeront ainsi, pour plusieurs milliers d’individus, de données recueillies avec le consentement des utilisateurs, permettant d’analyser conjointement l’ensemble de leurs écoutes réelles, leurs pratiques et goûts déclarés, leurs caractéristiques socio-démographiques et des éléments biographiques tels que les rythmes de vie. Ce corpus inédit permettra d’approfondir la compréhension de l’écoute musicale en streaming, considérée comme un cas emblématique et précurseur de la consommation culturelle en régime numérique : (1) en explo- rant de nouveaux modes de représentation de la circulation des œuvres et des personnes au sein des espaces musicaux, et en confrontant ces représentations à celles que s’en font les utilisateurs ; (2) en réexaminant la stratification sociale des goûts musicaux et la théorie de l’omnivorisme culturel à la lueur des traces d’écoutes réelles des personnes, en caractérisant de façon multiple les patterns de diversité consommée ; (3) en mesurant le rôle des contextes et des caractéristiques sociales sur les pratiques d’écoutes, notamment sur les usages de la recommandation et ses effets. Tirant parti de travaux récents en apprentissage automatique, RECORDS viendra en retour enrichir ces méthodes qui sont à l’œuvre dans les approches actuelles de la recommandation. Les résultats scientifiques attendus du projet sont ainsi tant méthodologiques, à travers de nouveaux modes de calcul et outils de visualisation de la circulation des personnes dans des espaces de goût, que théoriques, dans le renouvellement des théories de la consommation musicale et la compréhension inédite des ressorts de l’usage ou non des algorithmes. Ils dessineront une vision informée, réaliste et complète des pratiques du streaming musical, au-delà des images de l’exploration illimitée ou de la manipulation par les automates de recommandation. Le bénéfice industriel attendu du projet est directement lié à l’exploitation de ces connaissances nouvelles pour améliorer les plateformes et étoffer leur compréhension des envies de leurs utilisateurs.

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2019

MIGRINDOM — Des Migrants de l'Intérieur. Gestion étatique et trajectoires collectives de migrants en provenance des Départements d’outre-mer

Ce projet de recherche porte sur les migrations en provenance des départements d’outre-mer (DOM) depuis la deuxième moitié du XXe siècle, dans le but de saisir conjointement les logiques institutionnelles organisant et encadrant ces migrations et les logiques individuelles et familiales des migrants qui s’emparent de ces dispositifs tout autant qu’ils sont contraints par eux. Les DOM ont connu un destin particulier à l’époque de la décolonisation de l’Empire français : quand d’autres territoires colonisés sont devenus des Etats-nations indépendants, ces territoires ont été pleinement assimilés à l’Etat français à partir de 1945 par la départementalisation. Ce destin à part confère aux dynamiques et politiques migratoires concernant ces départements un intérêt particulier. Internes à une entité nationale, ces migrations ont été organisées par une agence créée par l’Etat français dans les années 1960, dans un but conjoint de politique de main d’œuvre et de neutralisation des mouvements indépendantistes . Ce projet s’inscrit également dans l’étude des pratiques transnationale et des circulations. Tout en étudiant le poids relatif de l’action publique sur les trajectoires sociales de migrants et leurs apparentés, il s’agit aussi d’étudier ces migrations à partir des trajectoires des migrants eux-mêmes, dans un contexte de défis démographiques importants pour ces territoires.