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383 projets, du plus récent au plus ancien. Page 6 sur 7.

ANR

2017

Numapresse — Du papier à l'écran. Mutations culturelles, transferts génériques, poétiques médiatiques de la presse française

Numapresse veut proposer une nouvelle histoire culturelle et littéraire qui mettra en évidence des lignes de force structurelles de la presse française du XIXe siècle à aujourd’hui. Le projet s’appuiera sur la numérisation des journaux mise en œuvre par les campagnes successives développées sous l’impulsion des bibliothèques patrimoniales, des musées et des bases de données de presse, sur la création de nouveaux outils numériques et sur une méthodologie croisant les apports des études littéraires, de l’histoire culturelle, de l’analyse du discours et des sciences de l’information et de la communication. Plutôt que de mettre en avant le paradigme de la rupture radicale, Numapresse veut prouver au contraire l’existence de généalogies historiques, lesquelles apparaissent paradoxalement parce que nous lisons désormais la presse ancienne essentiellement sur écran. Numapresse met donc au centre de sa réflexion la remédiation de la presse imprimée sous une forme numérique et propose d’appliquer à ces textes fraîchement numérisés des protocoles et des outils de lecture technologiquement innovants qui s’inspirent des outils contemporains de production numérisée de l’information. Numapresse s’attache à étudier les pratiques, les poétiques et les imaginaires caractéristiques de la culture médiatique et dans ce sens ce projet continue l’exploration scientifique entreprise pour le XIXe siècle par La Civilisation du journal (2011) et par le projet Medias 19 (www.medias19.org). Mais Numapresse s’appuie sur de nouvelles méthodologies inédites en France, liées au numérique, et se fonde sur un paradigme entièrement nouveau de recherche. Il unit de manière originale des littéraires, des historiens, des spécialistes des sciences de l’information et de la communication, des analystes du discours et des experts en humanités numériques. Il étend l’expertise à l’ensemble du XXe siècle. Numapresse surtout vise à mettre en relation cette histoire longue avec l’époque contemporaine, proposant une amplitude chronologique de recherche inédite. Le projet fait l’hypothèse qu’une étude culturelle et littéraire de la presse contemporaine, montre, malgré la crise de la presse papier, l’existence de faits pérennes autour du recyclage, du journalisme narratif, de l’hybridation entre fiction et actualité, entre autres. Les nouveaux outils mobilisés et les corpus retenus par ce projet permettront de mettre au jour les grandes lignes de ce que sont les formes (matérielles autant que poétiques) du journalisme, voire de la nature de l’information en régime post-moderne. Le travail sur la presse numérisée permettra de mettre en évidence des éléments de poétique médiatique analysés à grande échelle, que seules des méthodes automatisées de fouilles de données font apparaître : « viralité », topic modeling, traits d’auctorialité, figures de rhétorique récurrentes, émergence et stabilisation de genres médiatiques seront repérés par la mise au point d’outils qui pour certains ont déjà été expérimentés aux États-Unis (Cordell) et qui, en phase de test sur les corpus français, donnent déjà des résultats remarquables.

ANR

2017

MATHESIS — Edition et commentaire de manuscrits inédits de Leibniz sur la géométrie

Le but du projet MATHESIS est de promouvoir l’étude des manuscrits mathématiques inédits du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), au moyen d’un travail d’édition et de commentaire. Nous prévoyons l’édition de près de 800 pages de textes imprimés, ainsi que deux volumes de traductions et commentaires. L’idée d’une collaboration européenne dans ce domaine est déjà ancienne puisqu’elle fut proposée dès 1901, lors du lancement de l’édition des œuvres complètes de Leibniz. La première guerre mondiale empêcha malheureusement cette collaboration d’aboutir, avec pour effets regrettables d’une part un retard considérable dans les travaux du Leibniz-Archiv, et d’autre part un frein évident à la recherche. A ce jour, plus d’un siècle après le lancement de l'idée, près des trois quart du travail mathématique de Leibniz pendant la période qui va nous intéresser dans ce projet (1676-1716) reste encore inédits. Il ne sera pas nécessaire d’insister sur l’obstacle que cette situation impose à la recherche portant sur l’un des plus grands mathématiciens et philosophes européens de son temps. D’après les projections des Archives Leibniz (basées à Hanovre pour ce qui concerne l’édition des textes mathématiques), il faudra attendre 2022 au plus tôt pour que ce corpus puisse être simplement abordé, et 2053 au plus tôt pour que l’entreprise puisse espérer aboutir. Notre ambition est d'initier une dynamique remédiant à cette situation très insatisfaisante pour les chercheurs, mais aussi, plus généralement, pour tous ceux qui s’intéressent aux travaux de Leibniz. En nous appuyant sur le recrutement de jeunes chercheurs et sur les dynamiques de recherche existantes, nous nous proposons de travailler à l’édition et au commentaire des travaux sur la géométrie, dans ses différentes déclinaisons leibniziennes : analysis situs, théorie de la perspective et géométrie projective, théorie des courbes, « mathématique universelle », axiomatisation ou encore théories du continu. Nous concevons ce projet comme une première étape sur laquelle appuyer ensuite des projets de plus grande ampleur, notamment au niveau européen. Le projet bénéficie d’une synergie particulièrement favorable due aux développements récents des recherches sur l’histoire et la philosophie des mathématiques leibniziennes. En 2010 furent initiés deux programmes importants consacrés aux mathématiques de Leibniz : d’un côté, la création en France d’un groupe, dirigé par D. Rabouin et V. Debuiche, rassemblant à l’échelle nationale les chercheurs travaillant sur les mathématiques leibniziennes au sein du Centre d’Etudes Leibniziennes ; d’un autre côté, le programme engagé au Max-Planck-Institut für Wissenschaftsgeschichte sous la direction de Vincenzo de Risi : « Modern Geometry and the Concept of Space ». Peu de temps auparavant, un grand colloque organisé à Nancy par Ralf Krömer (depuis élu professeur à l’Université de Wuppertal) sur la réception scientifique de Leibniz au XXème siècle avait déjà témoigné du renouveau des études leibniziennes sur les mathématiques et de la fécondité des collaborations franco-allemandes dans ce domaine. C’est donc tout naturellement que le Leibniz Archiv de Hanovre s’est tourné vers ces différents partenaires quand il s’est agi d’aborder un corpus pour lequel une expertise scientifique est nécessaire pour l'avancement du travail éditorial proprement dit. Le présent projet décrit les modalités de cette collaboration, déjà initiée par de nombreuses collaborations ponctuelles, et détaille ses retombées auprès d’un public plus large, notamment sous la forme d’un site web dédié à la valorisation des manuscrits mathématiques de Leibniz.

ANR

2017

EthioChrisProcess — Christianisation et interactions religieuses en Éthiopie du VIe au XIIIe siècle : approches comparées avec la Nubie et l’Égypte

Le projet EthioChrisProcess vise à étudier la christianisation de l’Éthiopie comme un processus, en s’intéressant à la période postérieure à la conversion initiale du souverain, en proposant d’analyser la « seconde christianisation » comme une phase qui s’étend sur plusieurs siècles, depuis l’introduction du monachisme (à compter du VIe s.) jusqu’au règne d’une dynastie de saints-rois, les Zagwé (XIe-XIIIe s.). Le choix de cette borne chronologique s’explique par le fait que ces souverains instaurent un véritable gouvernement chrétien en Éthiopie, orientant les largesses royales et les richesses du royaume vers les donations pieuses. Il s’agit de mieux comprendre le passage d’une religion officielle, qui ne concernait qu’une minorité du royaume aksumite à une religion partagée par un nombre croissant de personnes et les transformations politiques, économiques et sociales que ce processus a engendré. Les trois entrées pour saisir ce processus sont : la prise en compte des relations entre païens, chrétiens et musulmans ; l’étude du développement monastique, comme moteur de la christianisation, et du modèle monastique adopté, comme facteur de choix sociétaux ; l’analyse des transformations économiques et sociales induites par l’introduction du monachisme. Pour se donner les outils de réflexion et des points de comparaison, ce projet sur la christianisation de l’Éthiopie et les interactions religieuses doit prendre en compte les travaux menés sur des espaces voisins, en Égypte et en Nubie (actuel Soudan), au sujet de l’impact économique et social du développement du monachisme, sur les mutations des pratiques telles que les pratiques funéraires, sur les interactions avec les païens et les musulmans à partir notamment de l’analyse des transformations des lieux de culte. L’ampleur chronologique et l’articulation entre christianisation, interactions religieuses et comparaison avec l’Egypte et la Nubie sont nécessaires, justifiées et maîtrisées. Nécessaire en raison de la rareté et de la disparité des sources ; justifiée parce que l’espace égypto-nubio-éthiopien est un espace de circulation médiévale ; maîtrisée parce que nous ouvrons des fenêtres précises liées à la disponibilité d’une documentation et à notre problématique. En abordant les processus de christianisation selon ces différents angles, en s’intéressant aux marqueurs de la christianisation que sont les églises et les cimetières, en tentant de comprendre comment la concentration foncière dans les mains des institutions pieuses a modifié la société éthiopienne et en s’interrogeant sur la manière dont la christianisation s’est opérée dans les régions voisines de l’Éthiopie, en Nubie et en Égypte, c’est la question de la pénétration chrétienne en Éthiopie, de ses rapports à la pénétration musulmane, de son impact culturel, social et territorial que le projet EthioChrisProcess veut interroger.

ANR

2017

GlobalYouth — Une jeunesse globale : les 200 000 résidents de la Cité internationale universitaire de Paris au XXe siècle

Pour appréhender sur le temps long l’internationalisation de l’enseignement supérieur, dont les mobilités étudiantes constituent un indicateur de premier plan, le projet GlobalYouth vise à exploiter les dossiers individuels d’admission des 200 000 résidents passés par la Cité internationale universitaire de Paris au XXe siècle, en vue de constituer une base de données des profils et des trajectoires des étudiants en mobilité internationale. À court terme, les données récoltées permettront de voir dans quelle mesure les étudiants passés par la Cité constituent une "jeunesse globale", et ce qu’une expérience de vie étudiante au sein d’un campus international veut dire, autant que de mener une analyse de la stratégie française d’attractivité. À moyen terme, le projet vise à structurer une équipe scientifique sur l’histoire des circulations universitaires internationales, notamment dans la perspective d’un projet européen et pluridisciplinaire autour des mobilités étudiantes.

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2017

ANTRACT — Analyse Transdisciplinaire des Actualités filmées (1945-1969)

L’objectif général du projet ANTRACT est l’analyse des images et des sons produits de manière hebdomadaire dans le cadre d’une société indépendante créée en 1945, les Actualités françaises, sur vingt-cinq ans, vecteur cinématographique majeur, déjà partiellement travaillé, mais n’ayant jamais fait l’objet d’une analyse systématique. Grâce à des outils technologiques récents d’analyse systématique des contenus textuels et audiovisuels, analyse de l’image, de la vidéo et du son, transcription automatique de la parole et textométrie en particulier, il s’agira d’offrir à la communauté scientifique des cadres d’analyse renouvelés. Des enjeux technologiques, historiques, méthodologiques et patrimoniaux sont identifiés. L’enjeu technologique réside dans l’amélioration des technologies d’analyse des modalités parole et image, dans l’exploitation conjointe des différentes modalités (texte, image, parole) en analyse qualitative et quantitative, et dans la spécification et la mise en œuvre d’outils adaptés d’une part aux documents traités et d’autre part aux usages prescrits par l’analyse historienne de ce corpus. L’enjeu historique se décline selon quatre orientations : 1) les évolutions de la France dans sa dimension politique, sociale, économique et culturelle, coloniale et internationale ; 2) la manière dont s’articulent des représentations médiatiques et des faits sociaux ; 3) la dimension mémorielle et 4) la construction d’une histoire audiovisuelle. L’enjeu méthodologique réside dans la mise en place d’une démarche cohérente et complète et constitue l’objectif général du projet. L’enjeu patrimonial réside dans l’importance de ce corpus que le projet se propose d’enrichir et de mettre à disposition des chercheurs et du grand public. Le projet présente à la fois des dimensions de recherche fondamentale pour les travaux de recherche historique et pour son approche transdisciplinaire, ainsi que des dimensions de développement expérimental pour les travaux technologiques qui consistent, pour une bonne part, à adapter les outils des partenaires aux usages et aux données du projet. Le choix est fait de le déposer comme un projet de développement expérimental. Le projet est coordonné par Pascale Goetschel directrice du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Paris 1). Le consortium réunit des partenaires académiques, industriels et institutionnels, spécialisés et reconnus dans les domaines de l’histoire, de la textométrie, de l’analyse de l’image et de la vidéo, du traitement de la parole et de la gestion de fonds audiovisuels. Le projet est organisé selon un principe qui sous-tend l’aspect transdisciplinaire du projet. Le sous-projet 1 est réservé à la coordination du projet. Le sous-projet 2 regroupe les tâches liées à la constitution du corpus, à la gestion des données et à la recherche technologique. Le sous-projets 3 est le lieu principal de la réflexion méthodologique et transdisciplinaire, selon un principe itératif de phases successives d’expressions de besoins, d’expérimentations et de retours d’expériences. Le sous-projet 4 regroupe les tâches produisant les résultats proprement dits du projet, en termes scientifiques, technologiques, industriels et patrimoniaux. A l’issue du projet, les résultats seront mis à disposition le plus largement possible. Le corpus enrichi des données et métadonnées produites sera mis à disposition de la communauté scientifique et technologique. Les modules logiciels seront proposés en open source dans la mesure du possible et un portail grand public sera ouvert. En outre, la société Voxolab intégrera les résultats des recherches effectuées en transcription de la parole.

ANR

2017

DAPHNE — Découverte dans les bAses Prosopographiques Historiques de coNnaissancEs

L'évolution et la maturité des technologies de l'information ont favorisé l'apparition d'une voie de recherche nouvelle dont le but est d'exploiter la puissance des ordinateurs pour la recherche littéraire et historique. Les Humanités Numériques sont devenues aujourd'hui une discipline à part entière dont le but, à la fois sociétal et technologique, est d'aller au-delà de la simple numérisation de contenus. Un nombre considérable de corpus accessibles en ligne est apparu dans le domaine des sciences humaines et sociales (par ex. Humanum ). Ces corpus constituent des gisements de données qui peuvent être les supports de recherches futures. Cependant, l’hétérogénéité de ces bases ainsi que l’absence de dispositifs permettant d'interroger ces données en connaissant et en comparant leur qualité, limitent leur exploitation pour valider des hypothèses scientifiques ou pour en extraire des connaissances. Il y a là un frein (qui peut même devenir un blocage) au développement des recherches en sciences humaines et sociales. Nous nous concentrerons dans le cadre de ce projet sur les bases prosopographiques historiques. Les historiens disposent de très nombreuses sources (livres, actes, édits, registres) dont l'étude permet l'élaboration de bases de données prosopographiques, collections de fiches recensant le cursus des individus (études, professions, grades, etc), les lieux fréquentés, leurs enseignants, leur production scientifique ou littéraire. Ces bases, dont l'objet est l'étude de groupes sociaux, soutiennent une méthodologie consistant à émettre puis à confirmer des hypothèses. Les universitaires sont par exemple jusqu'au XIXe siècle une population itinérante. On peut se demander s'il existe des parcours-type en fonction de la période considérée et s'intéresser aux écarts entre le parcours d'un individu donné et ces parcours-type. Ceci nécessite la fouille, le croisement et l'enrichissement de données dans un contexte de données hétérogènes, où le temps est incertain, où les noms et propriétés des lieux ont souvent changé et où les données sont souvent incomplètes. Cependant il est pour l’heure impossible de mobiliser facilement des mesures qui renseigneraient l’utilisateur et lui permettraient de savoir jusqu’à quel point il peut exploiter la donnée,en extraire de l'information fiable ou la réinsérer dans un autre corpus. Ce travail de confrontation des hypothèses avec les faits ou d'établissement de règles est un travail entièrement manuel et est donc fastidieux. Vérifier une hypothèse implique de consulter les milliers de fiches de qualité variée pour identifier, avec un certain degré de certitude, les individus qui valident cette hypothèse ou au contraire ceux qui l'infirment. Chaque historien peut ainsi émettre plusieurs dizaines d'hypothèses conduisant à des centaines de règles sur chaque base prosopographique. Par ailleurs les bases prosopographiques étant par nature multidimensionnelles (espace, temps, fonctions, œuvres, rencontres, influences, etc), de nombreuses règles demeurent cachées aux historiens. De plus une telle évaluation est d'autant plus indispensable que la base a vocation à être nourrie par des experts nombreux et spécialisés qui n’ont donc pas plus que les utilisateurs ordinaires une connaissance de la totalité des données contenues dans la base. Face à cette situation, les objectifs du projet DAPHNE sont i) d'automatiser l'extraction des connaissances sur lesquelles s'appuient les historiens, ii) d'étudier la formalisation du processus de validation des recherches historiques sur ce type de corpus et de caractériser dans quelle mesure ce processus est calculatoire, iii) d'introduire la prise en compte de la qualité des données et enfin iv) de proposer une plateforme intégrant les résultats obtenus. Toutes les phases du projet exigent une collaboration étroite entre historiens et informaticiens du consortium et déboucheront sur des résultats scientifiques en histoire comme en informatique.

ANR

2017

Com2SiCa — COMprendre et SImuler les COMportements humains sur des territoires en situation de CAtastrophe : de l’analyse à l'anticipation

Si ces quarante dernières années ont été marquées par un accroissement important du nombre de catastrophes, elles ont également permis de révéler la complexité de ces événements où s’enchevêtrent de multiples causalités (physiques, biologiques, technologiques et humaines). Or ces tendances ne devraient pas s’inverser dans les années à venir, car les facteurs de risque restent nombreux : changement climatique, tensions géopolitiques, risques liés aux avancées de la technologie et aux besoins des sociétés, croissance démographique et pauvreté, dégradation de l'environnement et pression urbaine etc. (URD, 2010). Les sociétés modernes, quel que soit leur niveau de développement, restent peut résilientes aux catastrophes. Les populations ignorent souvent de quelle façon elles doivent agir ou réagir en situation de catastrophe (CEPRI, 2013) et si certains comportements s'avèrent adaptés, d'autres, malheureusement plus nombreux (Boyd 1981; ISI 2012), se révèlent inappropriés, (sidération, fuite vers la zone de danger), voire clairement décalés (curiosité, protection des biens etc.) par rapport aux réactions attendues et préconisées par les acteurs opérationnels (Quarantelli 2008) ou les outils de prévention. Cette méconnaissance partielle n’est d’ailleurs pas l’apanage des populations et des décideurs; elle renvoie aussi aux difficultés de la recherche à révéler la complexité des comportements véritablement adoptés lors de catastrophes (Crocq 1994), leur enchaînement, leur dynamique et interdépendance (Provitolo et al. 2015). Les grands défis actuels dans le domaine de la sécurité et de la sûreté des populations sont donc de progresser dans notre compréhension et capacité à anticiper les comportements humains, individuels et collectifs, face à des menaces et des catastrophes complexes et de toute origine. La façon de prévoir ou anticiper les réactions humaines détermine en effet la manière dont nous gérons les situations d'urgence (Drury et Reicher, 2011), elle permet d'améliorer la résilience des sociétés ainsi que la maîtrise des situations et leur évolution spatio-temporelle. Le projet Com2SiCa vise à relever ces défis, en s'affranchissant des cloisonnements traditionnels et en couvrant 3 volets fondamentaux de la recherche: acquisition (observation/enquêtes) et analyse de données réelles permettant l'identification, la description et la classification des comportements humains, et ce quelle que soit l'origine de l'événement; modélisation mathématique de la dynamique spatio-temporelle des comportements, dont la robustesse est testée sur la base des relations empiriques et statistiques établies; développement d'une plate-forme web cartographique de simulation des réactions humaines destinée à la communauté scientifique, aux professionnels en charge de la sécurité et sûreté des citoyens et au public dans un cadre de recherche, de formation et de culture du risque. Deux terrains d'étude sont retenus : un tsunami local sur le littoral azuréen qui a connu en juillet 2016 une action terroriste et un accident technologique sur l'agglomération havraise. Pour réaliser ce projet, le consortium, expert de cette thématique, de la modélisation conceptuelle, mathématique et informatique et des méthodes d'enquêtes (observation et expérimentation) rassemble des chercheurs géographes, psychologues, mathématiciens, informaticiens, géophysiciens et des partenaires institutionnels et opérationnels en charge d'assurer la sécurité et la sûreté des citoyens et des territoires. Les travaux préparatifs communs, financés par la COMUE de l'Université Côte d'Azur (IdexJedi) et le CNRS (Peps HuMaIn 2013 et 2014) et publiés (Provitolo et al. 2015 ; Cantin et al., 2016; Verdière et al. 2014) en assurent la réussite.

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2017

Relinsert — L'insertion par le religieux des migrants au Burkina Faso

Ce projet part du constat de la situation religieuse plurielle du Burkina Faso et d’observations anthropologiques qui soulignaient dès la fin des années 1950 le rôle de la conversion religieuse comme moyen d’insertion pour les migrants burkinabè en Côte d’Ivoire. Il s’agit d’interroger la façon dont le religieux peut constituer un mode d’insertion pour les migrants (de retour, internes ou internationaux) qui s’installent ou se réinstallent actuellement au Burkina Faso. Les évolutions de ces pratiques religieuses en migration seront ainsi questionnées à partir de recherches de terrain menées dans trois zones du Burkina Faso : la capitale Ouagadougou, qui polarise des mouvements migratoires internes, de retour et internationaux ; Koudougou, troisième ville du pays et ville historique de départ des migrants en Côte d’Ivoire ; Sinikiéré et Ouarégou, deux localités du « pays bissa », marquées par une tradition migratoire forte en direction de l’Italie et de la Libye. L’hypothèse principale de ce projet de recherche est que le religieux en migration, bien que possiblement associé à des logiques migratoires d’individuation ou d’émancipation, est jusqu’à présent apparu comme un facteur de cohésion et d’intégration dans le contexte de ces localités burkinabè. En associant des méthodologies issues de l’anthropologie, de la géographie et de l’histoire, les pratiques de ces migrants à l’échelle locale (quartier, famille) seront étudiées en milieu rural et urbain. L’insertion sera ainsi questionnée en lien avec le contexte religieux pluriel qui caractérise ces localités et qui sera analysé à partir d’une articulation entre analyses spatiales (cartographies des lieux de culte) et enquêtes de terrain socio-anthropologiques et historiques. Plusieurs entrées permettront d’aborder la notion d’insertion par le religieux en migration : la conversion religieuse appréhendée par la mise en perspective de parcours religieux et migratoires ; la participation à des cérémonies familiales au niveau local, comme révélatrices de l’insertion dans des réseaux sociaux locaux ; des mécanismes de solidarité comme la zakat dans l’islam ; le rôle d’ONG confessionnelles ou d’équipement liés à des structures religieuses dans l’accès aux services publics de base pour les migrants (santé, éducation, services sociaux) ; la visibilité sur la place publique et les enjeux locaux de gouvernance liés au religieux en migration ou de retour de migration. Les limites de ces processus d’insertion et les possibilités d’exclusion seront cependant aussi envisagées, dans un contexte sous-régional et national fragilisé par la montée du terrorisme et du radicalisme violent. Avec ce projet de recherche prévu pour trois ans, une nouvelle équipe sur le religieux en migration en Afrique subsaharienne sera créée, dans le cadre des relations de partenariat entre l’IMAF (UMR 243 IRD 8171 CNRS) et l’INSS/CNRST au Burkina Faso. Les membres de l’équipe de recherche mèneront conjointement des missions de terrain dans les localités retenues et travailleront de façon pluridisciplinaire. La stratégie de diffusion des résultats s’appuie sur l’organisation de trois manifestations scientifiques qui rythmeront le programme (atelier de lancement, journée d’étude à mi-parcours, colloque international final). Elle se base sur des activités de formation à destination des étudiants, des publications scientifiques et d’autres au format plus adapté au grand public (livre en collaboration avec un photographe, film) ou aux politiques et décideurs (plaquettes de communication des résultats). L’un des principaux résultats attendus est la proposition d’une autre lecture des liens entre religions et migrations, en décentrant cette problématique et en l’envisageant à partir de l’exemple burkinabè, où ces deux dimensions ne sont pas nécessairement entendues comme facteur d’exclusion sociale ou de discrimination lorsqu’elles sont pensées ensemble.

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2017

POP-PART — Les quartiers populaires au prisme de la jeunesse: une recherche participative

Résumé du projet Ce projet de recherche participatif et pluridisciplinaire entend analyser les reconfigurations sociales et urbaines en cours dans les quartiers populaires dans un contexte de métropolisation, à partir du prisme de la jeunesse. En appréhendant les expériences des jeunes, filles et garçons, à partir de leurs ancrages territoriaux, de leurs trajectoires, de leurs représentations sociales et en les replaçant dans une histoire passée et présente des quartiers populaires, il vise à saisir les dynamiques contradictoires qui contribuent à ces reconfigurations. Pour ce faire, il s’appuie sur une triple démarche : (1) partir de l’expérience des jeunes, (2) appréhender l’espace métropolitain du point de vue des quartiers populaires, (3) coproduire la recherche avec les jeunes et construire avec eux les outils audio-visuels et numériques de son appropriation dans une perspective de sciences citoyennes. Il répond ainsi à des enjeux méthodologiques, épistémologiques et théoriques.

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2017

ineq_at_work — Les inégalités au travail: étudier les mécanismes locaux des inégalités au sein des entreprises françaises

Le creusement des inégalités est devenu une source importante de préoccupations politiques, sociales et scientifiques au cours des dernières décennies. Bien que l’évolution des inégalités commence à être maintenant bien documentée dans de nombreux pays, on connait encore trop peu de choses sur leurs mécanismes sous-jacents. La contribution de ce projet à la recherche sur les inégalités est triple. Nous adoptons d’abord une approche contextuelle en se concentrant sur le milieu de travail en tant que principal lieu de production des inégalités. Les travaux dans cette veine soulignent en effet que l’évolution de la structure organisationnelle de la production a conduit à une polarisation croissante de la distribution des compétences entre les entreprises et à une accentuation des capacités de certaines parmi elles à attirer les revenus du marché. Ces évolutions ont poussé les travaux récents à s’intéresser aux composantes inter- et intra-entreprises des inégalités salariales. De plus, le milieu de travail n’est pas seulement une source principale d’inégalité en raison de son rôle productif ; il fonctionne aussi comme un «climat social» et un «contexte relationnel» qui agit sur la reproduction des inégalités. Deuxièmement, nous analyserons les inégalités au travail selon différentes dimensions (sexe, citoyenneté, éducation, profession, situation géographique, etc..). Étudier ces dimensions ensemble nous permet d’évaluer le rôle relatif de l’ascription/achievement dans les parcours individuels en France et d’examiner le degré de congruence à l’échelle de l’entreprise des différents facteurs inégalitaires. Troisièmement, notre projet de recherche est comparatif et s’appuie sur une collaboration étroite avec un réseau international de recherche impliquant 11 pays ce qui nous permettra d’étudier les variations de l’inégalité au travail et d’analyser ses facteurs explicatifs dans différents contextes nationaux et institutionnels. Pour atteindre ces trois objectifs, nous mobiliserons une diversité de données et de méthodes. Nous évaluerons le rôle du milieu de travail dans la production des inégalités en exploitant les données administratives à grande échelle (les données issues des Déclaration Annuelle de Données Sociales(DADS) liant les employeurs aux employés, données longitudinales issues des recensements, etc.). En plus des inégalités salariales, nous cherchons à mesurer l’effet du contexte de la firme sur les mécanismes inégalitaires de type "opportunity hoarding" et ce en produisant des données massives et nouvelles sur la discrimination à l’embauche en France. En utilisant les sites de recherche d’emploi en ligne, nous mènerons une étude de testing qui sera fusionnée avec des données au niveau de l’entreprise. Notre projet sera ainsi le premier à fournir des preuves systématiques et approfondies sur les inégalités au travail en France, tant en termes de rémunération que d’accès à l’emploi.

ANR

2017

FFIUM — Formalisme, formalisation, intuition et compréhension en mathématiques : de la pratique informelle aux systèmes formels et retour

Ce projet étudie l'interaction entre les théories mathématiques informelles (TMI) et leur formalisation et soutient que ce dynamisme génère trois formes distinctes de compréhension: 1. Différents types de formalisations fixent les frontières et les dépendances conceptuelles entre les concepts de différentes façons, contribuant ainsi à notre compréhension du contenu d'une TMI. On soutient que cette forme de compréhension d'une théorie informelle est obtenue en la reformulant comme une théorie formelle, ie. en transformant ses moyens expressifs. 2. Dès qu'une théorie formelle est disponible, elle devient un objet de compréhension. Une contribution essentielle à cette compréhension est faite en reconnaissant cette théorie comme une formalisation d'un corpus particulier de mathématiques informelles. On clarifiera cette forme de compréhension par l'étude de modèles singuliers et des classes de modèles révélant les points communs conceptuels sous-jacents entre objets dans les différentes zones de mathématiques. 3. Le troisième niveau concerne la façon dont l'étude des formalisations d'une même zone peut conduire à une transformation du contenu de ces zones et à un changement dans la géographie des mathématiques informelles. En étudiant ces formes de compréhension, on s'appuiera sur des analyses philosophiques et logiques d'études de cas tirés de l'histoire de la pratique mathématique, afin de construire une nouvelle image convaincante de la relation entre formalisation et pratique mathématique informelle. Une des principales conséquences de cette enquête sera de montrer que le processus d'acquisition de la compréhension mathématique est bien plus complexe que ne l'estiment les conceptions philosophiques actuelles. Alors que l'impact de la formalisation sur la pratique mathématique est souvent considéré comme négligeable, on défend l'idée que la formalisation est un outil épistémique qui non seulement impose des limites aux problèmes étudiés dans la pratique, mais produit aussi de nouveaux modes de raisonnement qui peuvent élargir les méthodes standard de la preuve dans différentes zones mathématiques. Réfléchir sur l'interaction entre les TMI et leur formalisation, c'est réfléchir sur la pratique mathématique et ce qui la rend rigoureuse, et comment ce dynamisme génère différentes formes de compréhension. On se propose donc d'étudier le lien entre les trois niveaux de compréhension décrits ci-dessus et la notion de rigueur en mathématiques. La notion de rigueur formelle (dans le sens de la théorie de la preuve) a été très étudiée en philosophie et en logique, bien que le rôle épistémique du processus de formalisation ne soit pas pris en compte. On soutient que la rigueur formelle est mieux comprise comme une abstraction dynamique des arguments mathématiques informellement rigoureux. Ces arguments seront étudiés en analysant des études de cas à partir de différents sous-domaines de mathématiques, afin d'identifier des modèles de raisonnement rigoureux.

ANR

2017

HISTRANS — Histoire de la transparence: la politique rendue visible, Allemagne et France, 1890-1990

La transparence est aujourd’hui considérée comme une valeur politique, synonyme de démocratie, de participation et de responsabilité. On oublie ainsi deux points: les exigences de transparence ne sont ni passagères, ni réellement nouvelles, mais liées à des contextes déterminés et dotées d’une histoire propre. De plus, elles ont des effets ambivalents. Comme il n’y a encore pratiquement pas d’études historiques de la transparence, nous avons mis l’accent sur l’histoire politique. Apparemment, la transparence est une propriété d’un système politique. En réalité, elle s’exprime dans des exigences politiques de transparence, venues du bas, en particulier pour l’accès à l’information et les questions que le politique rend « lisibles ». Nous entendons nous concentrer sur l’histoire des demandes de transparence dans le domaine politique en Allemagne et en France. Nos directions d’enquêtes portent, premièrement sur l’histoire des commissions d’enquête parlementaire entre 1890 et 1970 environ, et deuxièmement sur deux scandales qui ont eu un fort effet dans le domaine du financement des partis (le scandale Flick et l’affaire Urba). Cela est lié à plusieurs interrogations : quand est-ce que la transparence est devenue une exigence effective ? Quelles mesures ont-elles été proposées ? Qui étaient les acteurs principaux ? Dans quelles configurations ? L’exigence de transparence a-t-elle produit plus ou moins de connaissance des processus politiques? A-t-elle fortifié la confiance politique, ou au contraire l’a-t-elle réduit ? Parmi les théories de la transparence, se signalent les catégories analytiques mises au point par David Heald [Heald, 2006]. Parmi nos hypothèses de travail figure l’idée, selon laquelle les demandes de transparence durant la première moitié du XXe siècle portaient plutôt sur des membres du personnel politique, selon une perspective individualisée et au cas par cas. À partir des années 1970-1980, l’injonction de transparence a pris une nouvelle dimension, et cette exigence s’est portée sur le système lui même, sommé de se montrer transparent. À l’appui de cette hypothèse interprétative, un argument peut être évoqué: l’exigence croissante de transparence n’a pas renforcé la confiance dans la démocratie. En outre, la configuration générale et les acteurs ont changé. À partir des années 1980, sont apparus, aux côtés de la presse, de nouveaux acteurs issus de la société civile, qui ont plaidé pour des instruments producteurs de transparence. Le projet ici proposé s’inscrit dans le fil d’une coopération entre chercheurs français et allemands associés depuis 2011 dans des études historiques sur la corruption. Cette nouvelle thématique élargit et complète ces recherches antérieures, dans la mesure où la transparence est comprise, dans le contexte, comme un concept opposé à celui de corruption. Ce projet de recherche bénéficiera du réseau scientifique international de ses animateurs.

DIM Ile-de-France

2017

QUALIFE — Qualité des alliages ferreux : une approche diachronique et statistique

Le projet QUALIFE vise à évaluer l’évolution des qualités des métaux ferreux en œuvre dans les sociétés de l’Antiquité et du Moyen Âge. Les alliages ferreux ont des caractéristiques fortement variables, ils sont donc particulièrement intéressants pour ce genre d’étude, car, abondants, ils rentrent aussi bien dans la réalisation d’objets de la vie commune que dans l’élaboration de produits spécialisés. Projetée sur le temps long, cette étude permettra d’atteindre une vision comparatiste de la notion de qualité des matériaux en relation d’une part avec les techniques de production et d’autre part avec leur appropriation et utilisation par les sociétés anciennes. Nécessairement fondée sur un important corpus de produits et d’objets en fer, l’étude s’appuie sur un consortium francilien qui représente une association inédite et interdisciplinaire de laboratoires d’archéologie, d’archéométrie et de modélisation et traitement des images. Les protocoles mis en place constitueront ainsi des outils novateurs pérennisant une approche reproductible destinée à alimenter les recherches diachroniques et statistiques menées aujourd’hui au plan international sur la notion de qualité des matériaux.

DIM Ile-de-France

2017

PictOU — La pratique picturale de Jean-Baptiste Oudry d'après l'analyse des oeuvres conservées dans les collections françaises

On se propose d’étudier la pratique picturale de Jean-Baptiste Oudry (1686 – 1755) à partir de l’analyse de ses œuvres conservées dans les collections françaises. Ses procédés, le choix de ses matériaux et de ses outils, ont jusqu’ici été définis par extrapolation de ses conférences, Sur la manière d’étudier la couleur et Sur la pratique de la peinture, prononcées à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 7 juin 1749 et le 2 décembre 1752. Énoncés à la fin de sa carrière, ces textes rendent compte de son expérience de peintre mais également d’une profonde connaissance des productions de ses contemporains et de ses prédécesseurs. Il accorde une attention particulière à leur évolution matérielle arguant l’importance des choix techniques de l’artiste pour leur bonne conservation. On envisage dont d’analyser la production du peintre et de la confronter à ses écrits afin de mesurer l’intégration de ses constats dans sa propre pratique. L’étude reposera sur l’analyse matérielle de sa production. Les soixante-neuf tableaux d’Oudry déjà restaurés dans les ateliers du C2RMF et bénéficiant d’un dossier d’imagerie scientifique et de rapports de restauration, ainsi que les quatre tableaux, L’hiver (MV8514), Le printemps (MV8538), L’été (MV7359), L’automne (MV736), conservés au château de Versailles, et devant faire l’objet d’une restauration fondamentale dans le dernier semestre 2017, constitueront le corpus principal de cette étude. Le post-doctorant s’attachera à identifier la nature des matériaux présents et leurs modes d’application. Les résultats seront dans un deuxième temps confrontés aux texte afin d’en évaluer la portée pour l’étude de sa pratique. Une attention particulière sera accordée à l’état de conservation et au parcours patrimonial des œuvres dès lors qu’ils conditionnent la qualité des informations technologiques.

DIM Ile-de-France

2017

SYNANTHROPES — Histoire de la synanthropisation des petits mammifères de Grèce entre le Néolithique et l'âge du bronze

Actuellement les écologues s’intéressent tout particulièrement au phénomène de « synurbisation » des faunes sauvages, considéré comme un phénomène récent d’adaptation comportementale de la faune sauvage à l’espace urbain. En fait, le phénomène d’adaptation des faunes sauvages à l’environnement humain est plus global : l’on parle ainsi de synanthropisation dans le cas de populations sauvages qui adoptent ou s’adaptent à un mode de vie à proximité de l’homme et de son environnement. Au sein de ces synanthropes ou animaux synanthropiques, il y a un gradient de dépendance envers l’environnement humain à l’échelle de la population. Si ce phénomène est une conséquence majeure de notre impact sur la biodiversité, nous ne connaissons encore que trop peu l’histoire du processus, inscrit dans les vestiges animaux issus des sites archéologiques. L’objet du projet SYNANTHROPE est de démontrer qu’il s’agit d’une relation très ancienne dans l’histoire de l’humanité, en documentant quand et comment la construction de niches écologiques humaines a créé de nouvelles opportunités trophiques favorisant l’émergence et l’expansion de ces synanthropes. On espère ainsi mieux identifier à partir de quand l’activité humaine a façonné la biodiversité animale, et contribuer à la définition de l’Anthropocène. Pour que le projet soit réalisable en une année, nous nous concentrerons sur l’histoire de la synanthropisation des micromammifères de Grèce entre le Néolithique et l’Age du Bronze, période de transition majeure dans l’anthropisation des faunes méditerranéennes.

ANR

2016

MetaStress — Impact du stress sur la décision et la métacognition: applications en aéronautique

Le projet MetaStress porte sur l'impact du stress sur la métacognition. La métacognition rassemble l'ensemble des processus par lesquels un agent accède à, et contrôle, ses propres processus cognitifs. Les jugements de confiance que nous formulons sur nos propres décisions sont des exemples prototypiques de métacognition. La métacognition est une capacité essentielle d'une part pour la régulation par le sujet de sa propre cognition, et d'autre part pour la coopération entre agents en situation d'incertitude. Elle fait partie des fonctions exécutives qui donnent à la cognition humaine son caractère flexible et adaptatif. Or, nous savons désormais que les fonctions exécutives sont parmi les plus sensibles au stress. En situation de stress, les ressources énergétiques sont réorientées vers la lutte ou la fuite, et l'attention se porte vers le monde extérieur, source de menaces potentielles, aux dépends de l'attention endogène. Tout porte donc à penser que la réaction de stress doit avoir un impact négatif sur la métacognition, qui est une fonction exécutive orientée vers les processus internes. Pourtant, l'impact du stress sur la métacognition et ses conséquences sur la performance n'ont jamais été examinés systématiquement. Les effets délétères du stress sur la performance sont bien connus et ils ont été particulièrement bien documentés en aéronautique. Le projet MetaStress est motivé par l'hypothèse suivante : un des mécanismes par lequel le stress est cause d'erreurs, voire d'accidents, est la baisse de métacognition qu'il induit. Ainsi des phénomènes habituellement décrits comme des persévérations dans une conduite erronée, souvent retrouvées à la source d'erreurs humaines, pourraient être compris comme résultant de l'incapacité à évaluer sa propre performance – un déficit de métacognition typique. Ainsi, parce que l'agent serait partiellement aveugle à sa propre performance, il ne pourrait adopter un point de vue critique permettant de mettre fin à une persévération. Dès lors, le projet MetaStress se fixe pour objectif d'examiner les relations entre stress et métacognition d'un point de vue fondamental, d'étudier les conséquences du stress sur la métacognition dans le contexte aéronautique et de proposer des contre-mesures cognitives. Nous utiliserons des inductions de stress en laboratoire afin d'étudier les modulations de l'accès métacognitif induites. Au moyen de la modélisation des performances cognitives, nous isolerons les effets du stress sur la cognition de premier ordre et ceux sur la métacognition, où nous distinguerons les effets de biais (sur- ou sous-confiance), des effets sur la sensibilité métacognitive. Par une combinaison de mesures physiologiques, endocriniennes, comportementales et psychologiques, nous démêlerons, dans l'écheveau des mécanismes du stress, ceux qui affectent les processus métacognitif de monitoring et de contrôle. La métacognition étant particulièrement importante dans la coopération entre agents, dans la mesure où l'échange des jugements de confiance permet aux agents de pondérer leurs contributions respectives, nous étudierons les dysfonctionnements introduits par le stress dans la collaboration entre deux individus. Nous mettrons en évidence à quel niveau le stress introduit un blocage dans le canal de communication entre deux individus qui travaillent sur une tâche commune. Le projet MetaStress est un projet de sciences cognitives, combinant une approche fondamentale et une approche appliquée au domaine de l'aéronautique. Cette approche appliquée sera double. D'une part, nous développerons des expériences en laboratoire à Paris et des expériences dans des simulateurs de vol sur le site de l'ONERA à Salon de Provence. D'autre part, nous proposerons des stratégies pour contrecarrer les effets délétères du stress sur la métacognition. Ces remédiations pourront impliquer un entraînement spécifique des personnes travaillant sous stress, ainsi que l'adaptation des systèmes de décision.

ANR

2016

FAIR-CLIMPOP — Equité, changement climatique et population

Les travaux les plus récents sur le changement climatique ont ravivé de vieilles inquiétudes concernant un éventuel conflit entre développement humain et taille de la population. La croissance économique accélère le changement climatique, induisant de forts impacts sur l'agriculture (menaçant la survie des populations dans certains pays en développement) et de façon plus directe sur la mortalité par des événements climatiques extrêmes ou l’augmentation la prévalence de certaines maladies. Dans ce projet, nous voulons intégrer certains effets démographiques du réchauffement lors de l'évaluation des politiques climatiques. Nous cherchons tout d’abord à définir des principes normatifs qui peuvent régir l'évaluation de ces impacts démographiques du changement climatique en concevant de nouveaux outils d'évaluation nommés critères de choix social. Il s’agit ensuite d'étudier les implications de tels critères pour la politique climatique dans un modèle intégré économie-climat que nous allons développer à partir de modèles existants en rendant la taille de la population endogène. Les nouveaux outils d'évaluation doivent permettre les comparaisons de populations de différentes tailles et prendre en compte la longévité dans la définition du bien-être des individus. Ce projet a donc trois objectifs ambitieux et originaux. Le premier objectif est d'approfondir notre connaissance des critères normatifs permettant d’évaluer les politiques affectant la taille de la population. Par rapport à la littérature existante, le projet considérera de nouvelles approches non Utilitaristes et intégrera la problématique de l’équité dans une perspective multidimensionnelle portant sur la distribution des biens marchands et non marchands. Le deuxième objectif est de mieux prendre en compte la longévité dans la définition des indices du bien-être. Pour discuter de l'équité entre les générations, il est essentiel d'être en mesure de comparer les individus avec différentes durées de vie, car l'amélioration ou l'aggravation de l'espérance de vie est un élément clé du développement humain. Nous chercherons à attribuer une valeur à l'espérance de vie en partant des préférences individuelles. Le troisième objectif est d’étudier les implications de divers choix normatifs pour la conception des politiques publiques au sein d’un modèle d’évaluation intégrée économie-climat. Une tâche préliminaire consistera à construire un tel modèle dans lequel la surmortalité liée au changement climatique serait endogène. Cela nécessite notamment d’intégrer une structure par âge de la population dans notre modèle avec des taux de mortalité et de fécondité différenciés par âge. On peut ainsi produire une dynamique endogène de la population intégrant également des effets induits sur la taille des nouvelles générations. Notre modèle d’évaluation intégrée nous permettra de comparer les politiques recommandées par les différents critères normatifs développés dans le reste du projet. En particulier, cela peut nous permettre de discuter dans quelle mesure les critères plus égalitaristes et donnant plus de valeur à la durée de vie et la taille de la population promeuvent des politiques climatiques plus fortes. Du point de vue scientifique, le projet fournira de nouvelles connaissances à la fois dans une perspective normative (éthique de la population) et une perspective positive (modélisation des effets du changement climatique sur la mortalité) Le projet aura également un impact sociétal plus large permettant de comprendre les impacts à long terme du changement climatique et la possibilité d'un développement durable intégrant la question démographique. Le projet promeut une approche intégrée couvant risques économiques, démographiques et climatiques. Ses résultats projet pourront donc informer la conception des politiques publiques et intéresser grand public et décideurs.

ANR

2016

ARFT — o Technologie, commerce international et la microéconomie du changement structurel

Les économies développées ont subi un changement structurel rapide au cours des dernières décennies qui se matérialise par plusieurs effets. Ce projet propose une étude des causes du changement dans la structure de l’emploi et de la distribution des salaires en France de 1994 à 2012, au travers d’analyses microéconomiques. Notre projet est structuré en deux parties. La première étudie des aspects majeurs du changement structurel et de son impact sur la distribution des revenus du travail. Nous commençons par étudier l’évolution de la part du travail dans le revenu national. La relative stabilité de la part du travail au niveau agrégé en France cache des modifications dans sa répartition entre les travailleurs. Nous analysons ensuite la polarisation de l’emploi et comment le changement technologique, l’export et la sous-traitance internationale la façonnent en modifiant la structure des entreprises. La seconde partie du projet examine par le prisme microéconomique le rôle de la globalisation, de la régulation du marché du travail et de la dynamique de ce marché sur le changement structurel et sur la distribution des revenus. Premièrement, nous étudions le rôle des fusions-acquisitions étrangères sur le salaire des travailleurs des entreprises cibles (celles-ci constituent une grande part de l’emploi total). Nous étudions ensuite l’effet de la dualité du marché du travail sur la productivité de l’entreprise et donc sur la structure de l’emploi. Nous étudions enfin l’influence des changements dans la distribution de l’emploi entre les firmes et le partage de la valeur au sein de celles-ci sur la distribution des salaires. Notre proposition est innovante à plusieurs titres : (1) elle utilise des données administratives exhaustives, (2) l'accent est mis sur une analyse au niveau de l’entreprise et (3) elle propose une analyse causale des effets. Notre analyse s’appuie sur un ensemble de données appariées permettant de lier les travailleurs à la technologie, à l’exportation, à la sous-traitance internationale, aux fusions et acquisitions et aux réglementations du marché du travail par le biais des entreprises dans lesquelles ils travaillent. Puisque la majorité des activités économiques est organisée par les entreprises, les changements dans leur statut, dans leur organisation interne et leur dynamique sont des facteurs importants qui génèrent des changements à la fois structurels et dans la distribution des salaires. Par conséquent, l'analyse au niveau de l’entreprise se prête à identifier les mécanismes causaux de l'ajustement ; négliger l’importance de l’entreprise peut être trompeur. Cette approche permet de distinguer entre les théories concurrentes des déterminants du changement structurel et de son impact sur la répartition des revenus. Nos inférences causales appliquent des techniques micro-économétriques avancées à l’analyse au niveau de l’entreprise et des stratégies innovantes d'identification des effets de causalité. Tandis que l’accent est mis sur les mécanismes du côté de la demande de travail, nous reconnaissons l'importance des changements de l’offre et nous les considérons. Le projet a des implications de politiques économiques importantes. En examinant les changements structurels au niveau micro-économique, nous évaluons plus précisément quelles entreprises sont les plus à même de peser sur les tendances de l'emploi et des salaires. Cibler ces entreprises serait plus efficaces que des politiques économiques uniformisées. Ceci permet également de limiter le coût de réglementation du marché du travail. Nous évaluerons comment les changements dans la réglementation de la flexibilité de l'emploi peuvent affecter la productivité de l’entreprise, sa compétitivité et la répartition des revenus. Tous ceci est rendu possible par l’analyse d’une base de données appariée sur longue période entre les travailleurs et les entreprises et par une étude minutieuse au niveau de l’entreprise.

ANR

2016

FARM_VALUE — Valeur et transmission de l'exploitation agricole: regards croisés de l'économie et de la sociologie

L’objectif du projet FARM_VALUE est de contribuer à la connaissance scientifique et d’apporter des éclairages nouveaux aux professionnels agricoles et aux décideurs publics sur la transmission des exploitations agricoles, en se concentrant notamment sur le rôle de la valeur de l’exploitation dans ce processus. Le but est de réaliser pour la première fois dans la littérature une évaluation approfondie de la façon dont la valeur d’une exploitation est établie, que ce soit du point de vue économique ou sociologique, et comment ces deux points de vue peuvent (ou doivent) être incorporés ensemble dans le cas des transmissions d’exploitations. Etudier la valeur et la transmission des exploitations n'a jamais été réalisé en combinant les approches économiques et sociologiques, alors que cette approche présente un intérêt certain : généralement, la valeur des exploitations utilisée par les acteurs professionnels dans un cadre de transmission est caractérisée par des paramètres économiques ou financiers ; pourtant, ces paramètres ne prennent pas en compte la valeur sociale (comme par exemple le fait que le capital ait une valeur affective), qui peut être tellement élevée qu'elle freine la transmission. De façon plus spécifique, nos objectifs sont : (1) de mettre à jour l’état de l’art sur l’établissement de la valeur d’une exploitation, et de suggérer des approches alternatives, notamment issues de la finance ; (2) de prendre en compte la diversité des composantes de la valeur d’une exploitation, et en particulier le capital immatériel, que ce soit des aspects économiques (par exemple l'ancrage de l'exploitation dans un territoire, les compétences managériales, les droits à prime ou encore les contrats), mais également des aspects sociologiques (comme la connaissance professionnelle); (3) de relier la valeur d’une exploitation à sa transmission, en étudiant notamment les stratégies d'accumulation de richesse des agriculteurs, la performance des exploitations transmises et l'établissement de la valeur des parts dans le cas de sociétés. Nos analyses empiriques seront centrées sur la France, et en particulier sur l’élevage de vaches laitières et allaitantes dans trois régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Bretagne. L'élevage de vaches laitières et allaitantes a été choisi pour ce projet car il est particulièrement affecté par les problèmes de succession : la valeur des exploitations est élevée en raison de la présence d'animaux et de l'équipement qui leur est associé ; le coût de transmission est dès lors plus élevé ; une attractivité du secteur faible en raison des difficiles conditions de travail, notamment pour les soins aux animaux nuit et jour ; et par contraste une activité peu profitable. Les trois régions ont été choisies car elles présentent des héritages culturels et des valeurs sociales différentes. Notre méthodologie mobilisera des données économiques existantes mais peu valorisées sur ce sujet : les données du Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) français et celles de l’enquête européenne Household Finance and Consumption Survey. Nous réaliserons également une enquête auprès de quelques centaines d’exploitants pour compléter ces bases, ainsi que des entretiens semi-directifs permettant de considérer les liens personnels entre partenaires d’une exploitation non-individuelle, et les liens familiaux sur plusieurs générations.

ANR

2016

CAGE — Des accords collectifs pour l'égalité femme/homme

Le projet CAGE vise à évaluer empiriquement l’efficacité des négociations collectives en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. En France, la négociation collective constitue de fait l’un des principaux leviers contractuels pour inciter les entreprises à agir dans ce domaine. Ainsi, depuis le début des années 2000, plusieurs réformes se sont succédé pour mieux encadrer et rendre effectives les pratiques de négociation sur ces enjeux d’égalité hommes-femmes (H-F). Dans ce contexte, notre démarche pluridisciplinaire, fondée sur une interaction étroite entre sociologie, économie et histoire contemporaine, répond à deux objectifs principaux: (i) contribuer à la connaissance et à la compréhension des négociations collectives pour l'égalité H-F en milieu de travail et de la façon dont elles ont évolué en lien avec les changements législatifs; (ii) tester si les réformes mises en place au cours de la dernière décennie ont permis de réduire les inégalités H-F et examiner dans quelles circonstances elles ont été le plus efficaces. Pour ce faire, le projet prévoit de recueillir des données sur les textes relatifs à l’égalité professionnelle avec à terme l’objectif de mettre en place une infrastructure de recherche permettant d’évaluer l’efficacité des obligations de négocier et leurs effets. Nous prévoyons ainsi de concevoir un cadre de mesure pour évaluer la qualité des textes sur l’égalité professionnelle et de l’appliquer à un échantillon représentatif de textes qui contribuent à l’édiction de normes sociales dans ce domaine (depuis les textes de loi et les accords de branche jusqu’aux accords d’entreprise et autres plans d’action). L’accès à la base de données ainsi constituée sera ensuite ouvert à l’ensemble de la communauté scientifique et les méthodes utilisées pourront être appliquées à d’autres thèmes de négociation et à d’autres pays. Une autre originalité du projet réside dans la volonté de combiner les méthodes quantitatives et qualitatives pour analyser le processus de négociation à l’échelle de l’entreprise, et son effet en termes de réduction des inégalités, observées sous plusieurs dimensions. La base de données des textes négociés sera ainsi appariée à différentes bases de données d’entreprises. Nous prévoyons d’exploiter la base statistique des accords développée par la DARES (D@ccord), afin d’avoir des informations sur l’ensemble des accords passés sur la période 2006-2013. Pour disposer d’informations complémentaires sur les politiques de gestion du personnel et les relations professionnelles au sein des entreprises, nous l’apparierons également aux enquêtes REPONSE menées en 2005 et 2011. Les caractéristiques des établissements en termes de distribution des salaires, de composition de la main-d’œuvre ou de flux de travailleurs seront fournies par les DADS sur la période 2006-2013. Enfin, nous extrairons des informations sur l’accès à la formation par sexe et CSP à partir des déclarations fiscales 24-83 sur la même période. L’appariement de ces données nous permettra de mieux connaître le contexte de négociation de ces textes et d’analyser quantitativement les dynamiques de leurs processus de production. Nous pourrons ainsi établir une taxonomie des différentes configurations de négociation sur l’égalité professionnelle H-F et mener une analyse de terrain pour inspecter en profondeur les processus de négociation dans chacune des catégories identifiées. Au cours de cette étape, nous prévoyons d’associer un réseau d'acteurs et partenaires sociaux impliqués dans la négociation collective. Notre base de données permettra aussi d’analyser l’effet des résultats de la négociation sur les inégalités H-F en termes de salaire, d’accès à l’emploi ou à la formation professionnelle. Sur ce point, nous veillerons à traiter les problèmes d’identification afin de mesurer précisément l’effet causal des accords et de leur contenu sur les inégalités H-F.

ANR

2016

ImpactMeta — impact de la métacognition sur le comportement

Prendre de bonnes décisions est essentiel pour la survie, que ce soit pour un individu évoluant dans un environnement dangereux, ou pour une société en compétition dans un marché. La « métacognition » est notre aptitude à évaluer nos propres décisions, par exemple en formulant des jugements de confiance, et cette aptitude pourrait conduire à améliorer ces décisions. Cette possibilité fait de la métacognition un thème de recherche en plein essor dans le domaine des sciences cognitives et des neurosciences de la décision. Nous proposons ici une recherche fondamentale visant à mieux comprendre l’influence de cette aptitude de métacognition sur le comportement. Les recherches récentes dans ce domaine ont visé à quantifier cette aptitude métacognitive chez les agents opérant une tâche, et à identifier les mécanismes neuraux impliqués dans ces jugements métacognitifs. Cependant, dans de nombreuses études en sciences cognitives, le jugement métacognitif apparaît comme un commentaire sur le comportement, sans réel impact sur celui-ci. Ici, en utilisant une approche alliant des expériences empiriques et une modélisation computationnelle, nous voulons établir que la métacognition a un impact direct sur le comportement, et ce de plusieurs façons différentes. Nous considérerons plusieurs liens potentiels entre métacognition et comportement, et testerons ces liens à travers des études comportementales chez des volontaires sains. Les études que nous proposons sont basées sur la psychophysique de la perception visuelle, une discipline qui a servi de terrain aux développements récents de modèles neuro-computationnels de la prise de décision et de la métacognition. Nous compléterons notre approche empirique par des données oculométriques, en nous intéressant à la taille de la pupille, qui semble liée à la confiance dans la décision. Nous nous appuierons également sur des modèles computationnels pour motiver et interpréter nos investigations empiriques. Notre projet est constitué de deux lignes de recherche. Nous étudierons d’une part l’influence de la métacognition sur le comportement d’un agent isolé. Par exemple, nous testerons différentes hypothèses, selon lesquelles la confiance pourrait agir comme un signal de valeur lors de la sélection d’une tâche, et comme un signal de priorité lors de la planification entre différentes tâches. D’autre part, nous étudierons l’influence de la métacognition sur le comportement d’un agent qui reçoit des informations de son environnement et d’autres agents. Par exemple, nous évaluerons comment la surconfiance (qui un problème majeur en finance comportementale) impacte sur l’aptitude de l’agent à ajuster son comportement à des informations externes. Nous nous intéresserons aussi à l’influence de la métacognition dans des situations de coopération ou de compétition entre agents. En résumé, notre projet est un projet de recherche fondamentale, dans le domaine des sciences du comportement. Nous proposons d’étudier la métacognition, c'est-à-dire l’aptitude des observateurs humains à évaluer leurs propres processus cognitifs, à travers les jugements de confiance. A travers notre projet, nous proposons élargit le champ des questions de recherche dans ce domaine, et d’apporter des nouveaux éléments de connaissances sur l’impact de la métacognition sur le comportement. La reconnaissance explicite du rôle instrumental de la confiance permettra d’améliorer les modèles de la prise de décision, et d’enrichir et consolider un dialogue naissant entre la psychologie cognitive et l’économie comportementale.

ANR

2016

EPIQUE — Reconstruire l'évolution des sciences à grande échelle - vers une épistémologie quantitative

L'évolution des connaissances scientifiques est directement liée à l'histoire de l'humanité. Les archives documentaires et bibliographiques comme le « Web Of Science » (WoS) ou PubMed représentent des sources fécondes pour l’analyse et la reconstruction de cette évolution. Le projet de recherche proposé part des travaux de D. Chavalarias et J.-P. Cointet sur l’analyse de la dynamique de corpus évolutifs et la construction automatique de treillis «phylomémétiques» de topics (en analogie avec l'arbre généalogiques des espèces). Les outils actuels sont limités au traitement de corpus de taille moyenne et à une utilisation non interactive. Les contributions attendues se situent à la fois dans les domaines de l'Informatique et des Sciences humaines et sociales. Notre objectif est de développer des solutions plus performantes pour générer et interagir avec des cartes phylomémétiques qui exploitent les avancées technologiques récentes pour la parallélisation des tâches et des algorithmes sur des données complexes et volumineuses. Ces solutions sont conçues et et validées en collaboration avec des experts en philosophie et histoire des sciences sur différents corpus de grande taille.

ANR

2016

ALCoV — Analyses Localisées Comparatives du Vote : défiance, abstention et radicalisation politique dans la France contemporaine

L’objectif du projet ALCoV (Analyses Localisées Comparatives du Vote : défiance, abstention et radicalisation politique dans la France contemporaine) est de comprendre les évolutions des comportements des citoyens face aux transformations contemporaines de la démocratie en France : crise du consentement, abstentionnisme, votes de défiance ou encore choix radicaux comme le soutien au FN. Il s’inscrit dans l’axe 2 du Défi 8 : « Inégalités, discriminations, intégration, radicalisation ». Le projet porte plus précisément sur un dispositif ambitieux d'analyse du vote, et de l'abstention, lors des élections de 2017, d'abord la présidentielle, puis les législatives. L’objectif du projet est de croiser différents dispositifs d'observation de la participation et des choix électoraux et d'articuler approches quantitatives et qualitatives. L'approche quantitative se décline à deux niveaux : d'une part, nous proposons l'exploitation secondaire de l’enquête “Participation” de l’INSEE qui constitue un source particulièrement précieuse pour comprendre les ressorts de l’abstentionnisme électoral et de la non-inscription sur les listes électorales. D’autre part, afin de restituer les dimensions contextuelles du vote, nous étudierons “au microscope” des cas localisés avant, pendant, après l’élection présidentielle et jusqu’aux législatives de juin 2017 : sept circonscriptions choisies en région PACA ; Nord, Pas-de-Calais, Picardie ; Bourgogne Franche Comté ; et Ile-de-France. Un dispositif d’enquête pluriel sera mis en place : dépouillement des listes d’émargement de plusieurs bureaux de vote ; administration de questionnaires sortie d’urnes. Ce volet quantitatif sera doublé par une enquête qualitative sur les circonscriptions choisies, en particulier un ambitieux dispositif d’entretiens panélisés avec des électeurs et des observations sur ces territoires contrastés. En outre nous proposons d'articuler l’analyse des électeurs à celle de l’offre politique : nous mettrons en place un dispositif qualitatif de suivi de la campagne des partis et des candidats (par entretiens et observations). L’originalité du projet est double : appréhender de façon longitudinale les comportements électoraux de l’automne 2016 à l’été 2017 en intégrant les élections législatives (aujourd’hui très peu étudiées) ; croiser des dispositifs quantitatifs et qualitatifs d’observation, à la fois du vote et de l’offre politique, à la fois à l'échelle nationale et sur des cas localisés. Ce projet permettrait en particulier pour la première fois de croiser à grande échelle l'exploitation de données nationale sur la participation et l'abstention et une enquête par questionnaires sortie d’urnes et par entretiens approfondis localisés, l’ensemble étant articulé à une analyse localisée de l’offre politique et du travail de mobilisation électorale sur une séquence longue de mobilisation électorale (de l’automne 2016 aux législatives de 2017).

ANR

2016

JASI — Quels liens entre l'intégration spatiale et économique des immigrants et réfugiés ?

En 2015, la hausse des demandeurs d’asile dans l’Union Européenne s’élève à 85% sur un an. Un tel afflux questionne la capacité des pays d’accueil à intégrer ces immigrés. La notion d’intégration englobe de nombreux aspects mais les dimensions spatiales et économiques s’avèrent centrales. Les étudier simultanément offrirait des indications précieuses sur les politiques en mesure de répondre à ces enjeux. Nous proposons d’explorer ces dimensions à partir du niveau agrégé et individuel. Sur le plan agrégé, l’absence de connaissance des variations locales d’intégration limite l’efficacité de l’action publique. Pour combler ces lacunes, l’intégration économique et spatiale entre villes françaises sera appréciée entre 1968 et 2012, période marquée par la croissance de l’immigration non-Européenne. Nous produirons différents indicateurs d’intégration et étudierons leurs dépendances. Nous conjecturons que les différences d’intégration spatiale entre villes françaises reflètent en grande partie des différences de qualité et de quantité du logement social local. Le logement social va se développer dans les prochaines années car de nombreux pays prévoient de remédier aux besoins des réfugiés par de nouvelles constructions. Nous étudierons quelles caractéristiques de ce logement peuvent affaiblir l’intégration. Nous examinerons comment les politiques du logement social telles que la loi SRU (loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain, 2000 & 2013) ont altéré l’intégration spatiale. Au niveau individuel, nous explorerons le lien entre les trajectoires résidentielles et économiques à partir de données de panel. Nous répondrons aux questions suivantes : les immigrés et réfugiés résident-ils dans des quartiers plus diverses socialement lorsque leur situation économique s’améliore ? Ou alors observe-t-on une ségrégation persistante de certains groupes, même en cas d’intégration économique ? Enfin, la possibilité d’identifier les secondes générations permettra d’approfondir les implications longues de ces dynamiques. Les réfugiés représentant une grande fraction des flux actuels, doit-on s’attendre à ce que leur intégration diffère de celle des autres immigrés ? Les divergences peuvent refléter de moindres capacités sur le marché du travail, ou le fait que la migration des réfugiés ne peut généralement pas être préparée à l’avance. D’un autre côté, l’immigration retour est proscrite à court terme pour les réfugiés au contraire des migrants économiques. Les différences anticipées de durée de séjour devraient inciter les réfugiés à investir dans du capital humain spécifique au pays, favorisant l’intégration. Néanmoins, les migrants économiques et les réfugiés ne sont pas forcément dissemblables dans de nombreux cas. En situation de guerre, l’économie d’un pays s’effondre et la décision de migration repose sur des motifs mélangeant considérations économiques et risques d’atteintes à la sécurité physique. Si les motifs de migration sont « mélangés », l’existence de différences entre migrants est incertaine théoriquement. Nous examinerons empiriquement ces questions. Notre projet exploite des données individuelles jusqu’ici non-accessibles aux chercheurs pour des raisons de confidentialité. L’accès s’effectue à distance par un système sécurisé (acronyme CASD) organisé par l’Institut national de la statistique et des études économiques. Les données disponibles pour la France se singularisent sur le plan international par leur niveau de détail, d’exhaustivité, et de qualité. Pour cette raison, notre analyse considère des dimensions rarement approfondies jusqu’ici.

ANR

2016

DSAFHIR — Droits, Santé et Accès aux soins des Femmes Hébergées, Isolées, Réfugiées

Le projet DSAFHIR associe sciences sociales et épidémiologie pour analyser les mécanismes producteurs d’inégalités sociales et de genre en termes d’accès à la santé et aux protections sociales et légales dans les situations d’asile et de refuge, concernant en particulier la santé sexuelle et reproductive. Porté par l’Observatoire du Samusocial et le Cridup (Université de Paris 1), il vise (1) à mieux identifier les risques spécifiques que rencontrent les femmes migrantes et réfugiées en situation de précarité administrative et sociale, (2) à analyser les éventuels freins structurels à l’accès aux services existants pourtant pensés comme un service public universel et (3) d’interroger la mise en place d’offres de services spécifiques à partir de l’analyse longitudinale d’une cohorte de femmes réparties par tirage au sort en trois groupes d’intervention. La méthodologie mixte (qualitative et quantitative) et interventionnelle s’inscrit dans la double perspective de production de connaissances nouvelles sur les migrations féminines et d’outils d’amélioration des politiques publiques facilitant le recours aux droits et aux soins et les parcours d’insertion sociale.

ANR

2016

EUROPTT — Infrastructures, coopération infrastructurelle et continuité de l'intégration européenne : l'Union des postes et télécommunications européennes

La Seconde Guerre mondiale représente une césure dans l'histoire de l'intégration européenne. Mais jusqu’à quel point ? Même si le processus d'intégration européenne est de plus en plus inséré dans des développements de longue durée, ancrés dans le XIXe siècle, la guerre reste en tant que telle une césure profonde dans la plupart des travaux. Le présent projet souhaite interroger cette césure classique de manière critique en étudiant la coopération des États européens pour la régulation des réseaux d'infrastructures transfrontaliers pendant la Seconde Guerre mondiale et en corrélant les développements de cette période aux évolutions antérieures et postérieures. Dans ce cadre, l'accent sera mis sur l’Union des postes et télécommunications européennes (Europäische Post und Fernmeldeverein). Cette organisation internationale fondée en 1942 sur une initiative germano-italienne, avec une large base de membres européens, mérite attention. Le travail original qu’elle a mené en toute stabilité pendant deux ans témoigne aussi de nombreuses continuités avec les développements à l’œuvre avant 1939 et après 1945. La thèse de départ est que non seulement l'intégration européenne a été poursuivie dans ces secteurs socioéconomiques décisifs que sont les infrastructures, en dépit des fractures politiques, idéologiques et militaires des années de guerre, mais que cette dernière a approfondi la dynamique, jouant un rôle catalyseur sur le continent. Dans ce contexte, les relations franco-allemandes complexes car faites à la fois de collaboration, de coopération et de conflit ont joué un rôle clé. Ce projet franco-allemand est structuré en trois axes de travail interdépendants : (1) l'Europäische Post und Fernmeldeverein pendant la guerre (2), les continuités, discontinuités et césures dans la coopération dans les domaines des postes et des télécommunications d’un après guerre à l’autre et (3) la comparaison à d'autres réseaux d'infrastructures. En rassemblant des spécialistes français et allemands aussi bien de l'histoire de la coopération européenne dans les infrastructures en général et les postes et les télécommunication en particulier, que de l'historiographie franco-allemande, et de l'histoire de l'intégration européenne, il promet une articulation novatrice de ces différents champs autour d’un objet méconu mais clairement circonscrit. Enfin, ce projet vise également à créer des passserelles entre les sites impliqués en Allemagne et en France, ainsi qu’entre les réseaux de recherche existants afin d'ouvrir de nouvelles perspectives en termes de contenu et d’institutions à la collaboration scientifique franco-allemande.

ANR

2015

STORISK — Les petites îles face au changement climatique: vers des trajectoires de risque et d'adaptation

Le projet STORISK (48 mois) vise à développer et à appliquer un protocole méthodologique transdisciplinaire permettant d’améliorer la connaissance et la compréhension de la vulnérabilité et de la capacité d’adaptation des sociétés des petites îles tropicales aux événements extrêmes d’origine climatique (cyclones tropicaux, houles distantes, phénomène ENSO) et aux changements graduels dus au réchauffement du climat (élévation du niveau marin et augmentation des températures océaniques) et à l’acidification des océans. Dans cette perspective, ce projet s’appuie sur deux approches complémentaires fondées sur les concepts de Chaînes d’impacts et de Trajectoires de vulnérabilité, qui ont été mis au point par les principaux contributeurs au projet et font actuellement l’objet de développements méthodologiques. Ces derniers doivent permettre de reconstruire des Chaînes d’impacts complètes d’événements climatiques extrêmes et du changement climatique, ainsi que les Trajectoires de vulnérabilité de petites îles tropicales, à la fois montagneuses et basses. Ces deux approches sont complémentaires, en ce que la première permet d’appréhender la vulnérabilité à travers l’analyse approfondie des impacts des événements extrêmes et des changements graduels (résilience incluse) alors que la seconde décrypte les processus d’aménagement et de développement du territoire afin de cerner, à travers l’analyse de ses forces et faiblesses, les causes profondes de sa vulnérabilité. L’hypothèse centrale sur laquelle repose ce projet est que les petites îles tropicales présentent des profils de vulnérabilité variés, et connaîtront à partir de là des « trajectoires de risques » diversifiées dans le contexte du changement climatique. Les deux principaux enjeux scientifiques des développements méthodologiques réalisés dans le projet STORISK sont premièrement, d’intégrer de manière adéquate les différents champs de connaissance concernés par les risques actuels et futurs (des modèles climatiques et de submersion à la perception des risques, à l’intégration des dimensions socioéconomiques, et à la maladaptation), et deuxièmement de prendre en compte et d’évaluer les incertitudes (source, ampleur, implications en termes de vulnérabilité) afin de proposer une approche robuste des risques futurs à l’échelle locale. Sur la base d’une approche dynamique de la vulnérabilité (trajectoire plutôt qu’état à un instant t), fondée sur la prise en compte de l’ensemble des facteurs et des processus qui contrôlent son évolution, STORISK entend faire progresser la connaissance sur la vulnérabilité future des petites îles et, au-delà, des espaces côtiers. L’approche proposée dans STORISK permet de traduire les risques côtiers liés aux aléas actuels et au changement climatique en « trajectoires de risque ». Ces trajectoires concrètes et robustes, car enracinées dans les caractéristiques passées et actuelles des territoires, permettront d’engager des échanges concrets avec les acteurs concernés aux niveaux local, national et régional, sur les stratégies de réduction des risques et d’adaptation au changement climatique. Ce projet porte principalement sur les îles françaises de l’océan Indien (La Réunion et les Iles Eparses) et du Pacifique central (Polynésie Française). Il inclut des îles peu ou pas perturbées par les activités humaines (inhabitées ou rurales) et d’autres fortement perturbées (ex. : capitale d’atoll) afin de pouvoir déterminer les contributions respectives des facteurs naturels et anthropiques à la vulnérabilité. La mise en perspective de la situation des îles étudiées avec celle d’autres îles des mêmes régions océaniques (Seychelles, Kiribati et Iles Cook) permettra de dégager des enseignements plus généraux.

ANR

2015

GREENGO — Nouveaux instruments de gouvernance pour la transition énergétique : le rôle des ONG

La réussite de la transition énergétique exige des modifications radicales de nos économies. Ce projet de recherche part d’un double constat. Tout d’abord, des organisations non-gouvernementales (ONG) de plus en plus nombreuses et puissantes, particulièrement dans le domaine de l’environnement, deviennent un levier majeur de transformation des marchés, de la société et des politiques publiques. Et pourtant leur analyse économique est encore balbutiante. Les ONG sont devenues des acteurs centraux des processus d’élaboration des politiques économiques ainsi que les initiateurs de débats publics sur les besoins de politiques environnementales. Elles jouent un rôle essentiel dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques en fournissant au public des informations diverses sur l’état de l’environnement, en portant à sa connaissance les problèmes sociaux et environnementaux et en mobilisant des militants pour mener des actions visant à infléchir les politiques publiques. Elles augmentent également les incitations des entreprises à s’autoréguler. Dans ce contexte, il paraît crucial de parvenir à une meilleure compréhension des comportements et des stratégies des ONG environnementales. Ce type d’analyse a pourtant été relativement négligé dans la littérature académique. La plupart des travaux existants relèvent des sciences politiques, de la sociologie, de la socio-économie, du management et de l’éthique des affaires. Or les économistes disposent d’outils et d’approches (économie expérimentale, économie politique, économie de l’information) qui pourraient utilement compléter la littérature existante. Le but du projet GREENGO est de contribuer à combler cette lacune. La démarche adoptée se situe fondamentalement dans le registre de l’économie, théorique et appliquée. Les ONG environnementales sont toutefois des agents politico-économiques dont les objectifs restent à éclaircir. Afin d’établir des fondements solides et cohérents à la formalisation de leurs objectifs et comportements, l’analyse économique intègrera les contributions de la littérature en sociologie économique à ce sujet. Le projet traite de six grandes questions. (1) Comment les objectifs et les contraintes des ONG environnementales peuvent-ils être analysés et modélisés ? (2) Quelles sont les stratégies utilisées par les ONG dans leurs interactions avec les entreprises ? (3) Comment influencent-elles les comportements des entreprises ? Quel est l’effet de leurs actions sur les profits des entreprises ? (4) Comment influencent-elles la perception par les parties prenantes des comportements des entreprises vis-à-vis de l’environnement et de la société ? (5) Comment et pourquoi les ONG vertes se concurrencent-elles entre elles, coopèrent-elles avec les entreprises et les gouvernements ou s’impliquent-elles dans les négociations internationales ? (6) L’action des ONG environnementales est-elle un substitut ou un complément aux politiques publiques traditionnelles et quelle est leur contribution à la transition énergétique ? Répondre à ces questions impose de définir un cadre d’analyse unifié qui puisse rendre compte des choix des ONG environnementales parmi tous les comportements et stratégies envisageables. Une base de données sera constituée sur la base d’articles de presse et de l’analyse des sites web des ONG, afin de permettre de tester empiriquement les prédictions des modèles théoriques.

ANR

2015

PhantoMovControl — Franchir les limites des prothèses myoélectriques de bras: contrôle naturel par mouvements fantômes

Parmi les raisons du rejet des prothèses myoélectriques après une amputation de bras, le nombre réduit d'articulations actives qu'offrent ces prothèses et la complexité des contrôles proposés figurent au premier plan. Parmi les approches de commande actuelles, aucune n'a expérimenté l'utilisation des conséquences de la réorganisation neuromusculaire après l'amputation. Cette réorganisation, responsable de l'apparition d'un membre fantôme mobile chez 77 % des sujets amputés du membre supérieur, génère pourtant au niveau des muscles du membre résiduels des activités myoélectriques spécifiques corrélées aux mouvements du membre fantôme.Nous avons récemment observé que cette réorganisation neuromusculaire induit l'apparition de sous-volumes musculaires fonctionnellement distincts au sein d'un même muscle (cad s'activant de façon distincte et indépendante au sein d'un même muscle en fonction du type de mouvements fantômes exécutés). L'objectif principal du projet PhantoMovControl est de proposer une nouvelle approche de commande exploitant une mesure haute résolution de cette activité myoélectrique du membre résiduel associée aux mouvements du membre fantôme. Notre approche permettra un contrôle naturel et intuitif de nombreux degrés de libertés motorisés et ce sans entraînement lourd : les patients n'auront qu'à exécuter un mouvement de leur membre fantôme pour que la prothèse mime ce geste. L'objectif de ce projet est de développer en 3 ans un kit de contrôle pour les prothèses polydigitales disponibles et de rapidement transférer notre approche de commande aux domaines clinique et commercial. Ce kit de contrôle sera constitué d'une matrice d'électrodes pouvant être placées au contact du membre résiduel dans l’emboîture de la prothèse (éléctrodes ultra-fines sans fils montées sur un support extensibles) et d'un boîtier de contrôle réalisant la classification en temps réel de l'activité myoélectrique associée aux mouvements du membre fantôme et le contrôle de la prothèse polydigitale. Les matrices d'électrodes jusqu'ici disponibles ne correspondant pas à nos exigences, un partenaire industriel spécialiste de cette technologie a été ajouté à notre consortium académique afin d’accélérer le transfert de nos résultats au monde de l’industrie prothétique. Dans le but de rendre ce mode de contrôle robuste et personnalisable (adapté à la variabilité intra et inter-patients), nous étudierons la réorganisation neuromusculaire post-amputation afin d'obtenir des connaissances théoriques sur ces signaux myoélectriques associés à l'action fantôme (leur évolution dans le temps et après entraînement ; leurs variations dues aux mouvements combinés du membre résiduel) pour assurer la capacité du système à fonctionner en tout circonstances. En parallèle, nous étudierons les différents phénomènes anthropologiques, sociaux et culturels qui conditionnent l'appropriation par les patients des technologies d'appareillage prothétiques, afin d'adapter au mieux nos recherches aux attentes réelles des patients. Notre consortium multidisciplinaire, mêlant sciences humaines et sociales, neurosciences et ingénierie, est constitué de 3 partenaires scientifiques (ISM, ISIR, CETCOPRA), 1 partenaire clinique (IRR) et 1 partenaire industriel (Microvitae), qui interagiront dans le cadre de 5 tâches principales. Les ressources principales demandées sont un ingénieur pour le développement des plateformes expérimentales et des algoritmes de commande (ISIR), un chercheur postdoctoral pour l’étude de la robustesse de l’EMG et son évolution après entraînement (ISM), et un ergothérapeute pour l’évaluation fonctionnelle et un prothésiste pour l’adaptation de la prothèse (IRR). Nous sommes convaincus que cette nouvelle interface fonctionnera de façon symbiotique avec la neuroplasticité sous-jacente et ainsi stabilisera le contrôle des mouvements fantômes et leur EMG associé et donc de la prothèse ce qui résultera en une appropriation rapide par le patient de cette technologie.

ANR

2015

PUR — Pôles URbains

Selon Laurence Smith “by mid-century (...) the world (...) will have titled its political and economic axes radically to the north” (The New North – the world in 2050, 2010). Quoiqu’il advienne, 4 questions clés d'intérêt global sont d’ores et déjà identifiées en Arctique: la croissance démographique et les migrations, la demande de ressources naturelles, le changement climatique et la mondialisation. Il y a trois ans, les Nations Unies posaient la question en ces termes: «La croissance rapide de la population de l'Arctique ... et sa concentration croissante dans les agglomérations urbaines a des implications importantes pour les écosystèmes fragiles du Nord. Les pressions de l'urbanisation dans l'Arctique sont comparables à celles d'ailleurs, mais sont amplifiés par les défis du climat et de l'éloignement » (GEO-3: chap. Urban growth in the Arctic, 2012). De fait, les régions circumpolaires connaissent une normalisation via la mondialisation. Les légendaires Passage du Nord-Ouest et du Nord-Est deviennent de nouvelles routes commerciales capables de réduire le temps et le coût du transit de marchandises entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique du Nord. Le changement climatique (CC) constitue l'un des principaux facteurs de ce changement global transformant fondamentalement la zone boréale : ses écosystèmes, ses gouvernements, ses économies, son peuplement et ses cultures. En outre, le GEIC (2007) prévoit une accélération de ces transformations au cours du prochain siècle du fait que le réchauffement sous ces latitudes devrait être au moins 2-3 fois plus élevé qu'ailleurs. Les réponses directes (tempêtes, élévation du niveau de la mer, fonte du pergélisol…) auront des répercussions écologiques et sociétales plus grandes. Ainsi, le CC doit être replacé dans le cadre du développement économique (urbanisation, extraction des ressources) qui le renforcera dans une boucle de rétroaction positive. Pourtant, on dispose de peu de connaissances sur l'urbanisation en cours en Arctique. Dans quelle mesure le Nord, hier une frontière pour l'économie de marché, aujourd'hui sa périphérie, peut devenir demain une nouvelle région centrale ? En dépit de cette question brûlante et émergente, cet objet est rarement représenté dans la recherche nationale et internationale. Par conséquent, le sujet est original avec un fort potentiel. Ce projet vise à créer, analyser et diffuser une base de données sur le peuplement et sa dynamique en particulier les migrations et le processus d'urbanisation dans les régions boréales afin de discuter des concepts de vulnérabilité et durabilité dans un environnement extrême soumis à la mondialisation. En effet, les Pôles URbains (PUR) seront plus nombreux et plus peuplés (ex : des ports pourraient apparaître en réponse à l'augmentation de la navigation commerciale et touristique). Les PUR jouent un rôle clé dans ce développement attirant des populations souvent non-polaires. L'identité polaire de ces néo résidents est d'une grande importance tant pour les autorités locales que pour le développement durable. L'originalité du sujet est renforcée par l'originalité des méthodes avec des sorties importantes. Cinq lots de travaux se complètent, fournissant une analyse multi-niveaux avec approches méthodologiques des approches essentiellement quantitatives de couplage (vue de dessus: SIG, analyse spatiale, télédétection) avec une approche qualitative basée sur la perception individuelle (vue de dessous: enquêtes sur le terrain avec entrevue en profondeur). Le projet comprend deux réflexions transversales sur la ville durable et la mobilité et de l'identité. Loin de chercher un modèle uniforme, l'approche comparative conduit le projet en questionnant la notion de déterminisme. A la fin, le projet permettra de présenter la complexité des modèles géographiques de développement dans le Nord et de fournir une grille de lecture de la durabilité et de la vulnérabilité des communautés et des territoires du Nord.

ANR

2015

PIAF — La vie sociale et politique des papiers d'identification en Afrique

Ce projet propose d’étudier la « gouvernementalité des papiers » en Afrique subsaharienne, de l’après-guerre à l’époque actuelle de diffusion globale des normes biométriques d’identification. Le constat de départ de cette recherche est la quasi absence de travaux sur les documents identificatoires en Afrique alors même qu’une grande partie des crises que traversent les sociétés africaines contemporaines sont des crises de la citoyenneté qui portent sur la question des droits et mettent en jeu les supports juridiques et politiques de leur reconnaissance, au premier rang desquels les « papiers » (cartes d’identité, d’électeurs, de séjour, de parti politique, extraits de naissance, mais aussi titres fonciers, permis de conduire). En revisitant certaines situations de crise à l’aune des « papiers », le projet interroge la corrélation qui semble s’observer entre dispositifs d’attestation identitaire et violence politique. Le projet ne se limite pas cependant aux situations de conflit. Notre démarche comparative entend au contraire mettre en regard l’usage des papiers en conjoncture de crise et en conjoncture routinière pour analyser les rapports ordinaires des citoyens à la sphère publique. S’inscrivant dans le renouvellement des travaux sur les documents identificatoires en Europe, ce projet entend cependant dépasser la perspective étatiste en pensant ensemble les papiers d’identification comme technologies de pouvoir et instruments de centralisation politique d’une part, et comme vecteurs matériels de l’émergence de nouvelles subjectivités morales et politiques de l’autre. L’attendu de ce projet est donc de produire une réflexion novatrice, empiriquement ancrée, sur la diffusion de la raison bureaucratique – formelle et informelle - et les pratiques de la citoyenneté en acte. Cette double hypothèse se décline en deux axes de recherche. Le premier vise à analyser, dans la moyenne durée, le processus d’encartement des individus et la bureaucratisation de l’identification pour revisiter la formation de l’Etat et de la citoyenneté en Afrique. Trois séquences historiques seront examinées : celle du colonialisme tardif, moment liminaire de l’individuation citoyenne des sujets impériaux ; la période des partis uniques ; et enfin celle des processus de démocratisation et des crises de la citoyenneté. Le second axe de recherche vise à étudier « par le bas » la vie sociale des « papiers ». Partant du constat d’une pluralisation/privatisation des dispositifs d’identification, il s’agit d’explorer la diversité des instances de production des documents identificatoires et la complexité des rapports que les individus nouent à ces documents et institutions. Les enquêtes de terrain documenteront empiriquement les modalités de cette pluralisation du gouvernement des papiers et sa diffusion dans le corps social pour tester l’hypothèse d’une appropriation populaire des pratiques et des imaginaires bureaucratiques. Le projet vise enfin à analyser la culturelle matérielle des « papiers » pour mettre au jour le « sens pratique » qui se constitue autour des pièces identificatoires et qui donne à voir un certain rapport aux autorités. La démarche de ce programme repose sur une approche comparatiste continentale, croisant des études de cas qui seront menées dans dix pays d’Afrique subsaharienne, francophones et anglophones : Afrique du Sud, Cameroun, Côte d’Ivoire, Kenya, Mali, Mauritanie, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Sénégal. Le projet mobilise deux partenaires institutionnels en France, complémentaires en termes de disciplines et d’expériences (le Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po et l’Institut des mondes africains (IMAf)), des collaborations universitaires africaines (dont Wits University à Johannesburg) et quinze chercheurs, historiens, politistes et anthropologues, spécialistes des questions de citoyenneté sur leurs terrains respectifs.

ANR

2015

UTTO — Le Transfert des Technologies Universitaires et son Optimisation

Economistes et responsables publics s'accordent désormais sur l'effet positif des connaissances académiques sur la croissance des états et des économies locales. Le Bayh-Dole Act introduit aux USA dans les années 80, est l'initiative politique clef. Plusieurs observateurs suggèrent que le succès technologique des USA repose en grande partie sur ce nouveau modèle commercial de transfert de technologies. Des réformes similaires ont depuis été introduites dans de nombreux pays et la plupart des universités de recherche et des organismes publics de recherche ont fondés des services de transfert de technologies (TTO) qui commercialisent les connaissances académiques et managent les droits de propriété. En France, ce nouveau modèle a été introduit via une série de réformes, dans l'objectif d'accroître les rendements économiques et sociaux de la recherche publique. Nous montrons, dans cette proposition de recherche, grâce à une première analyse sur les données françaises que nous souhaitons étendre et fiabiliser dans ce projet, que si les brevets universitaires ont significativement augmenté dans la dernière décennie (pour atteindre 14% des familles de brevet en 2012), ceci est principalement dû à une modification de la structure de propriété des brevets académiques, laquelle s'accompagne d'une évolution contrastée de leurs indicateurs de qualité. Ces données et premiers résultats, nous permettent de poser de nouvelles (ou de renouveler) certaines grandes questions. Les incitations académiques traditionnelles sont-elles “alignées” avec le nouvel objectif de contribuer au transfert de technologies? Les différents scénarios de transfert sont-ils associés à différents niveaux d'efficacité, et si oui, pourquoi? Quels sont les impacts réels des changements récents de législation et des nouveaux instruments de transfert de technologie? Pour répondre à ces questions, nous devons nous appuyer sur une compréhension micro-économique fine de ce nouveau modèle commercial, lequel repose essentiellement sur le jeu entre les trois principaux acteurs du transfert: le professeur (ou le chercheur), le TTO et l'entreprise. En outre, nous construirons une base de données très récente et complète, en appariant, au niveau des individus, informations personnelles, données de brevet, de publication et de financement sur projet. La France est ici considérée comme une étude de cas à part entière. Aucune étude aussi vaste, détaillée et précise n'a jamais été réalisée. Une enquête auprès d'inventeurs académiques, des entretiens de TTO, ainsi que des études de cas sur les sites de Bordeaux et Strasbourg seront réalisées lorsque les données ne sont pas disponibles au niveau national. Nous proposons, en outre, d'identifier l'impact de politiques ayant ciblé une partie de la population de référence et en mettant en évidence les comportements différenciés des “traités” et des contrôles. Nous étendrons aussi nos investigations au niveau Européen et exploiterons des variations de politiques entre pays dans le temps. Notre objectif est d'offrir des recommandations de politique publique permettant d'améliorer (idéalement d'optimiser) le transfert de technologies. Les membres de l'équipe sont experts dans le domaine des brevets et du transfert de technologies. Ils sont répartis sur quatre sites, mais plusieurs d'entre eux ont déjà collaboré. La cohésion de l'équipe, incluant la connexion forte avec l'OST (comme fournisseur de données) permettra le respect des délais. De nouvelles collaborations fructueuses seront réalisées, grâce à la réunion d'expertises en microéconomie, sur les pratiques de transfert, en micro-économétrie appliquée, sur les techniques d'identification sur données d'observation et sur différentes méthodes de collecte de données. Le projet devrait, enfin, contribuer à l'établissement d'une base de recherche française sur le transfert de technologies académiques, en lien avec les responsables des politiques publiques, les praticiens et les étudiants.

ANR

2015

COLEMON — Collégiales et monastères de la réforme carolingienne au Concile de Trente (816-1563)

Ce projet a pour but de constituer et d’analyser le corpus des monastères et des collégiales de l’espace français entre 816 et 1563. Son objectif est de comprendre les ressorts de l’implantation et de l’évolution de ce réseau d’établissements qui sont les maillons essentiels de la géographie ecclésiastique entre cathédrales et églises paroissiales. En partant des deux bases de données en cours de constitution qui les décrivent institutionnellement et physiquement et en intégrant la reconstitution des frontières diocésaines, sera élaboré un silo de données moissonnables qui, utilisé avec un environnement interactif d’interrogation, de visualisation et de stockage, produira à la demande des chercheurs, des cartes évolutives permettant des analyses spatiales et chronologiques de ces réseaux. Ce silo, un serveur de données géographiques, une application Webmapping et des publications issues des séances de travail entre membres du projet seront proposés à des publics variés (chercheurs spécialisés en SHS et grand public) dans un portail Web abrité par le TGIR Huma-Num.

ANR

2015

ECOPPAF — Économies de la peine et de la prison en Afrique

La prison est la figure archétypale de l’enfermement. La peine de prison n’a été véritablement inscrite dans les codes pénaux d’Europe occidentale qu’à la fin du XVIIIe siècle de même qu’aux Etats Unis. Progressivement, ce modèle punitif est diffusé d’un continent à l’autre, à la faveur notamment des empires coloniaux et au service de la conquête et du maintien de l’ordre, sous couvert de civiliser les sociétés présentées comme primitives et dans une logique raciale. Dans les pays occidentaux, l’institution répond à un impératif moral qui réfute désormais l’existence des châtiments corporels, des supplices et de la mise mort des condamnés sur la place publique. Dans les colonies, l’introduction de la prison ne relève pas d’une importation « terme à terme » mais repose sur une traduction locale en fonction du projet colonial et des contextes culturels et sociaux locaux. Selon les grilles de lecture en présence, la prison oscille entre plusieurs fonctions : celle de punir et d’exclure, celle de réinsérer (par la mise au travail) et celle de produire de la richesse tout en dominant des pans entiers de populations. Depuis sa création, elle n’a cessé d’être l’objet d’un débat, principalement dans les Etats démocratiques, où l’on pointe constamment du doigt son échec à réinsérer. L’institution carcérale ouvre l’analyse à un vaste champ de réflexion sur les rapports de pouvoir et de domination. Elle apparaît comme la peine des pauvres, participe à la reproduction des inégalités. Elle est en lien avec certains espaces, urbains en particulier (la favela, le ghetto américain, le slum ou « la banlieue »). En 2002, Loïc Wacquant souligne la faiblesse des ethnographies sur les prisons. On peut ajouter que ces ethnographies concernent majoritairement les sociétés industrielles et postindustrielles occidentales. Sur le continent africain, seule l’Afrique du Sud semble faire exception (en raison de la démocratisation du pays et de la fin de l’apartheid). La prison en Afrique reste au mieux le domaine des historiens. A son absence dans les travaux de sciences sociales, répond également le silence du débat public la concernant sur le continent africain. La prison reste un objet mineur des sciences sociales, en Afrique, alors même qu’elle peut ouvrir le débat sur les dynamiques des sociétés africaines contemporaines, entre coercition, contrôle des populations les plus pauvres (dont la jeunesse urbaine, nombreuse et confrontée au sous-emploi) et pacification des relations sociales. L'étude des prisons en Afrique permet d'interroger "l'Etat au travail". Dans une optique comparative et pluridisciplinaire, l’enjeu principal de notre projet réside donc dans la volonté d’inscrire la question carcérale en Afrique dans le champ des études en sciences sociales. Il est nécessaire de saisir les diverses expériences carcérales et la complexité des modes de punition. La prison ne revêt pas une forme universelle, elle n’est pas non plus totalement prédéterminée par son contexte culturel. Elle est le résultat d’une négociation entre des modèles et des contextes qui sont à la fois sociaux, politiques, spatiaux, historiques et culturels. Ce projet vise ainsi à dé-exotiser la prison en Afrique, à voir comment « la prison » fait sienne les modèles en présence, comment elle les singularise, à plusieurs échelles de temps et d’espace. Ce faisant, à travers la prison africaine, on interroge les logiques globales relatives aux politiques de l’enfermement, tout en faisant également entendre la voix du continent. Dès lors, notre projet se place dans un double contexte, celui des études carcérales et celui des études des sociétés et Etats africains. Partant d’une ethnographie de la prison puis la dépassant, il doit permettre d’engager la réflexion sur l'Etat de droit, la réforme des Etats en Afrique et les enjeux de démocratisation allant de pair avec la lutte contre les inégalités.

ANR

2015

RosesMonde — Création, patrimonialisation et marchandisation dans le monde des roses

Objets vivants de culture et de nature, les plantes ornementales sont entrées dans le domaine du patrimoine dans les années 1970-80. Redonnant valeur à des variétés tombées en désuétude, cette patrimonialisation se nourrit d’une critique esthétique de l’offre horticole et d’une critique de la marchandisation. L’originalité de la création dans ce secteur est son caractère hybride, à la fois création à vocation esthétique et obtention fondée sur des savoirs génétiques. RosesMonde s’intéresse à cette hybridité créative et à son intrication avec les logiques de patrimonialisation et de marchandisation du capitalisme esthétique, à travers un produit : la rose, au carrefour des industries culturelles et de l’agro-business. Comment la création variétale rosicole enregistre-t-elle la tension entre marchandisation et patrimonialisation, au cœur des dynamiques sociales et politiques actuelles ? Pour répondre à cette question, un consortium associant des chercheurs en SHS (géographes, historiens, économistes et sociologues) à des généticiens mettra en œuvre une approche comportant trois entrées : par les variétés, par les acteurs, par les lieux, avant de déboucher sur des études de cas à valeur heuristique et synthétique. L’entrée par les variétés sera centrée sur la diversité variétale, considérée comme construction. A partir des sources historiques et des ressources génétiques, les obtentions du XXe siècle seront étudiées pour mesurer la diversité génétique (marqueurs microsatellites, SSR), phénotypique (formes, couleurs, parfum, port, etc.) et culturelle (critères de sélection liés aux modes, usages, exigences de production et de consommation). L’analyse génétique portera sur 1400 variétés postérieures à 1900 choisies en fonction de leur représentativité pour les différents segments du marché, à différentes dates. Un sous échantillon de 384 individus permettra le séquençage des gènes intervenant dans des caractères esthétiques et agronomiques. Ces analyses pointeront les facteurs de l’innovation lors de la création variétale, en croisant les données de la base génétique utilisée par les obtenteurs et leurs critères de sélection, notamment esthétiques et culturels. En effet, à partir d’enquêtes auprès des obtenteurs, éditeurs, producteurs, français, européens et africains, l’entrée par les acteurs tentera de comprendre la construction de leurs cahiers des charges et la hiérarchisation de leurs critères de sélection et de création. En croisant approches économiques et sociologiques, on comprendra les logiques sociales, esthétiques voire éthiques de la création et les modalités de son insertion dans la dialectique marchandisation/patrimonialisation, de sa rémunération par la PI et de ses effets dans les chaines de coopération. Une enquête complémentaire utilisera trois bases de données (INRA, OCVV, BVD) pour cerner la diversité des entreprises créatrices. L’entrée par les lieux mobilisera plusieurs échelles. D’abord, l’échelle globale pour voir où sont produites quelles variétés, par quels types d’entrepreneurs ? Ensuite, l’échelle métropolitaine, travers les exemples aquitain et parisien, pour cartographier la mise en marché, l’offre variétale et leurs contextes métropolitains et lier distinction esthético-consumériste et dynamiques socio-spatiales. La comparaison circuits courts et circuits longs soulignera combien les critères «écolo-nomiques» se combinent aux critères esthétiques pour hiérarchiser et segmenter la demande. Enfin, des études de cas synthétiques s’intéresseront à des variétés, des acteurs et des événements- emblématiques qui incarnent les logiques de patri-marchandisation comme les processus de co-construction de la création. Au total, nous observerons la création rosicole condenser les paradoxes du Monde contemporain et en exprimer les ambiguïtés socio-politiques dans le sens où la démocratisation consumériste semble y accélèrer l’utilisation des critères patrimoniaux et environnementaux à des fins distinctives.

ANR

2015

PATRIMONDI — Les enjeux de la « patrimondialisation » ou la fabrique touristique du patrimoine culturel dans la mondialisation : Modèles globaux, recompositions identitaires, hybridations

Le projet PATRIMONDI explore la façon dont les dynamiques de la patrimonialisation interfèrent avec les mobilités touristiques et les circulations mondiales (de personnes, d’idées, de capitaux, d’images). L’analyse est sous-tendue par l’hypothèse d’un nouveau régime de patrimonialisation caractérisé par une coproduction touristique du patrimoine dans les dynamiques de mondialisation. Elle permettra de dépasser l’analyse classique d’un élargissement continu du champ patrimonial, pour définir et analyser les modalités contemporaines et nouvelles de sa production. Le néologisme de patrimondialisation, par son jeu sur l’assonance entre patrimonialisation et mondialisation, pense une tendancielle sortie des interférences historiques entre patrimonialisation et construction nationale, au profit d’une mondialisation du patrimoine, mais aussi d’une mondialisation par le patrimoine. Le projet innove en abordant ensemble, et dans leur co-construction mutuelle, les dynamiques de la mondialisation, du patrimoine et du tourisme, traditionnellement conceptualisées dans des champs scientifiques distincts. Il s’agit de déconstruire les classiques oppositions entre patrimoine et tourisme d’une part, patrimoine et mondialisation d’autre part, trop souvent réduites à une opposition territorialisation-singularité versus déterritorialisation-homogénéisation, et de déplacer la problématique vers la construction d’un mondial patrimonial. Une telle approche, centrée sur les concepts, notions, normes et pratiques patrimoniales et touristiques qui circulent, et parfois s’hybrident, à l’échelle mondiale, relativise les conceptions « Nord-Sud » du patrimoine. La méthodologie proposée est comparatiste. La sélection de 5 biens emblématiques de la mondialisation du et par le patrimoine [3 biens inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO (Angkor, le Vieux Québec, Marrakech), 1 bien du patrimoine mondial immatériel inscrit sur la liste de l’UNESCO (le tango), 1 bien national produit de l’internationalisation (les concessions internationales de Tianjin)] vise à étudier les relations entre échelles (locale, nationale et mondiale) qui s’y construisent et qui les construisent. Ces exemples seront traités selon une grille d’analyse croisée afin de dégager les « nœuds », les « passerelles », les « limites » de la façon dont ils s’inscrivent dans un contexte de mondialisation. Tout en s’ancrant dans la contemporanéité, l’approche proposée abordera la constitution dynamique de la mondialisation (« worlding » selon Cochrane et Passmore 2001) des biens patrimoniaux, dans le passé [analyse de la « généalogie » patrimoniale, non sans liens avec une approche géohistorique de la mondialisation (Braudel, 1985 ; Grataloup, 2007)] et dans l’avenir (approche prospective). La montée en généralité du travail de terrain sur les 5 biens sélectionnés réalisé suivant une méthodologie qualitative (entretiens, observation, sources écrites, archives), sera couplé avec une analyse quantitative de l’ensemble des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO (1007 en 2015) via les réseaux sociaux (analyse de plusieurs milliers de photographies et commentaires postés). Cette analyse permettra de saisir la circulation des représentations des visiteurs du Patrimoine mondial et leurs pratiques, mais aussi les limites et les résistances. Dans un contexte où le tourisme devient un « genre commun » (Lussault, 2007), où le patrimoine propose une grille de lecture du monde et se structure en réseau mondial, formant un « heritagescape » (Di Giovine 2009), l’analyse conjointe du patrimoine et du tourisme dans et par la mondialisation revêt des enjeux majeurs, politiques, géopolitiques, économiques, identitaires et culturels, qui sont à explorer à la fois localement et globalement. C’est ce que se propose de faire ce projet dont les implications sont à la fois théoriques (exploration et analyse du concept de patrimondialisation) et opérationnel.

ANR

2015

FIRE — Interdépendances financières et réelles : volatilité, ouverture internationale et politiques économiques

La crise actuelle trouva initialement son origine dans la baisse des prix immobiliers aux Etats-Unis. La crise des subprimes a eu un impact plus global parce que des actifs toxiques faisaient partie des portefeuilles d'actifs détenus par des institutions privées. Aujourd'hui, on peut constater leurs effets financiers et réels, à travers leurs implications sur les activités financières et réelles d'un grand nombre de pays. Le second point important que nous enseigne la crise actuelle est qu'elle commença comme un phénomène local, mais se propagea assez rapidement à travers le monde entier. Parce que nous vivons dans un monde globalisé et les marchés sont interdépendants, cela facilita la transmission de la crise, initialement localisée aux Etats-Unis, aux autres pays. En ce sens cette crise est différente de celles qui ont eu lieu au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle et qui ont été plus locales car affectant un nombre limité de pays (la crise asiatique des années 90). Il y a cependant de grandes similitudes avec la Grande Dépression des années 30 malgré la différence notable que la propagation a été plus rapide de nos jours à cause de la plus forte intégration internationale. Le troisième enseignement principal concerne les politiques économiques. Alors que les autorités monétaires et fiscales ont d'abord réagi en utilisant des instruments et des règles standards, il y a maintenant un consensus pour conclure que nous sommes dans une situation économique exceptionnelle, signifiant que de nouvelles politiques économiques doivent être envisagées. On peut par exemple avoir en tête la définition de nouvelles règles de politique monétaire ou l'élaboration de politiques fiscales tenant compte de niveaux élevés d'endettement public. Ces trois aspects importants nous demandent de comprendre de manière plus approfondie les interdépendances entre les sphères financières et réelles des économies. Les effets réels de la volatilité des actifs et l'éclatement de bulles vont être étudiés en présence ou non d'imperfections financières. Les mécanismes de transmission à une économie globale vont être examinés en tenant compte des sphères réelles et financières. Bien sûr, dans ce contexte, de nouvelles politiques monétaires et fiscales doivent être envisagées. Dans cette perspective, ce projet qui se focalise sur les interdépendances financières et réelles sera organisé suivant les trois parties suivantes : - Partie 1 / Tâche 1 : Effets réels des bulles et des actifs financiers Nous nous focalisons sur l’évaluation des actifs financiers et des bulles rationnelles. Nous sommes concernés par leur volatilité et leurs effets réels. Un effort particulier sera consacré aux implications provenant de l’hétérogénéité des agents et des imperfections financières. Cette dernière partie sera analysée en fournissant des fondements microéconomiques appropriés aux imperfections financières. - Partie 2 / Tâche 2 : Mécanismes de transmission des échanges internationaux et ouverture internationale Nous étudions le lien entre sphères financières et réelles dans des économies ouvertes. Nous nous focalisons en particulier sur le rôle de l’ouverture internationale sur l’évaluation des actifs, les bulles et la croissance. Notre but est d’examiner les arbitrages qui ont lieu entre les marchés des biens et des actifs, l’existence et la propagation de bulles spéculatives et les effets sur la croissance des flux de capitaux sur les marchés financiers internationaux. - Partie 3 / Tâche 3 : Le rôle des politiques monétaires et fiscales Nous projetons d’examiner le rôle des politiques monétaire et fiscale lorsque l’économie connaît des cycles ou une crise financière. On va s’intéresser non seulement aux vertues stabilisatrices de ces politiques, mais aussi à leur optimalité. Nous sommes en particulier concernés par des économies caractérisées par des niveaux de dette publique élevés ou des évènements exceptionnels, comme c’est le cas à la suite d’une crise.

ANR

2015

CHeRCHA — CHronologie des changements Climatiques Rapides et des adaptations Humaines en Afrique de L'Ouest

Les modèles discutant des dynamiques de peuplement et de diffusion culturelle au Paléolithique et au Néolithique en Afrique utilisent souvent, à tort ou à raison, des arguments mettant en avant l’influence des changements climatiques, et en particulier ceux des périodes arides pléistocènes ou celui de la fin du « Sahara vert » à l’Holocène. Cependant, ces modèles n’intègrent, le plus souvent, qu’une partie du continent ; l’Afrique de l’Ouest y est quasiment inexistante et n’aurait eu aucun rôle, aucune interaction avec les autres régions. Loin de refléter la réalité, ceci résulte probablement davantage d’un raisonnement par défaut que d’une véritable réflexion basée sur l’analyse de données. Et pour cause, l’Afrique de l’Ouest souffre d’un manque de recherches, tant sur le plan archéologique que paléoenvironnemental : très peu nombreux sont les gisements paléolithiques ou néolithiques bien datés, et les données paléoenvironnementales reposent souvent sur l’étude de carottages marins ou lacustres, dont la pertinence pour la période étudiée à l’échelle ouest-africaine reste discutable. Les recherches préliminaires menées dans la vallée de la Falémé, à l’est du Sénégal, ont cependant montré le potentiel de cette région pour la réalisation d’une étude intégrant à la fois des données paléolithiques et néolithiques nouvelles et des données paléoenvironnementales locales : l’enregistrement stratigraphique de la vallée, quoique complexe, est bien conservé et les datations préliminaires effectuées par OSL et radiocarbone indiquent qu’il couvre l’ensemble du Pléistocène Supérieur et de l’Holocène. L’alternance de dépôts silto-limoneux et de chenaux grossiers qui le caractérise reste à expliquer d’un point de vue paléoclimatique. Les dépôts liés au stade isotopique 2 (OIS 2, 24-12 ka), pour partie contemporains de « l’Aride Ogolien » (20-12 ka), sont particulièrement développés et permettront une étude fine de cette période. Les assemblages archéologiques sont présents sur toute la puissance de la séquence stratigraphique, et tout particulièrement dans les niveaux préliminairement datés du OIS 2, période encore très mal connue au sud du Sahara. A cette époque, les populations humaines semblent disparaître subitement, hypothétiquement décimées par la sécheresse ou réfugiées dans des zones plus favorables. Notre projet vise donc à coupler des études archéologiques, paléoenvironnementales et géochronologiques (OSL et C14) sur un tronçon de la vallée de la Falémé de plus de 100 km de longueur. Les principaux objectifs sont les suivants : 1) Etablir un nouveau cadre chrono-culturel pour le Pléistocène final et le début de l’Holocène en Afrique de l’Ouest, qui pourra compléter et être comparé à celui d’Ounjougou (Mali), à 950 km au Nord-Est, dans une région actuellement plus aride ; 2) Retracer l’évolution climatique et environnementale, au moins sur les derniers 70 ka. Il s’agira notamment de voir comment les évènements de type Heinrich à la fin du Pléistocène et les différents épisodes de sécheresse de l’Holocène ancien et moyen se sont traduits dans la vallée sur le plan environnemental (précipitations, hydrologie, apports éoliens, végétation…) et de déterminer leur impact éventuel sur le plan humain (dynamique de peuplement, changements techniques et culturels). Notre projet, prévu sur 3 ans, s’appuiera sur les compétences complémentaires des quatre équipes françaises et suisses formant le consortium, en collaboration avec l’IFAN (Université de Dakar, Sénégal): l’IRAMAT-CRP2A (CNRS-Université Bordeaux Montaigne, France) en charge des datations OSL, le LPG (CNRS- Université Paris-Est Créteil, France) qui réalisera les analyses paléoenvironnementales, le Laboratoire APA (Université de Genève, Suisse) qui a la maîtrise du volet archéologique, et enfin l’IBP (ETH Zürich), pour les datations radiocarbones. Le budget s’élève à 390 k€ HT pour les équipes françaises et 468 k€ HT pour les équipes suisses.

ANR

2015

HANC — Influence de la topologie urbaine sur le réseau social et la santé des personnes âgées

La façon dont les personnes sont connectées entre elles et dont nos villes sont construites influencent fortement la santé, particulièrement son évolution avec l’âge. Cependant, nous ne connaissons pas encore exactement comment l’urbanisation, la mobilité ou le réseau social favorisent ou entravent cette santé. De nouveaux détecteurs portables tels que les GPS ou les accéléromètres permettent toutefois d’enregistrer des données précises et multiples sur la mobilité et l’activité des personnes. Combiner une telle méthodologie avec des mesures des réseaux sociaux ouvrent de nouvelles voies pour mieux comprendre les inégalités de la santé des personnes âgées. A travers des méthodes statistiques et de théorie des graphes, nous identifierons quelles propriétés de l’environnement urbain ou du réseau social influence le bien-être et l’activité de ces personnes. Ce projet aidera à fournir des recommandations concrètes pour améliorer les plans d’urbanisation et les stratégies de santé publique.

ANR

2015

Vieillir-à-deux — Vieillir à deux, vie conjugale, inégalités et décisions économiques des couples après 50 ans

Les premières générations du baby-boom ont atteint la soixantaine au début du siècle. Les départs à la retraite sont chaque année plus importants et demeureront soutenus jusqu’en 2035. Ces nouveaux retraités sont plus nombreux mais aussi différents des générations précédentes. Les couples sont moins souvent mariés. L’augmentation du divorce et des séparations conjugales fait qu’ils ont plus souvent connu une rupture d’union, plusieurs histoires conjugales ou des recompositions familiales. Les trajectoires professionnelles diffèrent aussi avec l’arrivée de générations de femmes nettement plus actives et des générations plus touchées par le chômage. Si les recherches sur l’impact des trajectoires professionnelles sur les différentes dimensions de la vieillesse foisonnent, l’impact de l’évolution des comportements conjugaux est nettement moins documenté. Les couples âgés ont été un peu étudiés en sociologie (Caradec 1996) et en démographie (Murphy et al 2007, Tomassini et al 2004, Delbès Gaymu, 2004) mais ont fait l’objet de moins d’attention jusqu’ici dans la littérature économique malgré ces transformations. Aux âges proches de la retraite, la vie en couple est largement majoritaire et concerne 75% des femmes de 55 à 65 ans et 85 % des hommes (Toulemon 2007). Les inégalités entre partenaires en termes de revenus ou de partage des tâches domestiques, déjà observées pendant la vie active peuvent s’accentuer ou s’atténuer à ces âges. Les risques de veuvage et de dépendance (Bonnet et al 2011) peuvent devenir suffisamment forts pour que les conjoints souhaitent s’en prémunir en changeant de logement, le réaménageant, ou en réduisant leur consommation. Ces couples de seniors doivent donc faire des choix dont les déterminants peuvent différer de ceux dictant ceux des couples plus jeunes. Ce projet se propose donc de s'intéresser aux couples à partir de 50 ans, en passe d’être ou étant déjà à la retraite dans différentes dimensions. Le passage à la retraite est un moment clef du cycle de vie et pas forcément simultané pour les conjoints. Un premier axe décrit l’évolution des comportements matrimoniaux autour de la retraite et aux âges avancés : nouvelles formes d’union, ruptures et recompositions après 50 ans. Cette description du paysage matrimonial est essentielle pour effectuer des projections démographiques et estimer les besoins futurs en termes de dépendance. En effet, la vie en couple peut retarder le recours à des aides publiques, le conjoint s’avérant souvent un premier aidant précieux. Le passage à la retraite est aussi un moment où les rôles traditionnels en termes de division du travail domestique peuvent se renégocier quand l'un est retraité avant l’autre. C’est aussi le cas quand l’un des conjoints devient dépendant. Un deuxième axe porte sur cette allocation du temps des couples de seniors. La fin de la vie active a aussi des conséquences financières en termes de revenu et patrimoine auxquelles s’intéressele troisième axe. Enfin, nous traitons des conséquences économiques qu’entraîne la désunion aux âges élevés suite à la séparation ou le décès d’un conjoint. Les conséquences du vieillissement sont multiples et ne peuvent être traitées par une seule discipline ou domaine d’expertise. Si l’approche de ce projet est principalement économique, elle bénéficie aussi des apports et de regards de la sociologie et de la démographie. L’équipe est constitué de 14 chercheurs dans six institutions (EHESS, CES, CRESPPA, CREST, Université de Cergy-Pontoise et l’INED). En fédérant ces chercheurs, ce projet propose de développer une compétence particulière sur ce thème des couples âgés, de publier des travaux de recherche dans des revues internationales, d’éclairer le débat public sur cette population dont l'importance est amenée à croître dans l’avenir. Cela pourra guider les politiques publiques de lutte contre la pauvreté des personnes âgées ou de droit à l’information sur les droits et conséquences des statuts maritaux.

ANR

2015

VIORAMIL — VIOLENCES ET RADICALITES MILITANTES EN FRANCE - UNE EXPERTISE PLURIDISCIPLINAIRE SHS

Le projet VIORAMIL répond à la thématique de « la radicalisation violente des individus ou groupes d’individus », qui constitue un élément de l’axe 1 « Sécurité des citoyens, lutte contre le crime et le terrorisme » du Défi 9 « Liberté et sécurité de l’Europe, de ses citoyens et de ses résidents ». Il entend explorer les violences et radicalisations militantes en France des années 1980 à nos jours, grâce à une analyse pluridisciplinaire innovante combinant les regards d’historiens, de politistes, de sociologues, de juristes et de spécialistes de l’information et de la communication. Cette étude porte aussi sur les représentations de ces violences dans l’opinion et les médias. Elle s’intéresse enfin à l’évolution de leur gestion, en amont comme en aval (campagnes de prévention, traitement policier, suivi judiciaire), par des pouvoirs publics qui doivent associer recherche d’efficacité et respect du cadre légal. En cela, le dossier fait aussi écho à l’axe 6 « Sécurité, liberté, respect de la vie privé et des droits individuels » du même Défi mais nous avons privilégié l’axe 1 en raison de sa thématique de la radicalisation au cœur du projet. L’étude des radicalités se prête aux approches croisées. Le Défi 9 insiste d’ailleurs sur la nécessaire pluridisciplinarité de toute réflexion portant sur la sécurité globale et appelle à « une participation accrue de la part des acteurs de la recherche en SHS ». Le projet VIORAMIL répond à cet appel. Le projet s’inscrit dans l’axe « sécurité des citoyens et lutte contre le terrorisme » en « identifiant et en prévenant les risques et menaces » que fait peser « la radicalisation violente des individus et groupes d’individus » (axe 1 du défi 9 de l’appel à projet générique de l’ANR). Il s’attache aux manifestations diverses de la violence militante (idéologique, indépendantiste, religieuse, etc…) sous plusieurs formes et à différents niveaux (des débordements lors de manifestations à la planification d’attaques terroristes) et mobilise des universitaires en sciences sociales (spécialistes des violences politiques) en liaison avec les pouvoirs publics. La production consiste en un corpus inédit des violences militantes sous forme de tableaux statistiques/graphiques/cartes, en une analyse des organisations concernées et des déterminants de la radicalisation, en une étude de l’évolution du contrôle policier et du cadre juridique ainsi que des modèles pratiques de déradicalisation. L’ensemble améliorera les techniques de détection/gestion des radicalisations violentes. Elle définira des modèles de sortie de la violence pouvant inspirer les acteurs sociaux et décideurs politiques. Conformément au Défi 9, le projet associe « des partenaires académiques et des utilisateurs finaux » ici publics. Nous avons en effet obtenu le partenariat de l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du Premier ministre, qui intervient dans la formation, les études et l’analyse stratégique en matière de sécurité intérieure et de justice. L’INHESJ intégrera les activités du projet dans son programme de formation.

ANR

2014

PANIC — Cibler la niche des pathogènes : Une nouvelle approche pour le contrôle des maladies infectieuses dans les pays aux ressources économiques limitées

Au cours des dernières décennies, sous l’égide de l’OMS des interventions à grandes échelles de type vaccination ou utilisation massive d’insecticides ont permis d’obtenir des résultats spectaculaires comme l’éradication de la variole ou l’élimination de la malaria dans les pays occidentaux. Cependant malgré ces succès spectaculaires, les différents programmes de contrôle ou d’éradication donnent des résultats largement insuffisants dans les pays tropicaux où les conditions socio-économiques ne permettent pas leur mise en œuvre dans des conditions optimales. Les exemples emblématiques qui illustrent ces difficultés de maitrise des maladies transmissibles dans ces pays, incluent le paludisme, la dengue, la fièvre jaune, la rougeole ou le VIH. Il est donc crucial et même urgent de développer des stratégies de contrôle adaptées et économiquement durables qui s’attaquent à un ensemble de maladies infectieuses dans des pays tropicaux où ils sont fortement endémiques. Deux constatations : (i) La plus part des pathogènes sont résistants à de nombreux traitements ; (ii) les activités humaines sont les principales causes des taux élevés d’extinction du simple fait d’une forte modification de leur environnement, de « leur niche ». Ces dernières années, de très nombreuses études écologiques et évolutionnaires se sont focalisées sur les maladies transmissibles montrant que la « niche » d’un pathogène pouvait avoir un rôle souvent plus important que le système immunitaire pris en compte par les traitements classiques et la vaccination en ce qui concerne leur contrôle. L’objectif de notre projet est finalement un changement de paradigme, d’un contrôle classique des maladies transmissibles vers une « biologie de la conservation inverse » des pathogènes débouchant sur de nouvelles approches en santé publique. Ainsi notre objectif est une compréhension quantitative de la « niche » de deux pathogènes à une échelle spatiale relativement fine, Plasmodium falciparum à Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso) et les virus de la dengue à Kâmpóng Cham (Cambodge), grâce à des approches transdisciplinaires mélangeant écologie des maladies infectieuses, approches économiques et de santé publique afin de construire des modèles mathématiques adaptés qui seront utilisés pour optimiser différentes stratégies de contrôle avec pour objectif une éradication (au moins locale) de ces pathogènes. Par la suite de tels approches et outils pourraient être utilisés dans le cas d’autres maladies transmissibles.

ANR

2014

ECOVILLE — La végétalisation des murs et des rues comme outil de résilience urbaine ?

La promotion de la nature fait partie des outils retenus pour améliorer le cadre de vie urbain, limiter les pollutions, atténuer les effets du réchauffement climatique et participer au maintien d’une biodiversité. Mais les travaux en écologie urbaine ont ciblé avant tout les espaces verts et les toitures végétalisées. Très peu de recherche concerne la végétalisation des murs, des cours et des rues qui pourraient jouer un rôle social, écologique et physique fondamental sur la durabilité urbaine. Cette recherche est indispensable à une réflexion globale d’urbanisme et aux mises en place des trames vertes en ville dense. Nous proposons un consortium de laboratoires de recherche, de PME et d’associations impliquées dans la démarche urbaine, capable de faire un premier bilan des services écologiques fournis par ces végétalisations, d’étudier leurs fonctionnements écologiques et biochimiques, les techniques de mise en œuvre et les appréciations citadines mais aussi d’expérimenter des prototypes innovants. Notre programme se décline en deux grands axes : - Qu’est ce qui existe et comment cela fonctionne-t-il aujourd’hui ? Ce travail impliquera une étude bibliographique nationale et internationale (Phase A sur l’état de l’art et synthèse des connaissances sur la végétalisation écologique des murs, cours et rue en ville : services attendus, techniques mises en œuvre, implication sociale observée…) mais aussi des recherches actives sur les fonctionnements écologiques (Phase B sur l’évaluation des fonctionnements biotiques et abiotiques des techniques actuelles de végétalisation : quelle biodiversité, quelle relation aux substrats, aux conditions et contraintes physicochimiques…) et sociétaux (Phase C sur l’évaluation du fonctionnement sociétal de la végétalisation : quelle économie, quelle gouvernance, quelle réglementation, quelle perception…) - Quelles propositions innovantes peuvent-elles être apportées ? Cela implique des travaux expérimentaux à l’échelle du bâti (Phase D sur l’expérimentation de propositions innovantes de végétalisation : réflexion sur la mise au point de prototypes, expérimentations architecturales sur les enduits, substrats, modes d’irrigation…), mais aussi des études sur les potentialités et les fonctionnements à l’échelle globale (Phase E sur l’évaluation des potentialités urbaines et fonctionnement attendu dans un projet de rénovation urbaine, dans un éco-quartier ou à la parcelle : superficie disponible, typologie des supports et des propriétaires, relation avec les trames vertes, évolution souhaitable des réglementations…). Le travail est programmé sur 3 années et les analyses seront menées aux différentes échelles bâtiment/îlot/quartier/ville à Nantes et sur le territoire du Grand Paris.

ANR

2014

Polima — Le pouvoir des listes au Moyen Âge

POLIMA est un projet interdisciplinaire (Lettres, Histoire, Linguistique, Anthropologie et Sciences Cognitives) consacré à l’étude et la caractérisation du pouvoir des listes au Moyen Âge. À partir d’une analyse de la production, des usages et de la transmission des listes au Moyen Âge, il a pour objectif, d’une part, de contribuer à l’étude de la culture médiévale de l’écrit et, d’autre part, d’aborder de manière comparative, le rapport qui s’établit dans la liste entre des énoncés linguistiques, des procédés écrits de balisage textuel et des systèmes de connaissance du monde et de contrôle des biens et des hommes. La liste est une forme d’écriture commune à de très nombreuses productions textuelles du Moyen Âge dont la présence dans les textes s’accroît très fortement avec le pragmatic turn que connaissent les sociétés occidentales au XIIIe siècle. Fréquemment utilisée par les scripteurs, elle constitue dans certains cas un type textuel en soi, employé dans des contextes très variés, qui vont de l’agencement d’informations à propos d’une action, d’un sujet ou d’un domaine du savoir (concordances, listes d’auteurs, souscriptions, index, florilèges ...), à l’énumération des propriétés et des parties d’objets dotés d’une consistance matérielle (inventaires, catalogues, éloges urbains…), à la production de taxinomies territoriales, fiscales ... Prenant acte des importantes variations affectant pour un même texte la forme de connexion des éléments rassemblés, nous avons retenu, comme cadre de travail, une définition de la liste de nature syntaxique. Tout texte construit selon une forme parataxique peut entrer dans le corpus, ce qui conduit à englober ce que le vocabulaire courant désigne comme des énumérations, listes, catalogues, inventaires, dénombrements... Le projet scientifique POLIMA est constitué de plusieurs volets scientifiques complémentaires. Le rassemblement et la mise en ligne d’une bibliographie et d’un corpus de « textes à listes » constituera la base analytique du travail collectif. Ces textes seront étudiés dans sept workshops successifs. Partant d’une approche topique de la liste, afin de favoriser le travail interdisciplinaire et d’éprouver en particulier les frontières du poétique, du didactique et du pragmatique, la réflexion se portera ensuite sur les combinatoires, taxinomies et agrégats produits par la mise en liste. À partir des résultats obtenus, une synthèse sur les « Pouvoirs de la liste au Moyen Âge » sera rédigée de manière collaborative. Elle s’attachera en particulier a` préciser le lien qui unit au Moyen Âge, dans un moment de mutation essentiel de la culture de l’écrit en Occident, les formes de la pensée aux pratiques écrites permises par un nouvel état historique du système de communication. En décrivant les formes concrètes d’organisation de l’information et de production du savoir offertes par la déline´arisation du texte et leurs implications sur l’évolution des modes de connaissance et de contrôle des biens et des hommes, le projet permettra d’initier un comparatisme entre deux moments historiques de rupture dans le système de communication, le Moyen Âge central et le XXIe siècle. Dans cette perspective, trois axes seront privilégiés : 1) étudier sur le temps long les formes de classement et d’indexation du savoir et du patrimoine (tables, concordances, index, inventaires...) dont la société´ contemporaine est héritière et qui ont connu, a` partir des XIIe-XIIIe siècles, un développement et un niveau de sophistication inédits 2) évaluer l’implication de leur mise au point et de leur diffusion sur les processus de formalisation et de transmission matérielle des textes, des objets, des savoirs et des savoir-faire 3) réévaluer dans l’histoire de l’Occident, la place de la pensée algorithmique dans l’émergence des formes de rationalité.

ANR

2014

EPISTEME — Épistémologie transdisciplinaire des technologies numériques pour la conception d’un nouvel environnement de catégorisation contributive et d’instruments contributifs de recherche, d’enseignement et de diffusion associés

Le but de ce programme transdisciplinaire est à la fois d’identifier les aspects les plus caractéristiques de la transformation des disciplines convoquées (astrophysique, histoire) dans leurs rapports à leurs objets sous l’effet de la formalisation numérique, et de concevoir des instruments pour les communautés scientifiques de pairs, au delà des deux disciplines de départ, qui permettent une catégorisation contributive supportant les débats et controverses, fondée sur le concept de transindividuation, et articulant des processus bottom up (issus des activités individuelles de recherche) et top down (c’est-à-dire produisant à partir des débats au sein des communautés de pairs des processus de certification plus ou moins locaux, propres à un laboratoire, à une école ou à l’ensemble d’une discipline. Ces travaux seront conduit en vue d’articuler fonctionnellement les instruments scientifiques numériques et les instruments de publication en direction de publics divers (en premier lieu pour les jeunes chercheurs), et mis en situation sur des terrains d’expérimentation à forte exposition (sites France Télévisions et Médiapart, outils d’enseignement et lieux d’exposition scientifique à Saclay et Nantes). Il s’agit de relier la conception des instruments scientifiques et les questions qu’ils posent en avance sur leur propre savoir aux instruments didactiques et pédagogiques. Une première tâche est dédiée à l’analyse épistémologique et à la modélisation des traces numériques. Sur cette base conceptuelle, il s’agit tout d’abord de concevoir une nouvelle chaine de catégorisation contributive construite sur un backoffice en amont des différents outils de travail du chercheur, articulé avec les formats sémantiques et sociaux mais proposant de bâtir un nouveau format d’interprétation (format Web herméneutique). Ensuite ce backoffice et ce nouveau format de données doivent être intégrés à des outils de travail particulièrement stratégiques pour renouveler l’approche épistémologique de l’ensemble des disciplines même s’ils ne sont prototypés que dans deux disciplines spécifiques : 1) des technologies réflexives et contributives pour les chercheurs : - un outil de prise de prise de note, d’annotation individuelle de texte, image et vidéo et enfin d’indexation assistée par technologies sémantiques, - un outil de gestion de débats et de communautés construit sur un autre modèle que celui des réseaux sociaux actuels et destiné à la constitution de regroupements de points de vue, et à la mise en place de processus de délibération et de certification, 2) des technologies éditoriales à destination des communautés de chercheurs et posant les bases d’une nouvelle industrie éditoriale numérique et largement audiovisuelle pour trois type de chaines éditoriales : fabrication de cours en ligne contributifs, sites web contributifs et dispositifs critiques d’exposition au public. Le projet, qui sera conduit par de jeunes chercheurs, encadrés par des chercheurs confirmés, et qui entend avoir un impact direct sur la diffusion et l’évaluation des savoirs en ligne sous forme audiovisuelle, s’attachera à concevoir de nouvelles chaines éditoriales permettant de tracer les échanges du scientifique jusqu’au public en partenariat avec France Télévisions et Médiapart.

ANR

2014

MODAPA — modélisation de la demande d'aide à domicile des personnes âgées dépendantes : élasticité-prix et politiques de solvabilisation décentralisées

Enjeux Comprendre les comportements de demande d'aide à domicile des personnes âgées dépendantes, dans leur dimension économique, est aujourd'hui un enjeu majeur, en France comme dans la plupart des pays développés. La dépendance et le financement de sa prise en charge touchent en effet, directement et indirectement, une large part de la population (les personnes dépendantes elles-mêmes, leur entourage, les salariés du secteur de l'aide…). Qui plus est, à partir de 2025, et à dispositifs de politiques publiques inchangés, les évolutions démographiques devraient conduire à un accroissement sensible du poids de la solidarité collective en direction des personnes dépendantes dans les budgets publics (de l'ordre de 0,30 points de PIB en 15 ans). Objectif L'objectif de ce projet est donc d'estimer la sensibilité de la demande d'aide professionnelle au reste à charge et son effet sur les volumes d'aide informelle, afin d'être en mesure de simuler l'impact de réformes des politiques publiques (tarification des services d'aide et solvabilisation de la demande) sur les modalités de prise en charge des personnes âgées dépendantes à domicile (volume et nature des aides) et sur la répartition de la solidarité collective dans la population âgée. Méthodes Les difficultés rencontrées, dans un contexte de politiques publiques décentralisées, pour recueillir les données nécessaires à l'analyse de ces comportements de demande - en particulier les restes à charges supportés par les personnes dépendantes - expliquent en grande partie le peu de travaux économétriques qui y sont consacrés. Pour remédier à ces lacunes, nous proposons tout d'abord d'exploiter l'enquête CARE, qui permettra, pour l'année 2015, de disposer de l'ensemble des informations nécessaires (volumes d'aide et restes à charge). Cette enquête n'ayant pas vocation à être reconduite, nous proposons de développer plusieurs stratégies d'estimation alternatives originales moins gourmandes en recueil de données spécifiques et de les évaluer, à l'aune des résultats obtenus par des stratégies classiques sur l'enquête CARE. Le principe est d'exploiter le caractère décentralisé de la régulation publique de manière adéquat et de mobiliser des techniques d'estimation par identification partielle. La mise en œuvre reposera sur l'utilisation de fichiers de suivi administratif produits en routine, d'une enquête décennale (Handicap-Santé) et d'une enquête spécifique légère portant sur les pratiques départementales de tarification et de solvabilisation (enquête "Territoires"), réalisée par l'équipe en 2012 auprès de l'ensemble des conseils généraux métropolitains. Programme Trois stratégies alternatives seront utilisées. 1/ Estimation de l'impact du reste à charge sur le volume d'aide professionnelle, à partir des fichiers administratifs d'un conseil général donné : l'enquête "Territoires" suffit dans ce cas à reconstituer le reste à charge exact pour les bénéficiaires s'adressant à un prestataire d'aide identifié et tarifé par le conseil général. Cette stratégie a déjà été mise en œuvre pour un département français ; elle sera répliquée sur un autre département pour tester la robustesse des résultats. 2/ Estimation de l'impact du reste à charge sur le volume d'aide professionnelle, à partir de l'échantillon "bénéficiaires APA" du ministère des affaires sociales qui couvre 66 départements : dans ce cas, l'enquête "Territoires" permet de reconstituer des fourchettes départementales de reste à charge pour les bénéficiaires recourant à un prestataire d'aide. 3/ Estimation de l'impact du volume d'aide professionnelle sur le volume d'aide informelle à partir de l'enquête Handicap-Santé, complétée par les indicateurs sur les règles de solvabilisation propres à chaque département pour instrumenter le volume d'aide professionnelle. Les résultats d'estimation seront ensuite insérés dans un modèle de simulation pour étudier l'impact attendu de réformes de la tarification et de la solvabilisation.

ANR

2014

GLOBAFRICA — Reconnecter l'Afrique: l'Afrique subaharienne et le Monde avant l'impérialisme européen

Porté par l’USR 3336, GLOBAFRICA est un programme d’histoire ambitieux qui entend repenser l’intégration de l’Afrique avec le reste du Monde sur la longue durée. Ce projet multidisciplinaire propose ainsi de fonder de nouveaux outils pour donner une vision équilibrée des connexions qui reliaient l’Afrique aux autres continents avant la traite du XVIIIe et le colonialisme du XIXe siècle – une vision aussi éloignée du postulat simpliste d’une Afrique isolée que de la réification à outrance de connexions encore largement méconnues. Des phénomènes tels que les dynamiques de peuplement, les crises démographiques et épidémiologiques mais aussi la complexification sociale et les formations étatiques ou culturelles sont donc abordés sous l’angle des échanges intercontinentaux. Pour ce faire, l’attention portera tout particulièrement sur les relations entre d’une part, les interfaces océaniques et saharienne, et, d’autre part, les configurations politiques et sociales de l’intérieur du continent. Jusqu’où, jusqu’à quel point et à partir de quand faut-il considérer le continent africain comme intégré au reste du Monde ? Cette interrogation sur l’intensité des échanges, mais aussi sur leur forme même, sera menée à partir de trois études de cas. 1. L’analyse des relations – économiques, politiques et culturelles – entre la côte swahili et les formations politiques de l’Afrique orientale et australe du XIe au XVIIe siècle. Si l’on sait que cette région vit l’émergence, à l’interface entre les réseaux de l’océan Indien et le continent africain, puis la diffusion, de la culture swahili, on connait bien moins les liens qui l’unissaient à des ensembles politiques et culturels aussi importants que les monarchies des Grands Lacs à l’Est ou le Great Zimbabwe au Sud. Il s’agit donc de rééquilibrer l’étude de la société littorale en renversant la perspective et en l’observant depuis l’intérieur. 2. L’étude de la diffusion et des effets de l’épidémie de peste bubonique en Afrique subsaharienne est ici prise comme évidence de l’intégration du continent dans les échanges mondiaux avant le XVe siècle. Car si l’Afrique a connu une crise démographique et des transformations profondes de son organisation sociopolitique au XIVe siècle en lien avec la peste noire, nos connaissances actuelles sur les modalités de sa participation dans un système Monde en pleine restructuration à partir du XVe siècle devront être radicalement revues. 3. Enfin, le troisième cas devra préciser le rôle des plantes exogènes dans l’apparition de nouveaux peuplements humains dans la région des Grands Lacs, avec de nouvelles organisations économiques, sociales et culturelles, en suivant la diversité culturale et en confrontant cette géochronologie aux connaissances des historiens et des archéologues. D’un point de vue théorique, GLOBAFRICA ambitionne donc de compléter le seul modèle commercial des échanges et de complexifier, par une démarche pluridisciplinaire inédite – mêlant lecture ou relecture de sources écrites anciennes, travail sur des collections archéologiques existantes ou en cours d’élaboration, et apports des sciences dures (paléo-botanique, génétique ou chimie) – nos outils pour appréhender des « connexions » : que ce soit de nouveaux éléments, tels que la culture matérielle, les textes ou les éléments environnementaux, ou de nouvelles évidences, telles que les épidémies, qui battent en brèche l’idée d’isolement. En déportant l’attention sur les sociétés intérieures et leurs interactions avec les interfaces du continent, GLOBAFRICA permettra ainsi de dépasser les grands récits euro- mais aussi indo- ou islamo-centrés de stimuli extérieurs, qui restent trop souvent les éléments explicatifs des dynamiques historiques africaines, et de leur substituer une vision équilibrée et une périodisation propre à la « mondialisation africaine ».

ANR

2014

MESOMOBILE — Mobilités, territoires, et mutations sociopolitiques dans le Centre-Ouest de la Mésoamérique

Depuis une trentaine d’années, un groupe de chercheurs français d’ArchAm s’intéresse, en lien avec des équipes mexicaines et nord-américaines, à une région clé pour comprendre les mutations sociales et politiques de la Mésoamérique ancienne : ses marges septentrionales et, plus précisément le Centre-Ouest. Cette région se trouve, dès le 1er millénaire av. J.-C., au cœur d’un vaste réseau d’interactions régionales et interrégionales, au sein duquel l’axe fluvial du Lerma a joué un rôle déterminant. Cette position a aussi favorisé des processus migratoires d’ampleur variable qui prennent, sur le long terme, la forme d’une succession de phases d’expansion et de contraction démographique. Ceux-ci sont observés, d’un point de vue archéologique, par les indicateurs suivants : 1) des changements perçus comme rapides dans les organisations territoriales, qui se matérialisent par des réductions ou augmentations du nombre d’établissements ; ces reconfigurations spatiales sont souvent mises en relation avec des fluctuations d’ordre démographique; 2) des changements significatifs dans la culture matérielle, notamment dans l’architecture, les pratiques funéraires, les systèmes techniques, et l’accès aux ressources. Loin d’être marginaux, ces phénomènes prennent tout leur sens une fois replacés dans le contexte des dynamiques pan-mésoaméricaines : ils auraient joué un rôle dans l’évolution de plusieurs entités culturelles de Mésoamérique (Proto-toltèques et Toltèques à l’Epiclassique et Postclassique ancien, et Tarasques et Aztèques au Postclassique récent). L’archéologie tend à démontrer que la mobilité migratoire constitue un trait récurrent de l’histoire du Centre-Ouest mésoaméricain, et, par là-même, à corroborer les sources écrites indigènes ou espagnoles du XVIe siècle qui octroient aux Toltèques, Aztèques et Tarasques une origine étrangère, issue des régions semi-arides des marges septentrionales de la Mésoamérique. Mais, si les grandes lignes de ces phénomènes commencent à être mieux documentées par l’archéologie, la nature des processus en jeu demeure mal connue. C’est pourquoi ce projet cherche à en comprendre les mécanismes sur le temps long et dans une région stratégique du nord du Michoacan formant un transect N/S depuis la plaine alluviale du Lerma jusqu’au bassin lacustre de Zacapu. Cette région, d’environ 1000 km2, constitue une unité spatiale qui bénéficie de 30 ans d’acquis scientifiques. Si l’étude sur le temps long est indispensable pour capter les périodes de stabilité comme l’Epiclassique (650 – 900 apr.J.-C.), le projet mettra aussi l’accent sur des périodes de transition perçues par l’archéologie comme des phases de mutation rapide marquées par des mouvements démographiques significatifs : la fin du Préclassique (100 av. J.-C.- 300 apr.J.-C.), le début du Postclassique ancien 800/900 apr.J.-C.), et sa transition au Postclassique récent (à partir de 1200 apr.J.-C.). Le projet propose de: 1) caractériser le changement rapide, 2) comprendre les mécanismes du changement social et politique en lien avec les phénomènes migratoires, 3) montrer les capacités d’adaptation et d’innovation des sociétés concernées dans l’organisation de leurs habitats et de leurs activités économiques. Il croise pour cela 4 indicateurs (fluctuations diachroniques des réseaux d’habitats, marqueurs bio-anthropologiques, systèmes techniques, réseaux de circulation) dont la compréhension impose un contrôle chronologique fin. Son caractère innovant tient à son aspect interdisciplinaire et au recours conjugué à des technologies de pointe, destinées à préciser la résolution chronologique et spatiale des phénomènes de mobilité ancienne. L’approche systémique, au cœur de laquelle se trouvent les questions des territoires et des processus de leur structuration, constitue un aspect novateur pour l’archéologie mésoaméricaine. Dans ce sens, le projet a pour ambition de fournir un modèle d’approche «exportable» à d’autres contextes mésoaméricains, et ailleurs.

ANR

2014

BeyondLogic — Au-delà de la logique : le raisonnement hypothétique dans la Philosophie des sciences, l'Informatique et le Droit

Durant les projets précédents, nous avons étudié le raisonnement hypothétique d’un point de vue logique. Ce nouveau projet vise le raisonnement hypothétique dans des domaines extérieurs à la logique. Notre point de vue principal est que les recherches logiques doivent faire leurs preuves en dehors de la logique et, conversement, qu’elles doivent prendre en compte la façon dont la logique est appliquée dans le « monde réel ». Ainsi nous passons d’une perspective interne à une perspective externe en prenant en compte ce sur quoi porte le raisonnement hypothétique lorsque nous allons au-delà de la logique. Les domaines extérieurs à la logique que nous avons choisis sont ceux de la philosophie des sciences (en tant qu’application dans la philosophie), de l’informatique (en tant qu’application dans les sciences formelles) et du Droit (en tant qu’application au champ des interactions sociales). Dans chacun de ces domaines, la notion de raisonnement hypothétique joue un rôle de premier plan qui peut nous permettre de tester nos théories logiques. Il nous intéresse en particulier de mesurer jusqu’où la perspective proof-theoretic (propre à la théorie de la démonstration), que nous avons préconisée et employée dans nos recherches logiques, se rapporte à ces sujets. C'est énoncer une platitude que de dire que la notion d'hypothèse joue un rôle important en philosophie des sciences, dans la mesure où les théories scientifiques sont des hypothèses soumises à des tests empiriques et qui servent à fournir des explications empiriques. Nous soutenons que l'adoption d'un point de vue proof-theoretic peut permettre de répondre à, ou du moins d'analyser de façon plus appropriée, quelques questions qui se posent en philosophie des sciences ; par exemple en employant des notions constructives d'implication ou des logiques sous-structurelles. De même en Droit les raisonnements hypothétiques sont fréquents dans la mesure où les lois sont appliquées en en tirant des conséquences ; les lois étant alors tenues pour des hypothèses. Là encore, nous soutenons que l'adoption d'une perspective proof-theoretic se révèlera utile dans la mesure où elle fournit des méthodes nouvelles permettant d'extraire un contenu de corps structurés d'énoncés. En informatique la logique, et en particulier la théorie de la démonstration, a des applications variées, comme la vérification de logiciels ou de matériels. Ici nous nous intéressons surtout à la direction inverse, c'est-à-dire à la façon dont ces applications de la logique façonnent, ou pourraient façonner, la forme de la logique elle-même. Nous soutenons que c'est bien ce qui a lieu et que cela mène à un « changement de paradigme » dans lequel la théorie de la démonstration va jouer un rôle plus important que celui qu'elle a actuellement. Dans le Projet Principal nous donnerons les outils logiques employés pour analyser le raisonnement dans les trois domaines d'application choisis et étudierons comment ces applications viennent en retour enrichir le concept de logique lui-même. Dans les trois projets individuels, qui correspondent à la Philosophie des sciences, l'Informatique et le Droit, nous étudierons les formes spécifiques qu'y prend le raisonnement hypothétique.

ANR

2014

BiHACoTax — La coopération bilatérale en tant qu'instrument d'harmonisation de l'imposition des entreprises Une analyse du droit comparé considérant en particulier la coopération intergouvernementale franco-allemande

L’objectif du projet est de mener des recherches sur le caractère réalisable et efficace de la coopération bilatérale en tant qu’instrument de l’harmonisation du droit de l’imposition directe des entreprises au sein de l’Union européenne. Du point de vue de la Commission européenne et des gouvernements allemands et français, il y a toujours un besoin urgent d’harmonisation dans le domaine de l’imposition directe des entreprises, mais les instruments dernièrement employés se sont pourtant avérés de plus en plus inefficaces pour réaliser cette harmonisation. Pour surmonter la stagnation qui en résulte, l’Allemagne et la France ont, ces deux dernières années, évalué et réalisé d’une façon rudimentaire les possibilités d’une harmonisation bilatérale. La propension de l’Allemagne et de la France à ouvrir de nouvelles voies dans l’harmonisation des systèmes fiscaux nous incite à examiner le caractère réalisable et efficace des coopérations bilatérales en tant qu’instrument novateur d’harmonisation. L’approche bilatérale se distingue des instruments d’harmonisation traditionnels par le fait qu’elle se trouve en dehors du cadre institutionnalisé de l’UE, ainsi que par le fait qu’une telle méthode d’harmonisationéchappe à la priorité d’application du droit dérivé de l’Union. Nous sommes convaincus que le caractère réalisable des coopérations bilatérales en tant qu’instrument d’une harmonisation permanente dépend surtout de la question de savoir dans quelle mesure l’harmonisation s’intègre dans le cadre juridique et extra-juridique de chaque ordre juridique national. Etant donné que les systèmes nationaux existants en matière d’imposition des entreprises peuvent être classés en toute une série de domaines hétérogènes (sous-systèmes), il est donc nécessaire de réfléchir domaine par domaine. Une fois que les contraintes de l’harmonisation ont été identifiées pour chaque sous-système, leur importance pour la réussite de l’harmonisation est à évaluer. Les connaissances ainsi accumulées doivent être classées, dans l‘étape suivante, à un niveau plus transversal. L’objectif est de parvenir à évaluer si la coopération bilatérale peut constituer un instrument d’harmonisation indépendamment des sous-systèmes du droit fiscal. Les résultats doivent montrer la performance et les limites de capacité de l’approche bilatérale des institutions qui participent à la création des normes nationales et supranationales. Si l’approche bilatérale s’avère appropriée, l’enquête constituera la base de futurs projets de recherche en tenant compte d’autres ordres juridiques.

ANR

2014

ODESSA — Optimising care delivery models to support ageing-in-place towards autonomy affordability and financial sustainability

WP1 A partir du recensement, la localisation des personnes âgées (par tranche d’âge) sera étudiée et cartographiée à plusieurs échelles: territoire national, départements (pour les territoires ruraux), aires urbaines (pour les espaces urbains), et communes composant les aires urbaines. Une analyse statistique mesurera aux différentes échelles le degré de concentration et de dispersion des personnes âgées. Ces mesures seront comparées avec les données ELSA (UK) et CHARLS (Chine). Cette approche des territoires du vieillissement, de la proximité et de l’accès des personnes âgée à la centralité, aux équipements publics et commerciaux, aux transports, etc., sera complétée par une analyse qualitative qui prendra en compte le degré de proximité de l’offre et les usages effectifs des personnes âgées et leurs mobilités quotidiennes pour accéder à cette offre. L’approche par la localisation sera complétée par une analyse des mobilités résidentielles pour rendre compte des dynamiques territoriales liées au vieillissement et expliquer l’origine des mobilités (base Migcom de l’Insee) en lien étroit avec le WP2. L’analyse des facteurs de mobilité ou d’immobilité donnera lieu à une étude des liens familiaux, et des formes de sociabilité et d’entraide, qui influent sur les choix résidentiels et la vie quotidienne des personnes âgées. L’analyse des conditions de vie et de logement des personnes âgées sera approfondie à partir d’une enquête qualitative dans les trois pays. Cette enquête reposera sur des entretiens avec des acteurs publics et privés intervenant auprès de ce public et des personnes âgées situées dans des territoires, des contextes familiaux et des situations personnelles différenciées. Cette analyse sera développée en lien avec WP3. WP2 Les études quantitatives réalisées seront basées sur les données de SHARE, ELSA et CHARLS. Les choix des personnes âgées seront étudiés à partir de leurs comportements de mobilité résidentielle qui expriment clairement leurs choix, libres ou contraints. En matière de logement, un choix de mobilité est un choix de consommation (on choisit un nombre de pièces, une localisation, …) mais il peut être aussi un choix patrimonial (en cas de vente ou d’achat), ce qui rend le logement particulièrement central dans l’étude du vieillissement. A partir des déterminants de la mobilité résidentielle, on analysera les raisons qui poussent les personnes à changer de domicile ou à rester, les facteurs qui facilitent cette mobilité, ou empêchent de réaliser un ajustement souhaitable du logement. Les transitions entre domiciles privés seront étudiées séparément de celles entre un domicile privé et une institution. SHARE et ELSA (cohortes longitudinales) présentent la particularité de suivre les personnes quand elles partent vivre en institution. La dimension internationale permettra aussi de faire intervenir les contextes institutionnels et légaux différents des choix, et mettra en lumière les effets des différentes pratiques en matière de financement de la dépendance, d’obligation alimentaire ou d’offre des différents types d’établissement d’hébergement. WP5 Ce WP traite des innovations financières relatives au logement des personnes âgées. Il cherche à en faire l’inventaire dans les grands pays industrialisés, puis à évaluer leur efficacité/qualité et leur ‘durabilité sociale’ dans les trois pays du projet. L’enquête s’attachera à saisir les logiques d’investissement, apprécier la qualité des projets et identifier les clientèles-cibles (à la fois résidents et investisseurs). Le Japon étant le plus avancé au monde en matière de vieillissement, une mission de terrain sera menée dans ce pays pour explorer l’articulation entre infrastructures et services dans ces dispositifs (logement et soins). Les systèmes de viager/reverse mortgage et leur financiarisation. Ces systèmes permettent aux personnes âgées de rendre liquide la valeur immobilisée dans leur logement, par une rente à vie (viager) ou un prêt remboursé au décès.

ANR

2013

ABRIR — L'art pour repenser les mutations critiques des organisations: enjeux pour le management

Penser et agir dans le contexte des mutations critiques que traversent les organisations contemporaines demande d’autres outils que les méthodes analytiques et rationalistes classiques. La dimension sensible, dans ses aspects affectifs mais aussi politiques, doit être prise en compte. Pour cela, s’appuyer sur l’art de façon active est une possibilité riche d’ouvertures. L’art, qu’il donne à percevoir des dimensions complexes et contradictoires du réel, ou qu’il y intervienne concrètement, est une force de transformation et de reconfiguration encore peu explorée par les disciplines du management. Le projet ABRIR vise à investiguer des cas d’organisations en situation de mutations critiques (restructurations, délocalisations, transformations identitaires, fusions,…) en mobilisant deux sources de données complémentaires : d’une part, il s’agira de travailler sur la base d’études de cas réels d’interventions artistiques dans le contexte d’organisations en mutation ; d’autre part, une série d’œuvres artistiques renvoyant à des mutations critiques des organisations seront analysées. Trois modes d’expression artistiques seront plus particulièrement ciblées : le théâtre documentaire, le film de fiction et les arts plastiques contemporains. Ce corpus de cas fictifs et réels, mobilisant différentes approches et modes d’expression artistiques, sera analysé au moyen d’une méthode d’investigation innovante, collective et dialogique, la méthode ABCD, qui permet de confronter les interprétations et les expériences. L’objectif du projet ABRIR est de développer une méthode collective et dialogique, basée sur l’art, pour appréhender et formuler une connaissance pratique implicite, diffuse, et dissensuelle des situations de mutations critiques, et d’interroger en conséquence les représentations et les pratiques managériales et organisationnelles. Le projet est mené conjointement par l’équipe Most du laboratoire DRM (Université Paris Dauphine), et l’équipe ACTE Art & Flux (Université Paris 1 La Sorbonne), avec la collaboration de la Chaire M-A-I (Mutations-Anticipations-Innovations) de l’IAE de Paris.

ANR

2013

DynaMITE — Appariements et Interactions Dynamiques : Théorie et Expériences

Un grand nombre de décisions prises par les agents économiques n'impliquent pas l'utilisation de marchés, mais la construction de procédures de vote ou d'appariement, ou l'exploitation de réseaux et groupes sociaux. L'attribution d'établissements scolaires aux élèves, le choix des affaires portées devant la Cour Suprême Américaine, la mesure du degré d'influence des agents dans les réseaux sociaux, sont tous des exemples récents de l'extension de l'analyse microéconomique au delà du paradigme des marchés. Par delà le domaine des marchés et des prix, les économistes ont récemment construit, avec l'aide de politologues, sociologues, informaticiens et experts en recherche opérationnelle, de nouveaux domaines d'études autour des procédures d'appariement, de vote et de formation de groupes et réseaux. A quelques exceptions près, tous les modèles théoriques et études expérimentales portant sur ces trois domaines se restreignent à une analyse statique. L'objectif de ce projet est de développer une nouvelle génération de modèles théoriques d'appariement, vote et formation de réseaux dynamiques, en plongeant les modèles classiques dans un environnement dynamique représenté par une chaîne de Markov. Le projet est subdivisé en trois sous-projets. Dynamatch est centré autour des problèmes d'appariement dynamiques. Dans ce projet, nous allons examiner des modèles d'appariement à plusieurs phases avec une phase exploratoire d'acquisition d'information, l'attribution de logements sociaux à des agents présents dans une queue, l'attribution de postes dans les lycées et les universités à des enseignants au cours de leur carrière. Motivé par des applications concrètes de construction de mécanismes d'appariement, le projet sera mené en dialogue avec des praticiens responsables des attributions de logement sociaux et de mutations dans l'éducation nationale. Le projet Dynavote s'intéresse au vote dynamique. Il analysera la construction de modèles de choix à plusieurs étapes, le choix des mécanismes optimaux de répartition de sièges dans des instances fédérales dynamiques, les préoccupations dynamiques des électeurs dans un modèle d'apprentissage évolutionniste. Dynanet est consacré à la formation dynamique des réseaux, avec des applications aux réseaux d'influence et d'innovation. De plus, le projet s'intéressera à des modèles dynamiques de formation de coalitions, ainsi qu'aux choix d'allocations dans les jeux coopératifs dynamiques. Comme les modèles dynamiques supposent des choix sophistiqués de la part des agents, nous souhaitons tester la pertinence des raisonnements théoriques avec des expériences réalisées dans des laboratoires d'économie expérimentale. En particulier, nous souhaitons mener des séries d'expérience sur les attributions d'école, sur le vote et la formation de réseaux. A terme, l'objectif du projet est triple: nous voulons faire avancer la frontière de la recherche en économie théorique, construire des mécanismes d'application pour résoudre des problèmes concrets et cimenter un réseaux de chercheurs en France autour de l'analyse des problèmes d'appariement, de vote et de réseaux.

ANR

2013

GeObs — Géographie des obsidiennes d'Anatolie orientale : sources, caractérisation et diffusion aux époques préhistoriques

GeObs est un programme de recherche fondamental en sciences humaines portant sur la caractérisation des sources d’obsidienne d’Anatolie orientale. Nous proposons, en effet, une approche multidisciplinaire pour étudier l’exploitation de l’obsidienne et sa diffusion par les anciennes populations afin de fabriquer des outils et des objets de prestige dans l’ensemble du Moyen-Orient (y compris l’Anatolie et le Caucase). Nous proposons d’étudier précisément le contexte volcanologique et de caractériser en détail les 13 sources d’obsidienne d’Anatolie orientale. Jusqu’à présent, elles sont, en effet, insuffisamment connues et caractérisées, rendant impossible toute étude précise de la diffusion de cette matière première depuis les affleurements géologiques jusqu’aux sites archéologiques. Le projet GeObs repose donc sur une approche intégrée et pluridisciplinaire de l’étude des sources d’obsidienne fondée sur : 1. Un travail de terrain intensif permettra d’étudier le contexte volcanologique et géomorphologique de ces sources. L’évolution du volcan contrôle, en effet, les caractéristiques géochimiques alors que l’évolution géomorphologique contrôle l’accessibilité des sources. Cette étude concernera à la fois les affleurements géologiques et l’obsidienne remaniée, contenue dans les alluvions. 2. Caractérisation multi-méthodes de l’obsidienne. Nous analyserons d’abord les échantillons géologiques mais aussi des artefacts afin de définir leur propriété chimique et physique (propriétés magnétiques, pétrographie, minéralogie). Les échantillons géologiques seront analysés en laboratoire, utilisant des méthodes permettant la comparaison avec les résultats déjà publiés (LA-ICP-MS, XRF) et les artefacts seront analysés grâce à une méthode portable (p-XRF). Dans cette optique, nous serons particulièrement vigilants à la validation de la méthode p-XRF ainsi qu’aux problèmes liés aux comparaisons multi-méthodes. Les méthodes statistiques multivariées permettront d'analyser les résultats. Toutes les données seront interprétées en lien avec les résultats du travail de terrain. 3. Analyse spatiale et étude des processus de diffusion spatiale. Nous allons comparer les résultats obtenus sur les sources géologiques avec ceux établis sur les artefacts ; celles déjà publiées dans l’ensemble du Moyen-Orient comme celles obtenues dans le cadre de ce programme (p-XRF) sur les fouilles d’Anatolie. En utilisant les méthodes de l’analyse spatiale, nous essaierons de comprendre la diffusion de l’obsidienne pendant les périodes pré-historiques, des sources géologiques jusqu’aux sites archéologiques. Enfin, tous les résultats produits pendant ce projet de 4 ans seront intégrés dans une SIG et une base de données spatialisée. Après la publication des résultats dans les revues internationales, le SIG sera diffusé auprès de la communauté scientifique via un site internet dédié. En 2012, une première version du projet GeObs a été proposée à l’ANR (programme JCJC) et positivement évaluée puis qu’il a été placé dans la liste complémentaire. Nous proposons maintenant une version modifiée et complétée du projet, tenant compte de la précédente évaluation. L’équipe Franco-Turque réunie dans de ce projet a été rassemblée afin de mener une étude interdisciplinaire associant géomorphologie, géologie, archéologie et archéosciences. Elle est composée de chercheurs expérimentés ayant déjà travaillé et publié ensemble dans des revues internationales dans les champs disciplinaires couverts par ce projet (i.e. : étude des sources d’obsidienne, caractérisation géochimique, géomorphologie en domaine volcanique, processus de diffusion, Néolithique d’Anatolie).

ANR

2013

EXPLABIO — Les explications dans la biologie de l'évolution

EXPLABIO vise à étudier les modalités de l’explication dans la biologie de l’évolution, afin d’évaluer les tentatives récentes d’étendre ou de réviser son cadre classique (élaboré dans les années 1930-1950) appelé “théorie synthétique de l’évolution” ou “Synthèse Moderne”, qui était centré sur le rôle explicatif crucial de la génétique des populations en tant que science du processus de l’évolution par sélection naturelle. Nous partons de l’idée que les avancées récentes en écologie, biologie moléculaire et théorie évolutionnaire du développement (Evo-devo) sont caractérisées par de nouvelles structures et caractéristiques explicatives, qui requièrent une nouvelle compréhension de la nature explicative de la biologie de l’évolution. EXPLABIO vise à élaborer une telle compréhension. Pour les biologistes évolutionnistes l’espace des explications est structuré selon deux axes, à savoir les deux questions : « comment procède la sélection ? » et « pourquoi y a-t-il sélection ? » ; puis un troisième axe concerne la nature mécanistique ou topologique des explications – « topologique » signifiant ici le caractère explicatif d’un ensemble de propriétés d’une structure abstraite (comme un espace de phase ou un paysage de fitness) associé au système étudié. EXPLABIO va reconstruire cet espace en détails, via quatre tâches interconnectées : examiner les explananda de la sélection naturelle en tant qu’explication au niveau populationnel ; explorer les modalités de l’explication topologique à différents niveaux et leur articulation avec les explications mécanistiques ; questionner le statut des processus neutres et des réseaux neutres en tant qu’outils explicatifs généralisés en écologie (i.e. théorie neutre de l’écologie, de Hubbell) et en évolution (i.e. théorie neutraliste de l’évolution moléculaire de Kimura), et par là interroger le statut explicatif de la neutralité et du hasard ; finalement, aborder le rôle que jouent les couplages et des découplages entre échelles d’espace-temps dans la définition des explananda et le choix des modèles. Pour la biologie, le résultat global consistera en des indications sur les complémentarités et les antagonismes existant entre des théories rivales et leurs méthodologies ; pour la philosophie, ce sera une compréhension plus claire des rôles que jouent dans la biologie en général la stochasticité et le déterminisme, le niveau populationnel et le niveau individuel, et finalement la séparation d’échelle. Ces tâches seront réalisées successivement, usant d’outils mathématiques pour définir les conditions de validité des types d’explication, et de données empiriques (comme des données sur les réseaux de gènes régulateurs d’un type cellulaire donné, ou bien sur deux communautés écologiques comparables au même niveau trophique) afin de vérifier la satisfaction de ces conditions pour des systèmes spécifiques. EXPLABIO sera menée par une équipe de philosophes des sciences, de biologistes et d’écologues, incluant deux postdocs recrutés pour le projet. C’est un projet authentiquement interdisciplinaire : la première tâche est conduite par un philosophe, la seconde tâche et la quatrième sont pilotées par des biologistes, et la deuxième est codirigée par une philosophe et un biologiste. Elle sera effectuée essentiellement à l’IHPST (CNRS/ Paris Sorbonne) centre internationalement reconnu, qui entretient de longue date des collaborations avec des biologistes. Des ateliers interdisciplinaires donneront lieu à des publications collectives, et un travail mathématique et empirique sera effectué pour formuler des hypothèses sur la validité des présupposés implicites de stratégies explicatives spécifiques (relevant soit de la Théorie Synthétique, soit d’une perspective alternative), et pour les tester. Les livrables incluront des articles coécrits dans des journaux académiques en philosophie des sciences et en biologie théorique, aussi bien que des volumes collectifs édités au sujet des résultats des quatre tâches.

ANR

2013

POCRAM — POuvoir politique et Conversion Religieuse de l'Antiquité à l'époque Moderne

POCRAM propose de travailler sur les variations du regard et de l’attitude du pouvoir politique face aux conversions religieuses dans le cadre du sous-thème « Religions et système mythiques » de l’appel à projet, se rattachant aux questions des transferts de religion, et des relations entre religions et construction d’espaces nationaux. La contrainte exercée par des États en matière religieuse est un thème d’actualité, alimentant des discours sommaires opposant tolérance et intolérance. Nous proposons ici une approche des relations entre pouvoir politique et religion à la fois ouverte et ciblée sur des études de situations historiquement contextualisées. Les religions requièrent de leurs adeptes des signes d’adhésion socialement visibles, organisés selon des systèmes plus ou moins complexes et contraignants, codifiés de manière variable à travers l’histoire. Ces signes extérieurs permettent aux pouvoirs politiques de percevoir les faits de conversion et, éventuellement, d’agir sur eux. Nous appréhendons la conversion religieuse à travers cette mise en signes, comme un changement visible d’adhésion à un groupe ou à un mouvement se définissant comme une religion (que ce changement concerne un individu ou un groupe), plus que comme une expérience personnelle de métamorphose intellectuelle ou spirituelle. Par religion, on entend des représentations du monde et des systèmes normatifs portés par des structures d’organisation spécialisées. Par pouvoir politique, on entend toute expression d’autorité et d’organisation de la communauté civique, à quelque échelle que ce soit. La rencontre du pouvoir politique avec les conversions religieuses s’effectue selon des modalités très diverses : de l’identification ou de la coopération la plus étroite à la disqualification et à l’affrontement. Les attitudes du pouvoir politique varient selon des facteurs complexes, liés à la place de la religion dans la société, mais aussi à l’importance des flux de conversion ou au contexte politique et idéologique. Or, si les études consacrées à la conversion et aux convertis sont nombreuses, aucune réflexion spécifique sur les interventions du pouvoir politique n’a été encore menée en dehors de cadres monographiques liés à des conditions historiques très spécifiques. Notre hypothèse est que les attitudes du pouvoir politique face au changement religieux que peuvent représenter les conversions sont un angle d’approche privilégié pour mieux comprendre la place de la religion dans les sociétés. Notre proposition a pour ambition d’analyser ces attitudes dans différentes configurations, depuis la fin de l’Antiquité jusqu’à la « crise de conscience européenne » de la fin du XVIIe siècle. Notre point de départ est l’Europe occidentale et les relations entre le christianisme (dans ses diverses confessions) et les autres pratiques religieuses (judaïsme, religions civiques antiques, islam, mais aussi toutes les religions avec lesquelles le christianisme est entré en contact hors d’Europe) ainsi que les mouvements de conversion entre différentes acceptions du christianisme. Des spécialistes d’autres aires culturelles seront aussi invités pour mettre en perspective les résultats obtenus. L’objectif est d’élaborer non seulement une typologie des comportements politiques face aux conversions religieuses, mais également des outils conceptuels qui permettent aux historiens d’aborder la question de la conversion comme un élément des transformations religieuses des sociétés. La méthodologie retenue est celle d’une démarche comparatiste portant sur l’étude d’objets précis. Si le projet est fondamentalement une entreprise historique se projetant dans une temporalité et une aire géographique très large, l’appel à des contributions de politologues, de sociologues et d’anthropologues pour dialoguer avec les historiens est une partie intégrante de l’entreprise.

ANR

2013

MathObRe — L'objectivité en mathématiques par la représentation

En ce qui concerne le monde physique, l’attitude réaliste standard, qui conçoit les objets comme existant indépendamment des représentations que nous avons d’eux, pourrait être (prima facie) plausible : si les choses se passent normalement, nous représentons les objets physiques comme nous le faisons parce qu’ils sont tels et tels. Au contraire, comme nous voulons le soutenir, la situation est inversée dans le monde mathématique : si les choses se passent normalement, les objets mathématiques sont tels et tels parce que nous les représentons comme nous le faisons. Cela ne signifie pas que les mathématiques ne peuvent pas être objectives : les représentations mathématiques peuvent être soumises à des contraintes qui imposent l’objectivité à ce qu’elles constituent. Si cela est exact, nous devons d’abord comprendre comment fonctionnent les représentations mathématiques afin de comprendre la nature des objets mathématiques. Dit dans les termes de la célèbre formule de Kreisel : « le problème n’est pas l’existence des objets mathématiques mais l’objectivité des jugements mathématiques » (Dummett 1978, p. xxxviii). Le problème auquel nous nous attaquons a trait à la question philosophique de la clarification du rôle des représentations dans le raisonnement mathématique et de la manière dont elles contribuent à l’ontologie et à la compréhension mathématiques. Il s’agit d’une enquête à nouveaux frais sur un problème classique en philosophie des mathématiques, qui relie la compréhension aux preuves et à la façon dont on conçoit l’ontologie des mathématiques. Toutefois, notre point de départ n’est ni la théorie classique de la démonstration, ni la métaphysique classique. Bien plutôt, nous considérons le problème en ouvrant la porte au tournant pratique en science. Dans notre perspective, la question n’est pas de trouver une formalisation invariante du raisonnement mathématique, pas plus que d’offrir un nouvel argument en faveur de l’existence des objets mathématiques. Nous nous demandons plutôt comment sont constitués des domaines appropriés d’objets mathématiques (abstraits), en recourant à différentes sortes de représentations, et comment un raisonnement approprié sur eux est autorisé. En conséquence, nous prévoyons d’analyser : (i) en quel sens, dans la pratique mathématique, des stipulations pertinentes déterminent les objets en recourant à des représentations appropriées ; (ii) en quel sens la rigueur inférentielle, considérée dans une perspective (informelle) du contenu, peut dépendre de ces stipulations ; (iii) en quel sens il est néanmoins possible de caractériser (en entrelaçant études philosophiques et recherches scientifiques) la prouvabilité informelle par des moyens formels, ce qui permet d’utiliser la logique et les mathématiques comme un outil pour l’épistémologie. Notre approche se démarque également des approches fondationnalistes classiques des mathématiques et de la logique, telles que le platonisme et le nominalisme classiques, qui ont en commun une « attitude existentielle » vis-à-vis des objets mathématiques (ils tiennent tous deux pour cruciale la question de leur existence ou de leur non-existence, bien qu’ils y apportent des réponses opposées) et considèrent le raisonnement mathématique comme invariant.

ANR

2013

POCK2 — Politique et corruption : Argent immoral et influence politique en France et en Allemagne (XIXe-XXe s.).

Nous demandons la prolongation d’un projet de recherche, déjà financé par l’ANR et la DFG, sur l’histoire de la corruption politique en France et en Allemagne aux XIXe et XXe siècles (POC/K). Au vu des recherches historiques récentes en Europe, la corruption ne renvoie pas à des pratiques spécifiques de certains gouvernants, que l’on pourrait définir par des critères simples (vénalité des échanges p.ex.), mais à des perceptions critiques du pouvoir, voire des accusations. Les réseaux de patronage existants et les pratiques de faveurs individuelles jusqu’alors coutumières ne sont plus socialement acceptés, mais condamnés au nom de normes culturelles et politiques en évolution. C’est ce que signalent certains termes neufs, comme le mot « favoritisme » apparu en français entre 1815 et 1830 ; c’est ce que signale surtout le mot ancien de « corruption », qui se charge de sens nouveaux. S’interroger sur l’augmentation ou la diminution de la corruption depuis plusieurs siècles est donc un non-sens : la corruption est un curseur qui marque les limites à partir desquelles certaines pratiques de faveurs, de collusions et de patronage sont condamnées dans une société à un moment donné. Sont corrompues les formes d’influence, ou de gestion d’intérêts par des détenteurs de mandats publics, jugées contraires à une morale civique qui fait l’objet de transactions et de débats. Autant que les spécificités nationales, les configurations des débats sont une clé pour comprendre pratiques et normes. Ce nouveau projet est construit avec des enquêtes comparatives franco-allemandes orientées dans trois directions de recherches : 1. Intérêts privés, intérêt général, intérêt national (1870-1939). L’argent immoral et les profiteurs de la guerre. Cette direction d’enquêtes se concentre sur les accusations de corruption lancées contre les entreprises qui ont réalisé des profits élevés en temps de guerre ou immédiatement après. 2. Les faveurs au village et dans le quartier. La corruption au niveau local (1900 – 1980). Il s’agit d’analyser dans une perspective localisée les affaires de corruption en lien avec les réseaux d’influence qui sont dénoncés. 3. Les réseaux des „chevaliers blancs“. L‘histoire des critiques de la corruption (1900 – 1980). Cette enquête met l’accent sur les acteurs qui ont assuré le rôle de critiques spécialisés de la corruption, et sur leur influence. Ces trois directions d’enquêtes conjuguent deux approches différentes. Elles permettent une analyse avec des jeux d’échelle entre un niveau national (macro), des études localisées (méso), et une perspective micro à hauteur d’hommes. Elles offrent aussi une voie d’accès à des situations sociales et politiques très spécifiques : les situations de guerre, exceptionnelles et denses en événements historiques, les activités politiques à l’échelle locale, dans des sociétés marquées par des logiques de proximité, enfin le rôle des médias modernes et de leurs protagonistes dans l’organisation des débats publics. En conséquence, nous nous attendons à ce que la tolérance sociale à l’égard des déviances, ou des transgressions de normes, soit particulièrement faible dans le cas de l’économie de guerre, mais beaucoup plus élevée dans le cas des politiques locales. Cela signifierait que les pratiques s’inscrivent, du côté des élites locales, dans une continuité relative, que l’on ne retrouve pas pour l’industrie de l’armement, soumise à une pression plus pesante. En ce qui concerne les dénonciateurs de la corruption, ou « chevaliers blancs », nous supposons que leurs propres réseaux d’information et d’influence étaient particulièrement dissimulés au public. L’existence de ces réseaux, maintenus dans l’ombre, influençait, vraisemblablement, la manière dont ces acteurs dénonçaient des transgressions au nom de la lutte contre la corruption. Si ces hypothèses viennent à se confirmer, il faudrait sans parler de seuils de tolérance variables, liés à une casuistique pratique, plus qu’à des conflits normatifs.

ANR

2013

PIAF — Programme Interdisciplinaire sur les indicateurs Autochtones de la Flore et de la faune

PIAF est un programme de recherche pluridisciplinaire et comparatif cherchant à saisir sur trois continents et quatre pays (France, Etats-Unis, Cameroun et Zimbabwe), (1) comment, dans un contexte de forte mutation des mondes ruraux (pressions démographiques, changements climatiques, politiques de conservation de la nature), les populations locales (usagers, mais aussi gestionnaires) élaborent des diagnostics de changements de leurs environnements immédiats à partir de l’observation de l’état de leurs biodiversités et (2) comment ces diagnostics leur permettent de gérer ou de protéger leurs territoires et leurs biodiversités au quotidien et de construire des stratégies d’adaptation aux changements perçus. PIAF consiste en une équipe pluridisciplinaire de jeunes chercheurs (ethnologues, anthropologues, géographes, écologues et juristes), issus d’UMR réputées dans leurs domaines respectifs et s’intéressant aux interactions sociétés / environnement. Le programme est fondé sur une mise en relation de sites d’étude au long cours (Zones Ateliers du CNRS et Long Term Ecological Research programs) et sur les acquis de collectifs de recherche pluridisciplinaires installés sur ces terrains apportant un éclairage sur les dynamiques des systèmes socio-écologiques en contexte de changements globaux. Nos équipes ont accumulé des corpus de données précis ainsi que des résultats qui nous permettent d’envisager une comparaison entre des terrains localisés sur trois continents de la perception locale des changements globaux par différentes catégories d’acteurs en même temps qu’une appréciation précise des transformations dans les processus biologiques. Nous prétendons ainsi au travers la comparaison d’études de cas fines localisées faire émerger une vue générale de la perception, par l’observation de la biodiversité, des changements environnementaux en ville ou en campagne, au Nord et au Sud et c’est ce qui fait le caractère novateur du projet. PIAF cherche à saisir la façon dont ces sociétés envisagent localement les répercussions des transformations de leurs territoires : 1) quels sont les diagnostics des acteurs locaux, qu’ils soient usagers ou gestionnaires (identification des changements, interprétation et stratégies d’adaptation) ; 2) quelle est l’articulation, l’hybridation entre les différents types de savoirs indigènes et exogènes, locaux et globaux (gestionnaires, techniques, scientifiques) et comment ces différentes préoccupations se confrontent ou s'intègrent localement dans des dispositifs de gestion de la nature ; 3) comment les contextes socioéconomiques, politiques ou environnementaux influent sur la construction des diagnostics et sur la mise en avant de certains types de savoirs au détriment d’autres (jeux d’acteurs, proximité avec une zone protégée…) ? PIAF est un projet de recherche fondamentale qui apportera, à terme, un cadre conceptuel général et des méthodes d'analyses comparatives de nos objets de recherches et qui vise à constituer un réseau international et interdisciplinaire de jeunes chercheurs sur la question des interactions homme-nature et les problématiques de conservation de la biodiversité. Un volet recherche plus appliquée vise à mobiliser des connaissances utilisables par les gestionnaires et usagers locaux et des connaissances génériques issues de la comparaison (principes généraux de compréhension des rapports que l’homme entretient avec la nature) utilisables à l'échelle globale par les acteurs de la conservation de la communauté internationale.